Kérékou donne l'estocade à Yayi Boni
Par Arimi CHOUBADE
8 octobre 2008
J’avais averti au travers d’une précédente chronique que le vieux général « en retrait des affaires publiques » ne fait jamais rien pour personne. Les émergents croyaient tenir le bon bout en paraphrasant une des inextricables tirades du grand camarade Mathieu Kérékou : « les Béninois n’ont pas de tête ». Les émergents y avaient vu une opportunité extraordinaire d’exalter le messianisme autour de la personne de Yayi Boni depuis le 06 avril 2006. A l’aide d’une caricature qui fait de leur champion le seul saint au milieu d’une classe politique vieille, corrompue, dépassée et archaïque.
L’explication de texte authentique proposée par le véritable auteur de la tirade originelle n’a rien de réjouissant pour les idéologues de la Marina. Ceux qui n’auraient pas de tête sont à rechercher au sein de l’appareil du Changement incapable d’installer les conseils municipaux plusieurs mois après les élections municipales. Plus grave, le général Kérékou ne fait plus mystère de la faillite de son successeur. Le rappel d’une partie de la troupe par un général à la retraite, ancien président de la République pour aller honorer la mémoire du patriarche Biokou Salomon à Porto-novo est symptomatique de la gravité de la situation.
Coup de grâce à la propagande yayiste lorsque la fille aînée du « fétiche » de Porto-novo proclame ouvertement que l’illustre disparu avait déjà donné son « cœur » à Kérékou avant de trépasser. Pauvre du docteur-président ! Essai manqué pour son équipe qui comptait beaucoup sur les obsèques médiatiques du chancelier de l’ordre national pour en mettre plein la figure aux Aïnonvis. Retour précipité au pays de la délégation présidentielle en séjour à Accra au Ghana, tout le gouvernement qui assiège littéralement le domicile mortuaire durant près de 48 heures, diffusion synchronisée sur les 3 chaînes de télévision émettant de Cotonou concomitamment avec la chaîne nationale du compte rendu de la visite du chef de l’Etat à la famille éplorée. Tout çà pour se voir ravir la vedette à une figure de proue de la vielle classe politique. Ne s’agit-il d’ailleurs pas des obsèques du plus vieux de cette vieille classe politique ?
Extraordinaire que le régime Yayi en soit réduit à courir après la crédibilité à travers funérailles, mondanités, folklores et inauguration de chrysanthèmes. Un sorte de roi d’Angleterre sans bilan à défendre. Même là encore, le souverain peut s’appuyer sur les fiches du premier ministre pour meubler son discours du trône à la chambre des Lords. On peut légitimement s’étonner de la maigreur du bilan du pouvoir après la quantité impressionnante de promesses distillées depuis le début de règne : la croissance à deux chiffres, l’émergence économique à l’instar des dragons d’Asie, les grands travaux, le plein emploi, le renforcement de la démocratie, le label coton béninois en pointe, la turbine à gaz… Autant de rendez-vous manqués.
A savoir si les émergents se rendent compte de s’être enfermé tout seul dans l’immobilisme, la jouissance et le gaspillage des ressources publiques sans l’aide de personne, pas en tout cas des célèbres « spectateurs joyeux » du palais des sports de Cotonou le 12 mars 2008. Les moins sots du régime proposeraient certainement à leurs compagnons de mettre à profit l’autre moitié du mandat à travers la recherche d’une amélioration tangible du quotidien misérable de la majorité des Béninois. Plutôt que de se lancer éperdument dans cette gigantesque entreprise de fabrication de boucs émissaires et de quête de crédibilité y compris auprès des morts.
Réinventez le Changement pendant qu’il est encore temps !!!
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