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Ministres et élus noirs en Europe trouble : Rotimi Adebari, Nyamko Sabuni, Ricardo Lumengo, Manuela Ramin-Osmunden, … 
17/11/2007

 

L’élection du Nigérian-Irlandais Rotimi Adebari à la mairie d’une ville de 15 000 habitants en Irlande, Portlaoise, une première pour un Noir immigré en novembre 2007 est de nature à donner des gages de démocratie raciale et de xénophilie à ceux qui craindraient un enfermement de l’Europe occidentale sur ses préjugés raciaux. Apparemment.
 
L’originaire du Nigeria, père de famille, arrivé en 2000 en Irlande comme demandeur d’asile avec femme et enfants n’a pas eu la vie facile. Débouté du droit d’asile, puis naturalisé, ayant eu un troisième enfant sur le sol irlandais, il a dû affronter les difficultés du marché du travail malgré une conjoncture généreuse, les préjugés sur son origine prenant le pas sur ses qualifications et expériences acquises au Nigeria. C’est ainsi que progressivement il entra en politique pour faire entendre la voix des migrants, alors que l’Irlande en plein boom économique absorbait déjà plus 30000 étrangers, majoritairement en provenance d’Afrique de l’ouest, souvent du Nigeria. Rotimi Adebari allait gagner en notoriété en animant un programme radio, «Respect de la différence», par lequel il se rendrait très impliqué dans sa communauté d’origine. Son élection traduit d’une certaine façon la donne démographique nouvelle liée aux migrations récentes, et une prise de paroles des migrants africains.
 
D’autres personnalités noires ont été élues au suffrage universel ou nommées en Europe dans les années 2006-2007. Ancien demandeur d’asile lui aussi, Ricardo Lumengo originaire d’un Angola qu’il avait quitté fuyant la guerre, est arrivé en Suisse en 1982 où il a été naturalisé en 1997. Socialiste, il est présenté un peu comme le représentant de cette Suisse des «Autres», des originaires d’«Ailleurs», juriste de son état. Après plusieurs mandats locaux, il atteint le niveau national. Son élection en 2007 ne passe pas inaperçue alors que pour la première fois de son histoire, un parti politique de droite l’UDC, domine de façon écrasante la vie politique en obtenant 29% des voix. Ce parti a fait une des campagnes les plus racistes que la Suisse ait connue, contre les moutons noirs d’étrangers qui créent l’insécurité.  
 
Nyamko Sabuni est ministre de l’Intégration et de l’Egalité des sexes en Suède depuis 2006, la première noire ministre dans ce pays, après un mandat de députée du parti libéral qu’elle a assuré entre 2002 et la date de sa nomination comme ministre. Elle a obtenu une audience nationale en prenant parti contre les violences faites aux femmes et aux filles, principalement issues de l’immigration arabo-musulmane. Elle a critiqué les codes d’honneur qui bafouent la liberté des femmes, se positionnant contre l’excision, le port du voile, les certificats de virginité et autres pratiques ayant cours dans les organisations, écoles qui accepteraient cette culture. Elle subit des accusations récurrentes d’islamophobie. Congolaise d’origine mais née au Burundi de parents chrétiens et musulmans, elle est arrivée, en Suède avec ses parents qui obtinrent l’asile politique. Elle a été scolarisée en Suède, parle le suédois et le swahili, et se voit -selon certains journalistes- comme une suédoise ordinaire. Elle ne fait aucune relation entre ses positions politiques et le fait qu’elle soit noire.
 
Mme Ramin-Osmundsen est la première femme noire ministre en Norvège, elle y détient depuis octobre 2007 le portefeuille de l’Enfance et de la Parité. Martiniquaise née dans son île de l’Outre-mer française, elle a fait des études supérieures de droit à Paris II. En 1991 elle immigre en Norvège et s’y marie. Elle ne deviendra citoyenne norvégienne qu’en octobre 2007, à quelques semaines de sa nomination comme ministre …
 
Des nominations et élections qui laissent entrevoir un ciel aux possibilités ouvertes pour les Noirs d’Europe, à première vue. De plus, il est acquis qu’au minimum l’exposition médiatique d’un ministre, d’un maire, d’un député sont de nature à «accoutumer» les Européens à une différence différente de celle des sportifs et musiciens noirs qui, à leurs corps défendant renforceraient plutôt des préjugés rémanents sur les dispositions raciales des uns et des autres. De l’autre côté, ces figures sont de nature à décomplexer les jeunes noirs et non-blancs en leur offrant si ce n’est des modèles, des points de référence, leur évitant d’entériner les places généralement occupées par leurs semblables raciaux et culturels, comme des données normales voire naturelles. Ces visibilités de minoritaires sanctionnent quelques fois des parcours marqués par le handicap de la race, auquel s’ajoute celui de l’origine africaine -une double peine en soi dans les imaginaires dominants-, et même le poids des biais de genre.
 
Malgré ces embellies apparentes les faits massifs restent inquiétants dans une Europe où les racismes et négrophobies se déchaînent avec une banalisation effrayante. En France, mise à l’index par l’ONU pour racisme alors que ce pays se vante de disposer d’un Secrétariat aux Droits de l’Homme aux missions extérieures (!), les actes et propos racistes s’accumulent et proviennent désormais de l’élite considérée la mieux qualifiée, et redescendent jusqu’à la lie intellectuelle des figures médiatiques au compteur scolaire quasi nul (De Finkielkraut à Sevran, en gros). Une intense activité journalistique est chargée de disculper et de déculpabiliser les racistes « décomplexés». En Russie, en Allemagne, au Luxembourg, en Angleterre les Noirs passent par les fourches caudines des discriminations d’Etat, à l’école, au travail, à la justice, dans l’accès à la propriété, à la consommation, bref aux instances de la dignité humaine. Les Noirs qui vivent dans les banlieues n’expérimentent pas la même réalité que les populations européennes, marqués eux par les tracasseries policières, les difficultés identitaires, le chômage massif, la ghettoïsation.
 
Les tendances structurelles politiques, économiques, sociales de l’Europe génèrent une poussée de racisme, concomitamment avec les tentatives à peine voilées de substitution de l’immigration noire par l’immigration blanche d’Europe de l’Est. Les dénis et oblitérations des libertés frappent durement les Noirs, avec suicides spectaculaires à la clé, comme ce fut le cas au Luxembourg en 2004 de cette femme d’origine congolaise épouse d’un belge qui s’immola par le feu en public, ainsi que l’avait fait déjà une brésilienne noire dans ce même pays. Ces manifestations de protestation, de refus de subir la haine raciale, ou de renoncement, au-delà des nominations moins pertinentes démocratiquement que les élections de Noirs aux postes politiques, traduisent bien une ambiguïté raciale européenne. Il ne fait de doute que les Noirs seront seuls à pouvoir, par les propositions, des productions intellectuelles, économiques, politiques, culturelles, imposer leur dignité et libérer les peuples d’Europe d’un racisme ancré des élites et distillé au reste de la population préparée par l’histoire.
 
 
Photo : Rotimi Adebari
Pierre Kassenti
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Tag(s) : #Politique Internationale
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