La génération spontanée en question
Arimi Choubadé
6 mars
Dieu aime tellement le Bénin qu’il lui envoie un sauveur messianique. La bondieuserie d’Etat y croit dur comme fer. Le docteur-président après le très haut. Quiconque se mettrait en travers du changement serait la proie de la vindicte divine. Une divine main vengeresse qui semble s’être mise en action depuis deux ans : crises sociales à répétition, tensions politiques récurrentes, campagnes cotonnières agitées, vie chère, lutte contre la corruption à multiples vitesses. C’est le messie lui-même qui a demandé pour son peuple la sanction s’il n’adhère pas au changement, et le ciel l’a entendu. Alléluia !
En réalité, l’immobilisme doit beaucoup à l’amateurisme et à l’improvisation. Les initiatives gouvernementales manquent de liants les unes entre les autres. Sur la vie chère, nos princes peuvent renvoyer leurs détracteurs vers les rues enflammées de Ouagadougou et de Yaoundé. Le baromètre économique mondial obéit aux frasques du règne guerrier du plus mal aimé du clan Bush. C’est connu que Yayi Boni n’a pas les moyens d’influer sur les cours mondiaux de produits d’importation depuis son minuscule Bénin.
La vie chère ne saurait néanmoins dédouaner la gouvernance hérétique amorcée depuis avril 2006. Ceux qui parlaient de génération spontanée ont eu tort d’avoir eu raison trop tôt. La politique ne serait pas à la rue si les défenseurs d’une certaine éthique avaient été écoutés. Aujourd’hui, tout béninois espère devenir un jour ministre, député ou président de la République. Juste parce qu’ils ont vu un Ovni débarqué de Lomé et ramasser le pouvoir à l’aide de caravanes interminables de véhicules haut de gamme, de posters gigantesques, de tee-shirts, de libéralités en tout genre. On s’étonne plus tard que la lutte contre la corruption pique du nez dans des enfantillages. Elle ne peut prospérer tant qu’on ne commence pas par expliquer à l’opinion publique l’origine des fonds engloutis par l’homme du changement au cours de sa campagne présidentielle de 2006.
On évoquait tantôt la génération spontanée. Ce n’est pas de la péjoration gratuite. Il faut un savoir faire pour gérer un Etat et une équipe. Un docteur-banquier même surdoué, seul, ne peut que faire du « ventilateur » tout au long du mandat. Le docteur-président a certainement de remarquables qualités. Il n’en demeure pas moins vrai qu’avant de s’installer au palais de la Marina, ses expériences dans le fonctionnement d’un cabinet ministériel restent marginales pour ne pas dire inexistantes. On comprend l’inflation des conseils des ministres qui supposent une désertion permanente des ministères au profit des allées inconfortables de la présidence de la République. Tant pis si des dossiers importants de l’Etat souffrent dans les tiroirs puisqu’il faut également aller discuter la gestion des ruelles et des caniveaux avec les élus municipaux.
Le Bénin n’a connu ni calamité ni cataclysme pourtant il donne des allures d’un pays divisé au bord de l’éclatement où le chef de l’Etat ne peut parler à la classe politique que par diplomates interposés. Un chef qui préfère aller au devant d’anonymes que de dialoguer avec des corps constitués représentatifs comme des syndicats de travailleurs, des responsables étudiants, des membres d’institutions.
De l’échec supposé des partis politiques à l’impasse de la génération spontanée.
La génération spontanée en question
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