Tout n’est pas que maroquin
Par Arimi CHOUBADE
12 novembre 2008
Le chef de l’Etat béninois s’appelle Yayi Boni et Cotonou fait partie intégrante du territoire national. Si le gouvernement rêve de faire circuler les Cotonois sur les hauteurs d’échangeurs (passages à niveau), de réfectionner à coup de milliards le Palais des Congrès et le Centre international des conférences de la ville, de s’arc-bouter sur la gestion du marché Dantokpa ; il faut bien qu’il se préoccupe également d’enlèvement d’ordures ménagères, d’ouverture de rigoles, de balayage des rues, d’assainissement des zones inondées. En clair, Yayi et son gouvernement du Changement peuvent s’échiner à faire des routes, des ponts, des villas présidentielles, à casser des écoles en ruine à Yagbé ; il revient au maire de la ville de cirer les ponts, d’astiquer les chaussées, d’assécher les rues envahies d’eau de ruissellement, de vider les poubelles des ménages. Tant pis si le couple Gouvernement-Mairie bat de l’aile. Où se trouve donc le scandale de voir Léhady Soglo N°2 de Cotonou arpenter les couloirs du Palais de la Marina même en pleine tension autour des débauchages des militants de son parti, des ordonnances présidentielles et de la diabolisation à marche forcée de la coalition majoritaire au parlement ? Surtout que Yayi et Soglo ne défendront pas les mêmes bilans devant les électeurs.
Au docteur-président de se soucier de gérer les contradictions nationales, à Soglo son conseil municipal. Entre devenir l’un des trente ministres du gouvernement du Changement et faire face quotidiennement aux milliers de tonnes d’ordures ménagères en provenance de Dantokpa, on devine aisément là où se situe le casse-tête pour le maire et son équipe. On comprend que la propagande du régime fasse ses choux gras de chaque entrevue que le docteur-président arrive à arracher auprès de n’importe quel leader politique au moment où la panne de dialogue politique au Bénin figure désormais au menu des messes basses de chefs de d’Etat et de gouvernement de la sous région. Deux visites successives de Léhady Soglo à Yayi Boni suffisent largement à alimenter les chroniques les plus savantes sur les prises de guerre des émergents. Ne s’agit-il pas du géant N°2 de la vitrine du Bénin, amateur d’arts martiaux, candidat de la Rb à la présidentielle 2006 et architecte du G4 (conglomérat de Houngbédji, Amoussou, Idji, Fagbohoun et le clan Soglo) ?
En tant normal, Léhady dans l’escarcelle de l’Etat-Fcbe serait une prise de rêve. Comme si l’appât du maroquin pouvait effacer les injures publiques sur Rfi et Bbc d’un ministre du Changement à l’endroit du président-maire, les provocations des ministres dans les quartiers de la ville à l’insu des autorités de la ville, les humiliations des militants jetés en prison en pleine campagne des municipales 2008, le défi ouvert lancé aux Soglo lors des élections.
L’actualité plus récente s’est enrichie du hold-up d’Abomey-Calavi, de débauchages de député et de cadre de l’hôtel de ville, d’initiatives visant à quadriller le fief naturel des Soglo dans le département du Zou. En acceptant les clés de la cité portuaire, Hercule lui-même savait qu’il devrait affronter un Himalaya d’immondices et non courir les maroquins pour ses lieutenants.
Plus que la gestion de Dantokpa toujours objet de chantage, la police municipale est devenue l’handicap qui empêche Cotonou de rivaliser avec ses concurrents directs de la côte ouest africaine. Les gendarmes de l’incivisme. Il ne tient qu’au pouvoir central de donner au projet une existence légale. Ce qui passe forcément par une sourdine passagère à l’adversité radicale. Léhady a donc besoin de rencontrer autant de fois que possible Yayi pour y parvenir : deux, trois, quatre, cinq fois…
Moderniser sa ville n’a rien à voir avec la course aux maroquins !
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