Mammon et la Céna
Après trois élections du bureau de la Commission électorale nationale autonome (Céna) 2008 et trois reports de la date des scrutins de cette année, l'organisation des prochaines élections communales et municipales couplées avec les locales demeure hypothéquée pour plusieurs raisons qui se ramènent essentiellement aux manigances des uns et des autres au pied de Mammon, le dieu de l'argent. A la Céna où se concentrent et s'exacerbent les travers et contradictions de la démocratie béninoise, l'argent – encore plus ici qu'ailleurs – cesse d'être serviteur. Il dicte ses lois à tous ou presque, au point de nous conduire à des comportements dangereux et suicidaires pour la survie de notre démocratie, comme on le voit d'élection en élection.
Avec la Céna 2008, comme ce fut le cas en 2007, il va sans dire que le gouvernement ne veut, pour rien au monde, que l'argent du contribuable retourne dans les mains de forces politiques marraines dans l'ombre des membres de la commission. Car la Céna est une véritable plateforme de trafic d'intérêts financiers pour acteurs politiques et opérateurs économiques grands et petits.
Mais, dans ce système de ‘tu me tiens je te tiens', chacun tourne autour du pot lors des discours publics. Dans les médias, le gouvernement dit ne rechercher qu'une bonne gestion des fonds publics. La Céna, quant à elle, dit défendre son autonomie de gestion. Mais, pourquoi ne recourt-elle pas à un arbitrage de la Cour suprême comme il se devrait ? Cela situerait les responsabilités de chacun. Et si le gouvernement tenait tant à l'orthodoxie financière, pourquoi n'a-t-on pas publié afin d'en tirer leçon, le rapport financier et les audits de la Céna 2007 qui avait un règlement financier avec régisseur et délégué du contrôleur financier à l'appui ? Cela aurait permis de prendre à l'avance des dispositions nécessaires pour une meilleure gestion par la Céna actuelle.
Alors, une question critique se pose aussi bien au gouvernement qu'à la Céna : pousserait-on la recherche des intérêts particuliers plus loin encore au détriment d'une tenue quoiqu'imparfaite des élections ? Mammon, quand tu nous tiens !
Abbé André S. Quenum
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