Yayi Boni et « Les misérables » (*) intellectuels Tchabès
Par Benoît ILLASSA
05 octobre 2008
Comme HUGO, nous rejetons « toutes ces fictions qu'on appelle droit divin, légitimité, grâce de dieu » parce que nous reconnaissons que « tout homme du peuple est, à priori, homme de la cité » sous la seule réserve que « les droits politiques doivent, évidemment aussi, sommeiller dans l'individu jusqu'à ce que l'individu sache clairement ce que c'est que des droits politiques, ce que cela signifie, et ce qu'on en fait ». En effet, « Pour exercer, il faut comprendre ».
Depuis l'annonce de la formation du troisième gouvernement de l'aire des change-menteurs, le forum Tchabè tourne au ralenti. Et pour cause? Chacun des potentiels futurs appelés au gouvernement, par la main du Président-Messie, court renforcer ses chances chez le féticheur ou le charlatan du coin !!!
Le développement de notre région est le cadet des soucis de nos auto-proclamés politiciens et autres intellectuels du coin. Seuls comptent pour eux leur « gombo » et la politique du tube digestif. Pour que chacun prenne la mesure de cette situation, nous allons vous montrer comment Moudjaïdou Soumanou et Biaou Juliette Koudénoukpo sont devenu ministres de Yayi Boni.
FORMATION DU PREMIER GOUVERNEMENT DE YAYI BONI
Après l'euphorie de la victoire, Yayi Boni demanda aux « nôtres » de lui donner cinq CV de personnalités Tchabès parmi lesquelles il choisirait deux membres de son équipe gouvernementale. Il s'agit là d'une chose banale et classique à la fois. Le Président Mathieu Kérékou demandait, pour chaque poste ministériel, trois CV.
En lieu et place des cinq CV., les « nôtres » présentèrent trente-cinq CV. Au Président Yayi Boni. Ils exigeaient cinq postes ministériels. Pas un de moins !!! Dans le même temps, une liste de 500 postes administratifs, politiques, financiers, diplomatiques, etc. sera remise au Docteur Yayi Boni pour caser l'élite Tchabè. Ce n'est pas de la fiction, mais la triste réalité. Yayi Boni étant Tchabè, de part son père, et Bariba, de part sa mère, le népotisme doit jouer à fond.
Étonné et surpris à la fois par cette gloutonnerie de ses frères paternels, Yayi Boni ne donnera pas suite. Au contraire, en lieu et place de deux postes ministériels promis, il ramena son offre à un seul poste. Il demanda alors à l'un de ses financiers, Patrice Talon, de lui trouver un technicien Tchabè (pas du tout politisé – il insista sur cet aspect de la virginité politique) pour occuper un poste ministériel dans son premier gouvernement. Patrice Talon lui conseilla le choix de Moudjaïdou Soumanou. Pour mémoire, avant sa nomination, Moudjaïdou Soumanou était le Directeur du commerce intérieur du Bénin. Il fût nommé à ce poste par Amos Elègbè, ancien ministre du commerce de Kérékou.
Aussitôt nommé, les Tchabè de la FCBE , très furax, vont demander à Yayi Boni de le démettre de sa fonction ministérielle au motif qu'il n'aurait ni participé, ni financé la campagne électorale. Yayi Boni tiendra bon quelques mois avant de céder lors du remaniement ministériel suivant.
FORMATION DU SECOND GOUVERNEMENT DE YAYI BONI
Chat échaudé craint l'eau froide dit-on. Ayant tiré les enseignements du comportement de ses frères paternels lors de la formation de son premier gouvernement, Yayi Boni va changer de stratégie. Cette fois-ci, il demanda qu'on lui présente trois CV. de femmes Tchabès qu'il veut promouvoir dans son gouvernement. Argument imparable et en béton: l'aire culturelle tchabè est la seule à n'avoir jamais eu de femme ministre dans aucun gouvernement du Bénin.
Comme lors de la formation du premier gouvernement des change-menteurs, les querelles de chapelle fusent de toute part. Très irrité par le comportement de ses frères, Yayi Boni demande qu'on lui donne la liste de toutes les femmes tchabès en poste à l'international. Aussitôt dit, aussitôt fait. De la liste qu'on lui a remise, il s'est souvenu d'une certaine Juliette Biaou , épouse Koudénoukpo. En effet, Yayi Boni, alors Directeur de la BOAD, avait suivi une mission du PNUD que Juliette Biaou avait accomplie avec brio dans la région de Ouèssè (Dpt. des Collines). Ce succès lui a d'ailleurs valu d'être promu dans un poste plus important à Dakar par le PNUD.
C'est donc à cause de ce seul critère du mérite professionnel que Juliette Biaou Koudénoukpo a été nommée ministre de l'environnement et de la protection de la nature dans le second gouvernement de Yayi Boni.
Comme on pouvait s'y attendre, la misogynie des thuriféraires FCBE tchabès a encore frappé. Ils sont allé dire à Yayi Boni que, comme pour Moudjaïdou Soumanou, elle n'aurait ni financé, ni participé à la campagne électorale. De surcroît, elle ne serait pas un tchabè du cru parce qu'elle est née et a grandi à Kandi. Ce dernier aspect a tôt fait de rapprocher l'histoire de Juliette Biaou Koudénoukpo à la propre histoire personnelle de Yayi Boni. Lui qui a grandi dans le nord du Bénin ne serait donc pas un tchabè à part entière !!! Si on le dit concernant sa ministre de l'environnement, comment lui, Yayi Boni, en serait-il épargné?
La question qui reste pendue à toutes lèves est désormais celle-ci: quel tchabè bon teint Yayi Boni appellera dans son troisième gouvernement? Dans l'écurie FCBE locale, la guerre et les suspicions font rage entre les yayiteaux de la première heure et ceux de la cinquième colonne. Comme toujours, le développement est mis en quarantaine !!!
(*) Les Misérables, par Victor HUGO, Paris, 1862
Benoît ILLASSA
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