L'Autre Quotidien (Cotonou)
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28 Janvier 2008
Publié sur le web le 31 Janvier 2008
By Gnona Afangbédji
On n'entend plus aujourd'hui parler du projet manioc comme si c'est devenu une initiative déjà classée dans le musée des filières agricoles ratées. Pourtant, il s'agit d'un projet qu'on peut toujours relancer en tirant simplement les leçons des échecs du passé.
Il y a environ huit ans, Place de l'Etoile Rouge, l'ancien Président de la République Mathieu Kérékou invitait les conducteurs de taxis motos, communément appelés Zémidjan, à retourner au champ. A l'époque, l'opinion publique avait cru à l'une de ces boutades dont le Général seul en avait le secret. Pourtant, ce fut le début d'une expérience de développement de la filière manioc qui aurait pu révolutionner le secteur agricole béninois. Un milliard de francs a été débloqué pour la promotion de la culture et de la transformation du manioc qui a malheureusement tourné au fiasco. Contrairement à ce que l'on a fait toujours croire aux Béninois, le milliard du manioc ne s'est pas consumé dans les 4X4 et des beaux immeubles de promoteurs. Loin s'en faut, quelque chose a été effectivement fait. Des centaines de millions de crédits ont été accordés, non aux Zémidjan, mais à des vaillants agriculteurs désireux d'accompagner l'Etat dans la dynamique qui était lancée. Les statistiques de production en cette période créditent bien cette thèse. La production du manioc est passée de 1,9 millions de tonnes pour la saison 1996 -1997 à 3,9 millions de tonnes en 2003- 2004. Le rendement à l'hectare s'est également amélioré passant de 8.718 kg/ha en 1996 à 12.053 kg/ha en 2003. "La recherche a trouvé des variétés à grand rendement, ils ont appuyé l'installation des parcs à bois pour l'accès aux boutures améliorées, ils ont incité les paysans à grandir leurs superficies en production, ils ont formé des pépiniéristes, proposé des intrants", nous a confié un producteur bénéficiaire du projet. Mais le projet qui s'est soldé par un surendettement des producteurs a péché dans le manque de vision des promoteurs qui se sont contentés d'appuyer les producteurs sans leur offrir de débouchés pour écouler leurs produits.
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Des insuffisances
Résultat : le désarroi a gagné les nombreux paysans qui avaient cru en ce projet mais en garde aujourd'hui un mauvais souvenir. Finalement, le manioc abondant au début des années 2000 est passé du statut de culture de rente pour revenir une culture de subsistance. Et en cette période d'inflation généralisée du prix des matières premières sur le marché international, le gari (farine dérivée du manioc) qui constitue un produit de grande consommation de milliers de ménages béninois n'échappe pas à la flambée des prix sur le marché. S'il faut s'offusquer de la manière cavalière dont le projet manioc a été conduit (pourtant par des agroéconomistes de haut niveau), on a tout lieu de puiser de cette expérience malheureuse son côté positif, pour relancer cette culture dans le processus de diversification que le gouvernement actuel a annoncé. Le projet, en dépit de ses insuffisances, a montré qu'il est possible de développer une filière manioc qui pourrait porter autant sinon plus que le coton au Bénin. La main d'oeuvre existe et atteind d'être soutenu et encadré dans un environnement qui lui donne la garantie que cette filière pourrait lui permettre d'améliorer sa condition d'existence qui n'est pas des plus enviables.
Nécessité de relancer le manioc
Actuellement, l'Etat a l'avantage que les structures ayant ce projet sont encore sur place. Il suffit simplement de réunir tous les acteurs pour faire le point du projet, identifier les goulots d'étranglement et proposer des solutions pour relancer cette filière. Car, en réalité, lorsqu'on parle de débouchés pour le manioc, le marché existe mais il va falloir chercher ce marché, le maîtriser avant de lancer les paysans dans la production. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, au même moment où, les paysans, en plein boom de la production, se sont retrouvés avec des tonnes de manioc sur les bras, l'usine de transformation de manioc en alcool installé à Logozohè (230 km au Nord de Cotonou) par le groupe chinois Yueken ne trouvait pas la matière première pour tourner à plein temps. Avec une capacité de 10.000 tonnes de cossettes, cette usine fonctionnelle depuis fin 2003 n'a pu transformer que 1000 tonnes de cossettes pendant les périodes d'excès. La société ne s'approvisionne que dans les rayons de 35km de l'usine alors que la grande zone de production se situe au Sud-Bénin à plus de 150 km de son lieu d'implantation.
Même à l'extérieur, les opportunités d'exportation des cossettes de manioc ne manquent pas, le Nigéria ayant toujours écoulé une forte quantité de sa production sur le marché international. Certes, le Bénin a déjà fait au début des années 1990 l'expérience amère de la production du manioc à l'exportation. A l'époque, la Chambre de commerce et d'industrie du Bénin (Ccib) a voulu exploiter l'opportunité offerte par la Chambre de Commerce et d'industrie de Brest pour l'exportation vers la Bretagne française de cossettes de manioc pour nourrir le bétail. L'initiative conduite par des sociétés privées s'est révélée inefficace pour des raisons d'inorganisation. Mais il est toujours possible, avec la contribution de la Chambre de commerce, d'explorer une nouvelle fois la piste bretonne afin d'offrir des débouchés aux paysans qui n'attendent qu'une réelle volonté politique et une bonne organisation pour reprendre les boutures.
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