Tchad : 103 enfants africains victimes d’une tentative d’enlèvement par la Françafrique humanitaire
29/10/2007
29/10/2007
Le 25 octobre 2007 les autorités tchadiennes interceptaient sur le fil une opération s’apparentant à du trafic de mineurs en vue d’adoption, menée entre la France, le Tchad et le Soudan par une ONG française, l’Arche de Zoé. Evoluant sous le nom de Children Rescue au Tchad, cette Ong vraisemblablement non enregistrée au Soudan avait affrété un vol charter pour enlever 103 enfants qu’elle disait être des orphelins du Darfour. L’origine soudanaise des enfants a été démentie par le président de l’Unicef France (le 26.10.07) dont l’organisation s’est entretenu avec au moins 48 d’entre eux. L’Unicef ne confirmait pas non plus la situation d’orphelins des enfants, alors que le Tchad affirme qu’ils ont été enlevés à leurs parents.
Les mises en scènes qui ont consisté à mettre des bandages aux enfants et à prétendre qu’ils étaient sous-alimentés ont vite été découvertes, et l’opération que les membres de l’Ong voulaient appeler humanitaire ou de sauvetage a avorté. Un scandale public, une affaire d’Etat et de sérieuses zones d’ombres du côté français comme du côté tchadien.
L’opération était totalement délirante sur les éléments qui viennent à l’information de tous, la question est de savoir quelles étaient les motivations de Children Rescue et l’opération était-elle légale ?
Pour ce qui est des motivations au moins, tout est clair. Il s’agissait d’adoption, même si L’Arche de Zoé ne le reconnaît pas explicitement. D’autres associations d’adoption ainsi que les sources diplomatiques révèlent que des familles avaient été «prospectées», par Internet dès le mois de mai et c’est bien le terme d’adoption qu’utilisait l’Ong. Le 25 octobre alors que l’opération venait d’être stoppée à Abéché au Tchad, les membres de l’association et certaines familles -pas toutes- parlaient de sauvetage humanitaire et même de demande du droit d’asile pour des enfants de ayant parfois trois ans ! Dans cette perspective, les familles françaises auraient été des familles d’accueil. Non seulement la demande d’asile pour des enfants de ces âges n’est pas très crédible mais en plus, il est avéré que les familles ont contribué entre 1500 et 8000 euros chacune, pour avoir un de ces 103 enfants. Onéreux accueil.
Or le Soudan, plus encore que le Tchad n’autorise pas l’adoption, la démarche était donc vouée à l’illégalité s’il s’agissait vraiment d’enfants du Darfour, ou à être passée sous une autre couverture, humanitaire, sanitaire, … Toujours les bons sentiments.
L’Arche de Zoé a tout de même pris contact avec le ministère français des Affaires étrangères et à plusieurs reprises. Le Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme Mme Ramatoulaye Yade-Zimet précise que ses services ont opposé une fin de non recevoir à l’Ong qui aurait poursuivi son projet par des voies clandestines. Par ailleurs d’autres Ong, Médecins du Monde, par exemple n’hésitent pas à fustiger les pratiques de cette Ong qui a usurpé l’usage de leur logo sur leur site Internet, ou l’association Enfance et Familles d’adoption qui conseille des milliers de familles et qui s’était étonné de l’intrusion sur ses forums des messages de L’Arche de Zoé annonçant l’arrivée de 10 000 enfants du Darfour en quête de famille d’accueil. Enfin le président de l’association Eric Breteau avait été auditionné par la justice pour «activité d’intermédiaire en vue de l’adoption d’enfants du Darfour».
Il est donc certain que l’opération d’adoption n’aurait pas été légale, et on voit mal quelle autre opération l’eût été. Cependant, il est impossible que la France n’ait pas été au courant de la démarche de l’Arche de Zoé. Rappelons qu’une semaine à peine avant le déclenchement de cette affaire Mme Yade-Zimet était en visite partiellement clandestine au Soudan. Y aurait il un lien ? D’autre part, l’armée française assure la sécurité du régime Deby et en particulier des aéroports. Elle s’est par ailleurs occupée des membres de l’Arche de Zoé dans leurs allées et venues depuis septembre 2007, le reconnaît-elle, dans le cadre de son soutien aux Ong françaises. Les militaires français et le renseignement ne pouvaient être trompés par le changement de nom de l’association d’Arche de Zoé en Children Rescue, s’agissant de Français parlant français et en habit de … pompiers français ! La France était donc au courant et le fait que la présidence démente un soutien du président ou de son ex-femme Cécilia Sarkozy plutôt que rassurer ouvre au contraire une brèche dans la position française. Si la France ne pouvait ne pas ignorer l’opération, l’aéroport de Vatry ayant été mobilisé pour le retour membres de l’association et l’arrivée des 103 enfants, pourquoi a-t-elle laissé faire, et comment justifier que timidement elle se rallie à la position tchadienne qui souhaite des sanctions exemplaires pour une opération jugée illégale côte Affaires étrangères ?
Notons un Bernard Kouchner ministre humanitaire des Affaires étrangères absent caché derrière Mme Yade-Zimet, un hyper et omniprésident qui n’a rien dit pendant trois jours, et une communication frileuse de la présidence de la république. Pas très clair.
Le Tchad non plus ne pouvait ignorer l’existence de cette opération. D’une part les membres de l’Arche de Zoé et de l’association Collectif de familles pour les Orphelins du Darfour (Copo) excipent de documents qui attesteraient du fait que le Tchad avait donné des autorisations -corruptions, faux documents ?-, et d’autre part le Boeing 757 qui devait ramener tout le monde à Paris devait partir d’Abéché. Il semble que des autorisations aussi avaient été obtenues.
Remarquons que si des autorisations ont pu être émises pour des orphelins soudanais, elles ont perdu leur validité à partir du moment où les enfants se sont avérés ne pas être des orphelins et être … tchadiens, enlevés à leurs parents. Il reste que l’on ne voit pas comment le Tchad pourrait donner des autorisations pour l’«évacuation» d’enfants du Soudan, sans que ce pays (Le Soudan) soit officiellement partie prenante de l’opération.
Bref une pure histoire françafricaine comme on est plus que fatigué d’en voir et d’en décrypter les logiques prédatrices et criminelles. Nul doute que les 103 enfants étaient en cours d’enlèvement. Certains avaient peut-être de bons sentiments, en France ou ailleurs, ainsi que l’enfer en est pavé, mais tout l’imbroglio et les machineries humanitaro-policières autour de ces enfants africains n’ayant rien demandé est infecte. On est bien dans ces zones inadmissibles des politiques françafricaines qui ne distribuent in fine que le pire, et le pire exclusivement pour les plus faibles et les moins protégés. La France a au moins fermé les yeux, et le retard au démarrage de la présidence est révélateur, elle est coupable. Le Tchad ne saurait n’avoir rien vu, il y a donc des complicités. Il est probable que cette opération ait été montée dans le dos du président Deby, ou que sa colère provienne du fait que ce sont … des Tchadiens et pas des enfants du Darfour qui aient failli faire les frais de quelques aventuriers, humanitaires par hypothèse, que le gain ne devait pas trop traumatiser.
D’autres interprétations restent possibles, plus graves encore. Les opérations militaires d’envergure de la France en Afrique, Biafra, Rwanda, Turquoise, … ont souvent été éclairées ou brouillées par des opérations crypto humanitaires en amont. Et souvent avec en tête, le Dr Kouchner, au Nigeria, au Rwanda de 1994 -on a tendance à l’oublier. Tout ceci ne présume que de drames actuels et de drames en gestation, si les seuls concernés n’en prennent acte, les Africains.
Un exemple de l’insertion de l’Afrique à la mondialisation prédatrice via la Françafrique criminelle apparaît dans cette affaire de tentative d’enlèvement d’enfants tchadiens. La misère africaine offre un terrain fertile pour toutes les activités criminelles du monde, vols d’enfants, trafics d’organes, essais bactériologiques, cobayes humains de l’industrie pharmaceutique, traite des femmes, exploitation de l’immigration clandestine et légale, lieux de transit des drogues, prostitutions, pédophilies, etc. Loin que la misère soit un problème pour l’économie mondiale, elle en est une ressource inépuisable car elle offre à peu de prix toutes sortes de denrées protégées, voire surprotégées sur le reste de la planète, qu’il s’agisse de ressources naturelles ou de ressources humaines.
Le reste n’est que mauvaise littérature.
Afrikara
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