Suivent deux heures de débat à fleurets démouchetés au cours duquel le ministre s’emporte parfois, fustige nos « préjugés idéologiques » et notre « mauvaise foi » avant, brusquement, de faire retomber la tension d’un « vous m’êtes très sympas malgré tout. »

Tour à tour lisse, pro, rodé, dur, à l’aise, mal à l’aise, cynique, trop humain.

« Quand on vous dit ces trois lettres : ADN, que répondez-vous ? » - « Je vous réponds par un mot de cinq lettres ».

« Vous arrive-t-il parfois de douter de la justesse de ce que vous faites ? » - « Tous les jours. »

Où est le calcul, où est la sincérité dans ce jeu du chat et de la souris auquel Brice H se livre avec nous, entre séduction et agressivité ? Il me rappelle – c’est tout, sauf un hasard – un certain Nicolas Sarkozy, que nous avions interviewé alors qu’il était candidat et encore ministre. Même rentre-dedans et même « je vous lis, c’est bien ce que vous faites, continuez, bon courage. »

Cette fois, la surprise était pour la fin. « J’ai lu dans Jeune Afrique un article qui m’a beaucoup marqué », nous confie-t-il avant de prendre congé. Lequel ? Un édito vengeur sur les quotas d’expulsions ? Un reportage sur les damnés de la mer dont les corps servent de pâture aux poissons en Méditerranée ? Une interview de son ami ATT sur le Mali confronté aux défis de l’émigration ? Non.

« C’est cet article fouillé que vous avez publié sur le couple terrible Michel Drucker-Calixte Beyala, la star des médias et la romancière camerounaise. Vous êtes les seuls à l’avoir fait. Personne n’a osé. J’ai beaucoup appris. » Comme quoi, on n’est jamais assez modeste.

Et merci à Michel Lobé, l’auteur de l’article en question, d’avoir ainsi diverti un ministre qui en a manifestement besoin…