L’immigration: un débat piégé
Le rapport de la Commission Attali génère de l’urticaire chez le président Sarkozy et son ministre Hortefeu.
écrivait Jacques Attali en 1995.L’écrivain africain Olympe BHÊLY-QUENUM* traite de « caudataires », « invertébrés » ou « vers de terre » ses confrères africains qui, soutenant la politique de Sarkozy en Afrique, se sont tus face à ses discours à Bamakl et au Sénégal ; Béninois, il vit depuis 1948 en France où il était professeurs de lettres classiques ; membre correspondant de l’Académie de Nîmes, il y a donné en 2002 une conférence dont le texte figure désormais sur mon site ; il citait, entre autres références, Jacques Attali déclarant, en 1995, que l’immigration était un débat piégé.
Extrait du texte de la conférence à l’Académie de Nîmes intitulée :
MIGRATION, MYTHE, RITUEL ET CULTURE.
« Parler à cette époque des mythes, du ou des rituels et de l’immigration n’est pas chose aisée en ; i1 s’agit même d’une gageure que je vais essayer de tenir, situant mes propos dans un contexte africain en commençant par l’immigration, troisième volet du sujet. D’aléatoire qu’elle était après la deuxième Grande Guerre où elle consistait en transferts de main-d’œuvre africaine à bas prix sollicités par des pays occidentaux en situation précaire, 1’immigration a pris peu à peu l’allure d’exodes de personnes en difficultés économiques ou chassées de leur pays d’origine pour des raisons politiques.
Si elle est devenue inquiétante, préoccupante et l’objet de beaucoup de débats sociopolitiques, c’est moins à cause des difficultés de certains Occidentaux à intégrer des gens qui ne veulent pas perdre leurs racines et leur culture que parce que l’Europe majoritairement repue, a peur de manquer de superflu. Cette assertion résulte de constats sociologique que voici : on se plaint de l’immigration même dans des milieux où les immigrés n’engendrent pas le chômage, mais en revanche investissent en devenant propriétaires de leur domicile.
On considère encore un tel reflex comme une des séquelles de la guerre hitlérienne où un peu partout en Europe on avait manqué de l’essentiel vital. Peut-être ; mais la guerre est finie depuis plus d’un demi-siècle et c’est aussi un constat que n’étaient pas nés nombre de ceux que la hantise de l’immigré africain, maghrébin, voire d’Europe de l’est fait pratiquer l’exclusion ; aussi le sociologue, habitué à observer les êtres et les faits sur le terrain objectif, pourrait-il déclarer sans craindre de choquer : l’intégration n’est qu’un synonyme de l’assimilation avec les connotations que cette idéologie recelait à l’époque coloniale.
Il appert qu’en France les difficultés que rencontre la politique intégrationniste proviennent, en grande partie, du fait que ces promoteurs oublient qu’ils ont affaire à des êtres humains à qui, peut-être inconsciemment, ils demandent de se défaire de leur essence et de leur personnalité fondamentale, pour être et agir comme ceux chez qui ils ont cherché et trouvé asile. Or, celui qui veut intégrer n’est pas toujours, loin s’en faut, plus intelligent, ni plus instruit, ni plus cultivé que celui qu’il s’attend à voir s’intégrer. Essayer de saborder la culture de l’immigré au nom d’une intégration tendant à faire de lui un être essouché de sa terre natale, pour n’être qu’un ectoplasme ou un simple numéro sur 1es feuilles de taxes locales et d’impôt sur le revenu est une conception inadmissible, parce qu’aberrante. L’acceptation d’une telle politique ramènerait les Africains en Europe à l’idée que Hegel se faisait des nègres ; au contraire de Léo Frobenius, qui avait parcouru l’Afrique, fréquenté des Noirs avant d’écrire ses livres, Hegel, qui n’avait jamais mis les pieds sur le continent noir, écrivait doctement dans Philosophie de l’esprit :
« On doit se représenter les nègres comme une nation d’enfants qui ne sort pas de son état de simplicité, état où l’on ne prend pas, et qui n’offre pas d’intérêt...Leur religion a quelque chose d’enfantin. Ils ne s’attachent pas à ce qu’ils sentent de plus élevé. I1 n’y a là qu’une pensée fugitive qui, pour ainsi dire, leur traverse l’esprit. Cet être élevé, ils l’identifient avec la première pierre venue, et ils s’en font leur fétiche, dont ils se débarrassent au moment où ils ne leur est pas utile. »
Je ne commenterai pas cette mise au pilori des Africains par un très grand philosophe: nous en verrons d’autres appréciations jalonnées dans le temps, et qui font rire les Nègres maintenant qu’ils parcourent l’Occident et observent les faits, les hommes et les mœurs. Ce qui les préoccupe le plus pourrait se résumer au questionnement que voici : pourquoi çà et là en Europe assiste -t-on à un repli sur soi en même temps qu’à l’émergence d’une psychologie de rejet de l’autre, alors que l’Europe est en pleine expansion économique et qu’en technologie elle se développe au point qu’elle n’a pour rivaux réels que les Etats-Unis d’Amérique et le Japon ?
Est-ce que celui qu’on rejette même s’il a la nationalité de son pays d’adoption sans renier les traditions et la culture de sa terre natale, ne ferait pas partie du peuple des Etats de droit que sont nombre des nations européennes ? N’ayant pas de réponse toute faite, j’inviterais à lire un article de Jacques Attali intitulé L’immigration: un débat piégé ; pour lui, l’immigration des ressortissants notamment des ex-colonies françaises ou britanniques d’Afrique est définitivement indispensable aux anciennes puissances coloniales ; les faits qu’ils exposent sont d’une telle évidence que les adversaires les plus acharnés de l’immigration ne parviennent pas à justifier leur motifs. »
Son roman Les Appels du Vodún, (nouvelle édition, édits Phœnix Afrique, Paris 2007) avait été salué par Jorge Amado, au Brésil, aux USA par Kenneth Harrow (World Literature Today).
Un piège sans fin
Le chant du lac
Il existe un Lycée privé Bhêly-Quenum à Bobo Dioulasso; en novembre 2007, au Bénin, dans la région universitaire d’Abomey Calavi, René Réthoré, maire de Nandy en Seine et Marne, a inauguré La Bibliothèque Olympe BHÊLY-QUENUM.
(édits Présence Africaine, 1965) a fait de lui le lauréat du Grand Prix littéraire d’Afrique, en 1966 ; traduit en russe, tchèque, partiellement en grec, ce roman adapté par Drisse Chraïbi, a été joué comme pièce de théâtre sur France Culture., son premier roman (édits Stock, 1960, est connu de plusieurs générations d’Africains et est régulièrement réédité jusqu’en 2008, édits Présence Africaine, Paris.
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