Dons au peuple frère du Togo : Yayi Boni abandonne son peuple
8 septembre 2008 - LE MATINAL
Le président de la République a fait don de maïs, de l’argent et de moustiquaires au peuple togolais vendredi dernier à Lomé, alors que les populations inondées d’Adjohoun et autres souffrent déjà le martyr et manquent du minimum pour survivre. Déjà, on crie à l’abandon des Béninois par le premier magistrat au moment où les problèmes s’amoncèlent de plus en plus dans le pays.
Le chef de l’Etat, le Dr Yayi Boni a choisi de voler au secours du peuple togolais au moment où les siens souffrent le martyr et certains déjà sous l’eau manquent du minimum pour survivre. 5.000 moustiquaires, 400 sacs de maïs et une somme de 100.000.000 Fcfa ont été remis à Lomé le vendredi dernier aux autorités togolaises par les ministres Felix Hessou, Juliette Koudénougbo, Moussa Okanla et le chef d’Etat Major Mathieu Boni. Pour le don publié à grand renfort de publicité, ce sont les problèmes en instance et les revendications des syndicats pour lesquelles les solutions semblent difficiles qui doivent préoccuper. Encore que les populations togolaises ont appris à bien travailler la terre plus que les nôtres. Il suffit de faire le tour du pays et de visiter les régions comme Atakpamey, Kpalimey et autres pour s’en rendre compte. Outre le champ de maïs, de manioc, d’arachide et autres qui s’étendent à perte de vue sur la terre ferme, on cultive énormément au pays de Faure Eyadéma sur les versants des montagnes. Au même moment, les brousses s’étendent à perte de vue d’Abomey Calavi à Malanville et Porga. Sans que personne ne soit si gênée. Les paysans préfèrent abandonner leurs champs pour se réfugier à Cotonou, Parakou, Porto-Novo ou Abomey et Bohicon pour faire Zémidjan et polluer l’environnement. A côté, on parle déjà de certaines localités où l’inondation fait rage et les récoltes ne sont plus possibles à Adjohoun du fait que plusieurs champs sont sous l’eau. Sans compter la crise alimentaire et la cherté de la vie qui sévissent depuis des semaines. C’est dans ces conditions extrêmement difficile à gérer dans les ménages que le premier magistrat a préféré voler au secours du peuple travailleur togolais en abandonnant les siens. Pour avoir fait cette option, le président Yayi Boni vient de donner la preuve que les caisses béninoises sont pleines et il n’y a plus de raisons pour ne pas répondre positivement aux revendications des citoyens. La première conséquence de cet acte par ces temps qui courent, c’est le renforcement de la tension syndicale. Ce geste de solidarité est donc mal venu. Car le gouvernement n’aura plus d’arguments pour ne pas accéder aux revendications des syndicats. On se rappelle qu’au début, ce sont les engagements du chef de l’Etat de donner des milliards pour l’avancement des projets qui a créé des problèmes. Ainsi, plusieurs chantiers sont en souffrance. Il s’agit de la route stade Charles de Gaulles de Porto-Novo, pour continuer la construction de la route Akpro-Missérété-Dangbo-Adjohoun-Bonou-Ouinhi-Kpédékpo et les autres chantiers qui sont visités au quotidien par le chef de l’Etat et certains thuriféraires du changement à gros sous. Par ailleurs, les revendications sociales se sont multipliées. Simplement parce qu’on pense, à tort ou à raison, qu’il y a de l’argent quelque part pour régler tous les problèmes en instance. Mieux, avec ce don du Bénin au Togo, les partenaires au développement qui ont doté le pays de quelques tonnages de vivres à cause de la crise alimentaire pourraient être bien surpris du geste du chef de l’Etat qui n’a pas su attendre l’autosuffisance alimentaire avant de voler au secours des Togolais. Ils pourraient conclure que le Bénin est autosuffisant, qu’il a réussi à juguler la crise et qu’il n’a plus besoin d’eux.
Le don fait la fin de la semaine dernière au peuple togolais dans les conditions actuelles donne plus que jamais raison à l’opposition qui a du mal à comprendre les motivations du chef de l’Etat. C’est surtout Me Adrien Houngbédji qui a toujours fustigé une certaine précipitation au sommet de l’Etat, la fuite en avant et le manque de vision des thuriféraires du changement qui va se frotter les mains. Parce qu’on semble désormais disposer à conduire Yayi Boni dans des projets sans lendemain et très peu convaincants en ces moments de cherté de la vie. Or, c’est maintenant qu’il faut savoir raison gardée, afin de conseiller les bonnes stratégies au chef de l’Etat pour l’aider à juguler la crise actuelle et éviter surtout de tomber dans les pièges de l’opposition. Mais, c’est plutôt le contraire. Le don de 100 millions avec les autres biens dans les conditions actuelles apparaissent comme une autre gaffe politique qu’on aurait pu éviter s’il existe encore quelqu’un pour dire la vérité à Yayi Boni. Dans ce cas, on peut à loisir se demander l’intérêt d’une telle initiative. Même si la coopération sud-sud est recommandée par ces temps qui courent. Parce que les populations béninoises sont dans le besoin, tout coûte cher dans le pays, plusieurs chefs de ménages n’assurent plus correctement le quotidien de leurs familles et la rentrée des classes s’annoncent déjà très difficile et il vaut mieux orienter les ressources nationales vers des solutions à ces problèmes. Ce que les thuriféraires du changement semblent avoir perdu de vue pour initier ce don aux autres.
Jean-Christophe Houngbo (Br. Ouémé-Plateau)
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