Deux heures avec Brice HORTEFEUX
Par François Soudan, vendredi 8 février 2008
Chose promise, chose due. Mes consœurs Elise Colette, Sonia Mabrouk et moi-même nous sommes faits un devoir de relayer auprès du ministre de l’Immigration Brice Hortefeux les questions que je vous avais demandé, ici même, de me suggérer.
L’interview a eu lieu le 5 février, en début de soirée. Elle a duré deux heures et vous la lirez dans le n° 2458 de JA, en date du 17 février.
Brice H est un personnage, un vrai. Il commence l’entretien en s’adressant à notre photographe, Vincent Fournier : « OK pour les photos, mais à deux conditions. Un : je dois paraître mince. Deux : ma chevelure doit ressembler à celle d’un Viking. »
Suivent deux heures de débat à fleurets démouchetés au cours duquel le ministre s’emporte parfois, fustige nos « préjugés idéologiques » et notre « mauvaise foi » avant, brusquement, de faire retomber la tension d’un « vous m’êtes très sympas malgré tout. »
Tour à tour lisse, pro, rodé, dur, à l’aise, mal à l’aise, cynique, trop humain.
« Quand on vous dit ces trois lettres : ADN, que répondez-vous ? » - « Je vous réponds par un mot de cinq lettres ».
« Vous arrive-t-il parfois de douter de la justesse de ce que vous faites ? » - « Tous les jours. »
Où est le calcul, où est la sincérité dans ce jeu du chat et de la souris auquel Brice H se livre avec nous, entre séduction et agressivité ? Il me rappelle – c’est tout, sauf un hasard – un certain Nicolas Sarkozy, que nous avions interviewé alors qu’il était candidat et encore ministre. Même rentre-dedans et même « je vous lis, c’est bien ce que vous faites, continuez, bon courage. »
Cette fois, la surprise était pour la fin. « J’ai lu dans Jeune Afrique un article qui m’a beaucoup marqué », nous confie-t-il avant de prendre congé. Lequel ? Un édito vengeur sur les quotas d’expulsions ? Un reportage sur les damnés de la mer dont les corps servent de pâture aux poissons en Méditerranée ? Une interview de son ami ATT sur le Mali confronté aux défis de l’émigration ? Non.
« C’est cet article fouillé que vous avez publié sur le couple terrible Michel Drucker-Calixte Beyala, la star des médias et la romancière camerounaise. Vous êtes les seuls à l’avoir fait. Personne n’a osé. J’ai beaucoup appris. » Comme quoi, on n’est jamais assez modeste.
Et merci à Michel Lobé, l’auteur de l’article en question, d’avoir ainsi diverti un ministre qui en a manifestement besoin…
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