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Mardi 05 Février 2008
     
  Du rififi sur l'autoroute des fréquences  
     
     
     
 

   La décision n°08-008/ Haac portant attribution de fréquences suscite actuellement une polémique avec le ministère chargé de la communication et même certains opérateurs. Généralement, pour le grand public et pour certains promoteurs, les fréquences sont des biens inépuisables qu’il faut distribuer à volonté, à la mesure de la liberté qui, pour certains, ne doit connaître ni frontière, ni limitation. Ignorance ou parfois mauvaise foi. Les fréquences sont un enjeu national mais à incidence technique et transfrontalière. Pour mémoire, lors de la session de préparation de la première mouture de la loi sur la libéralisation de l’espace audiovisuel au Bénin, le président de l’organe de transition de la Haac, Feu René Dossa et son Vice président notre confrère Sébastien Agbota ont accédé au souhait exprimé par la plupart des membres du Conseil national de l’Audiovisuel et de la Communication, tendant à avoir l’expertise des ingénieurs des télécommunications pour la gestion, en bon père de famille, des fréquences radio. M. Barthélemy Agnan accompagné d’un autre ingénieur des télécommunications furent les premiers à faire savoir aux juristes et aux communicateurs qui composaient le Cnac que les fréquences ne sont pas des biens ordinaires à distribuer à profusion mais qu’elles ont besoin d’une gestion idoine. Ils avaient même déploré le fait que le Bénin présentait une gestion peu rigoureuse des fréquences qui lui revenait au niveau de l’Union internationale des télécommunications. Ainsi cette absence de notification du Bénin de disposer de certaines fréquences peut lui être préjudiciable, car les fréquences non utilisées peuvent être squattées par d’autres pays voisins. Mais l’image qu’on pouvait retenir de son développement, est que les fréquences étaient comme des autoroutes que prennent les signaux radio-éléctriques -j’espère avoir bien retenu l’essentiel de leurs arguments techniques- et qu’il faut y réguler la circulation pour la rendre fluide et commode. Et comme sur toutes les autoroutes, s’il y a trop de véhicules il y aura encombrements et télescopages. Alors pour une question de commodité de la communication mais aussi d’équité, tout Etat doit savoir répartir l’espace d’occupation de chacun sur cette autoroute pour que l’ensemble puisse circuler avec aisance techniquement, sans désagrément et avec équité. Raison pour laquelle au niveau des média, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) a été chargée par la loi de sa régulation. Vu de ce point, la répartition des fréquences ne saurait être un saupoudrage d’un bien que d’aucuns amasseraient et que d’autres chercheraient vainement à avoir. Bref, les fréquences, ne sont pas extensibles à l’infini. Peut-être que de nouvelles technologies permettraient de réaliser la parabole évangélique de la multiplication du pain par Jésus ! Cependant, si le ministère de la communication et certains s’inquiètent, ce n’est certainement pas pour de simples motivations politiciennes.

    L’attribution de fréquences multiples que le promoteur garde comme un trophée ou pour satisfaire une hégémonie fréquentielle à connotation politique, communautariste ou prosélyte apparaîtrait comme une capitalisation improductive alors que la demande est forte. Ce monopole improductif, s’il en existe comme on le prétend, doit être banni pour raison d’équité et de bonne gestion des fréquences. La plupart des fréquences ne doivent pas servir à la seule communication des médias de presse, il y aussi d’autres secteurs importants de l’Etat et de la nation qui en ont besoin pour des usages d’utilité publique ou sécuritaire même. Bref, si on en croit les techniciens en la matière les fréquences sont en train de devenir un bien rare au Bénin face aux besoins. Par ailleurs, d’autres se demandent si le Bénin dans la foulée des attributions sous les pressions libertaires fait bien un audit des fréquences dont il dispose afin de les octroyer à bon escient ? Sans nul doute que la Haac a pris les précautions élémentaires. Toutefois, on ne saurait trop conseiller que tous les acteurs, en toute connaissance de cause, au-delà de tout intérêt égoïste, acceptent de revoir ce dossier avec circonspection sur la base de données fiables présentées par l’organe de régulation, sous l’expertise des spécialistes des télécommunications et des ingénieurs de la communication radiophonique et télévisuelle. Un audit de l’attribution des fréquences permettrait, par conséquent, à l’organe de régulation comme aux promoteurs de radio et télévision, sans oublier le plus qui est alpha et oméga de toute communication sociale, de savoir ce qui a été jusque là attribué et ce qui est disponible afin que chacun sache à quoi s’en tenir. Tout ceci pour tenir davantage compte des autres aspects éthiques et de responsabilité sociale. Il s’agit à ce titre pour la Haac de s’assurer qu’on n’octroie pas de fréquences à des promoteurs dont les objectifs, les motivations et les cibles communicationnels sont mal connus afin de limiter les risques de dérives. S’assurer qu’on ne les octroie pas à de médias propagateurs de la haine entre communautés, de sectarisme politique, ethnique ou religieux, de prosélytisme pouvant conduire à la défiance et à la haine religieuse, de la propagande politique à caractère ethnique ou régionaliste. etc Aujourd’hui, le souvenir de la radio du génocide rwandais, « la radio des Milles collines », tristement célèbre dans la propagation des idées de haine communautaire, hante toujours les mémoires sur un continent où on ne peut jamais jurer de rien ; même si le Bénin jusque-là donne l’image d’une rationalité politique exceptionnelle en Afrique. Tout peut basculer à cause d’une parole, d’une radio, du jour au lendemain, parce qu’on n’a pas pu réguler à temps les dérives. Et les promoteurs comme le public devraient accepter, dans le cadre des prérogatives que la loi assigne à la Haac dans la régulation des fréquences, qu’elle puisse exercer les conditionnalités drastiques indispensables à l’étude adéquate et porteuse de moins de risques des dossiers de demande d’attribution des fréquences. Même si la Haac a les instruments juridiques pour sanctionner a posteriori les dysfonctionnements ou les dérives, les précautions en amont de l’attribution sont nécessairement très rigoureuses. Toute crédibilité passe donc par la rigueur et la transparence du processus d’attribution. Ces conditions remplies, la Haac ne devrait pas avoir de souci à se faire dans cette polémique.

 
 
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2004© continentalmag.com

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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