Vague d’évasions d’exilés politiques au Bénin : Panique à la police nationale 11 janvier 2008
LE MATINAL
Les responsables de la sécurité publique ne savent plus où mettre la tête depuis que deux personnalités étrangères, officiers d’armées, qui étaient en asile politique au Bénin et placés sous haute surveillance policière se sont évadées. L’un de nationalité ivoirienne affectueusement appelé "sergent Ib", activement recherché par le régime de Laurent Gbagbo et l’autre, Luther Diapagri Ouali, capitaine de l’armée en disgrâce avec les autorités de son pays le Burkina Faso. L’un après l’autre, ils ont fui de Cotonou sans laisser de traces. Où sont passés deux exilés politiques venus trouver refuge au Bénin ? Placés sous la protection des renseignements généraux de la police nationale et de l’unité Raid, ils se sont évadés dans la période de fin d’année 2007. La police n’est donc pas au bout de ses peines. Alors qu’elle continue d’être sous la psychose d’une série de scandales, elle se trouve une fois encore en face d’une délicate situation dont elle essaye tant bien que mal d’en faire un secret. Ibrahim Coulibaly dit Ib et Luther Diapagri Ouali, respectivement sergent de l’armée ivoirienne et capitaine des forces armées burkinabè, en disgrâce dans leurs pays, avaient trouvé refuge à Cotonou, d’où ils sont partis de manière mystérieuse. C’est ce qui gêne certainement les responsables de la sécurité et les oblige à se taire sur une si grave situation pour ne pas attirer l’attention de l’opinion publique. Comment est-ce que ces responsables pourraient parvenir à justifier deux évasions intervenues presque en une même période (décembre 2007). Sans se leurrer, il faut dire que c’est toute une machine de surveillance, de sécurité et de protection qui aura montré ses limites. C’est le sens même du mot évasion qui a totalement révélé un dysfonctionnement au niveau de la sécurité publique. On est tenté de dire que les premiers coupables de ces anomalies sont le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Félix Hessou et le directeur général de la police nationale, l’intérimaire Roger Boya. Les choses sont arrivées à un moment où, il n’est plus un secret que c’est un nouveau dossier qui brûle dans la maison. Les jours à venir vont certainement révéler des éléments un peu plus approfondis pour comprendre ce qui s’est passé. En attendant, à partir des éléments qu’on a pu glaner çà et là, on peut établir que l’heure n’est pas à la sérénité à la police nationale, car c’est une affaire qui commence à faire grand bruit au sommet de l’Etat. Il s’agit en fait d’un dossier qui gêne les relations entre le Bénin et les pays d’où sont originaires les deux évadés. Pour le cas de l’Ivoirien, le sergent Ib, surveillé par les éléments de la direction des Renseignements généraux de la police nationale, il vivait avec une compagne dans un appartement à Cotonou. Mais, il n’y restera pas pendant longtemps. Il y a quelques jours, les autorités béninoises ont décidé de mettre fin à son séjour. Lorsque les services des Renseignements sont allés le chercher pour l’expulser manu militari, il n’était plus là. On peut bien croire qu’il a bénéficié d’une protection au sommet pour s’échapper. Car, c’est une évidence qu’il ne peut quitter le pays sans avoir le soutien d’un haut perché de l’appareil de la sécurité. A ce jour, personne n’a entendu parler d’une sanction contre les agents des Renseignements qui doivent s’expliquer sur cette évasion. Après la fuite de Ibrahim Coulibaly, c’est le tour du capitaine burkinabè de tromper la vigilance des éléments Raid. L’officier supérieur de l’armée qui volontairement est passé par la direction de l’immigration et de l’émigration pour négocier sa propre sécurité a été conduit dans un premier temps à la base de la Brigade anti criminalité où il a été gardé pendant environ deux mois. Pour des raisons qu’on ignore, il sera transféré à la base de l’unité Raid. Le commandant de cette structure a reçu des consignes pour le ménager. C’est ainsi que M. Luther Diapagri Ouali qui a passé ses premières semaines au violon, va continuer son séjour dans un local aménagé. Libre de ses mouvements à l’intérieur de la maison, il avait droit à une vie taillée à son statut d’exilé politique. Il s’est tissé des relations privilégiées avec les patrons et quelques agents qui ont reçu comme consigne d’être souple sur son cas. Des allées et venues, aucun flic ne l’a jamais interpellé. C’est dans cette ambiance qu’il vivait quand, dans la nuit du 29 au 30 décembre, tout d’un coup les agents en poste l’ont perdu de vue. Il n’était ni dans sa chambre, ni dans la cour. Informé, le commandant Raid Louis-Philippe Houndégnon se précipite pour alerter la hiérarchie. Elle n’a pu rien faire pour repérer l’évadé. Seulement, les trois agents qui étaient de garde au moment où le capitaine s’est enfui, subissent depuis lors un arrêt de rigueur qui va durer 25 jours. Pendant ce temps, les évadés sont toujours en fuite et les hauts gradés de la police s’accusent mutuellement.
Fidèle H. Nanga
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