La propagande des charognards et le certificat médical…
Par Arimi CHOUBADE
23 septembre 2008
Rosine est malade et les émergents jubilent. Aubaine pour le régime de démontrer la grandeur d’esprit du docteur-président. Un prétendu élan de cœur bruyamment exprimé à travers une gesticulation exceptionnelle des gazettes de la propagande autour du certificat médical de la doyenne d’âge de l’Assemblée nationale. Avec le concours des pisteurs de la Marina, le N°2 du gouvernement du Changement, Issifou Kogui Ndouro croit avoir réussi la mission du siècle pour avoir déniché la dame de fer jusqu’à sa retraite sabbatique en Afrique du sud. Le voyeurisme débridé érigé en méthode de communication se charge du reste de la besogne sur fond de désinformation et de rumeurs.
Le docteur-président aurait ordonné de vider les caisses de l’Etat afin d’offrir les meilleurs médecins à la malade de prestige. Certains fantasment déjà sur une répétition du convoyage de fonds au-delà des frontières par un ministre du Changement avec cette fois-ci près de 270 millions selon les coupures de presse. De quoi attirer sur la bénéficiaire présumée l’ire d’une opinion publique très marquée par la misère ambiante. Il a fallu le dépit du mari, excédé par une exploitation éhontée des souffrances de sa vaillante épouse pour éventrer le pot aux roses. Dans tout le montage, seul l’état de santé chancelant de Rosine Soglo parait proche de la réalité. Tout autour a été construite une légende totalement délurée sur une prise en charge totale au frais du contribuable qui n’existe que dans l’imaginaire des propagandistes.
Ces méthodes de barbouzes de la désinformation n’étonnent qu’à moitié. Ce n’est pas la première fois que la Marina essaie de s’adjuger le monopole du cœur à travers des séances de compassions- spectacles. Une pratique connue de Rosine Soglo qui lors d’une précédente baisse de forme avait vu débarquer à son domicile au quartier Haie vive de Cotonou un impressionnant cortège présidentiel escorté d’une armée de reporters caméras et appareils photographiques au poing. On se souvient également de ces scènes surréalistes révélant le chef de l’Etat étreignant jusqu’à l’étouffant le plus-que-centenaire, Salomon Biokou sur son lit de malade à Porto-novo. Un traitement spécial présidentiel pour vieillard dont les présidents Emile Derlin Zinsou, Mathieu Kérékou et Nicéphore Soglo dans une moindre mesure (sans oublier feu Cardinal Bernardin Gantin de son vivant comme à ses obsèques) sont régulièrement gratifiés, toujours en présence de cameramen et de photographes.
Personne ne peut dénier à un pouvoir de choisir d’être à la quête permanente de cosmétique et d’artifices. Surtout avec une gouvernance qui souffre cruellement de profondeur et de perspective. Sauf que le voyeurisme d’Etat qui prend pour cible Rosine Soglo est proprement déplacé. Venant des princes installés à la Marina depuis avril 2006, la méprise est impardonnable. En effet, la plupart d’entre eux connaissent parfaitement les origines des ennuis de celle qui a donné un sens à la notion de première dame au Bénin voire en Afrique francophone. Ils étaient aux affaires aux côtés de Nicéphore Soglo lorsqu’une certaine opposition faisait obstruction à une opération d’évacuation sanitaire de l’ex-première dame évaluée à 10 millions de Fcfa. Une misère à comparer à tout ce qui est englouti dans le cabinet de la première dame sous le règne du changement.
Rosine Soglo ne mérite certainement pas que l’on ravive des blessures qui peinent à cicatriser maintenant qu’elle a décidé de faire l’impasse sur ce passé douloureux en acceptant de collaborer avec ceux qui portent la responsabilité de son handicap. Comme il y a 15 ans son état de santé est remis au cœur des enjeux politiques.
De la bêtise que de vouloir tirer profit de tout, même de la dignité d’une dame d’exception.
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