Election présidentielle de 2011:
Bohicon aura-t-il raison de Yayi Boni ?
10 décembre 2008- LEMATINAL
Si rien ne change d’ici à 2011 et si le peuple suivait le mot d’ordre des acteurs de la rencontre de Bohicon et d’Abomey des 28 et 29 novembre 2011,Yayi Boni va perdre le pouvoir. En choisissant la tactique de réponse du berger à la bergère, le régime en place s’y prend très mal et risque de donner raison à l’opposition sortie unie des assises de Bohicon.
Que va-t-il se passer d’ici à 2011 ? C’est à cette question que les observateurs de la vie politique béninoise se livrent dans la mesure où l’on a l’impression d’être en face d’une situation qu’on peut qualifier « d’irréconciliable » entre la classe politique et le chef de l’Etat Yayi Boni.
L’opposition s’est lancée le défi de provoquer l’alternance en 2011. Du coup, l’hostilité entre le Président de la République et des ténors de la vie politique du Bénin est devenue plus intense. Des déclarations véhémentes aux contre déclarations enflammées, des critiques acerbes aux contre attaques démesurées, des discours accusateurs aux propos indécents, les perspectives pour trouver une porte de sortie à la crise actuelle s’annoncent particulièrement obscures et ne permettent pas de dire que d’ici à 2011, les rivalités politiques et politiciennes vont disparaître. Le débat politique s’enlise et chacun refuse d’être sur la défensive et préfère amorcer des offensives. Mais alors, que ce soit du côté du régime en place ou de l’autre avec les « G » et « F », il y a une sorte de tactique pour nuire à l’autre et non une stratégie pour conquérir le pouvoir ou le conserver en 2011. De tout ce que l’on observe, l’enjeu capital ce n’est plus le peuple, mais la prochaine présidentielle. Les contradictions de la classe politique illustrent la profonde division entre les hommes qui les alimentent. Est-ce le chemin qui conduit à la Marina ou le moyen par lequel on conserve le pouvoir ?
Ce qui se passe aujourd’hui dans le pays révèle que autant qu’ils sont, ils n’ont d’ambitions que pour le pouvoir, ils ne respirent que par cela. Or, tout le monde ne peut pas accéder au même moment à la Magistrature suprême. L’actuel locataire de la Marina n’a pas encore fini son mandat auquel il s’accroche que déjà l’on prophétise l’alternance en 2011. C’est légitime. Mais ce n’est pas dans une telle ambiance où le peuple se sent désabusé par les hommes politiques qu’il faut jeter la pierre à l’autre sans s’assurer de la réaction de ce peuple et sans imaginer que celui qui est visé peut esquiver le coup. Le fait de programmer à plus deux ans de la fin de son mandat les obsèques du président de la République alors qu’il n’est pas sûr de perdre le pouvoir et la réplique maladroite du camp présidentiel, invitent à une observation : Yayi Boni et l’opposition sont sûrs de quelque chose. Chacun à son niveau sait sur quoi il va s’appuyer en 2011. Il y aura des soutiens venant de l’extérieur et de l’intérieur. Le jeu n’est donc pas encore plié.
Une peur permanente
Pour l’instant, on lit la peur dans le comportement des uns et des autres. Des députés aux conseillers en passant par les membres du gouvernement, on craint que l’initiative de Bohicon-Abomey n’amène pas le chef de l’Etat à se comporter comme une poule décapitée qui va très vite dans tous les sens et sans savoir où elle va. Ce qui illustre cette crainte permanente dans le camp du chef de l’Etat, est que le régime en place à l’initiative du président de la République Yayi Boni a organisé une pseudo réplique aux acteurs de Bohicon. Les responsables du Frap trouvant que les émissaires du chef de l’Etat n’étaient pas à la hauteur des préoccupations soulevées par la presse locale, n’ont pas caché leur amertume pour dénoncer la chose. Il y avait trop de discours pour ne rien dire. Il n’y avait non plus des proyayistes, ministres ou députés de poigne pour tenir la dragée haute à cette flopée d’hommes politiques expérimentés, leaders de partis représentés à l’Assemblée nationale qui ont laminé le chef de l’Etat à Bohicon. Une réponse du berger à la bergère presque faite dans la précipitation, montrant des responsables des Forces cauris pour un Bénin émergent à court d’arguments et d’autres qui sont apparus comme des hommes réveillés d’un long sommeil, forcés d’aller se mettre devant la presse pour répondre à des ténors comme Nicéphore Soglo, Adrien Houngbédji, Bruno Amoussou, Lazare Sèhouéto, Antoine Idji Kolowolé, Séfou Fagbohoun et bien d’autres acteurs. Naturellement, les partisans du chef de l’Etat n’ont pas réussi à dissiper les inquiétudes soulevées à Bohicon. En réalité la sortie précipitée des Fcbe n’a fait qu’illustrer le sentiment que le camp présidentiel est déboussolé après les assises des 28 et 29 novembre 2008 des « G » et « F ». Et, le fait que les chantres du changement ne cessent de réclamer que les acteurs de Bohicon se déclarent de l’opposition ne dissimule pas outre mesure la panique du régime face à la sortie de l’opposition, qui a su se montrer très habile en ne cherchant pas à s’enorgueillir du décret sur le statut de l’opposition pris par le gouvernement. Le plus important à dire n’est pas à ce niveau. C’était plutôt de montrer que sous le régime du changement, la démocratie a connu des avancées remarquables. C’est dire que le chef de l’Etat prend des décisions qu’il ne remet pas en cause aussitôt, ou que le régime en place ne dilapide pas les fonds publics et ne viole pas les règles en matière de finances publiques et les décisions de justice. Il leur était incapable de balayer d’un revers de la main les reproches faits au président de la République par les leaders des « G » et « F ». C’est en fonction entre autres de ces critiques qu’ils crient à la dérive du gouvernement et à la violation des fondamentaux de la conférence nationale des forces vives de février 1990. C’est aussi au regard de ces dérèglements, qui s’érigent en pratique, qu’ils estiment que le pouvoir doit changer de main en 2011. Si pour la première fois, le slogan a fait bouger les murs du palais de la République, c’est aussi pour la première fois qu’une opposition au régime de Yayi Boni a fait preuve d’unité. Réelle ou apparente, elle est parvenue à installer une peur permanente dans le camp présidentiel. Pour le moment la situation n’est pas encore ingérable, mais elle sent mauvais et l’on tente de la camoufler par des déclarations qui fustigent le camp d’en face. Une situation qui risque de perdurer jusqu’en 2011. Une situation à laquelle les journées nationales de d’échanges et de dialogue ne sauraient trouver des solutions définitives et conciliantes. D’ici à 2011, la tension ne va pas baisser d’intensité. Cela ne fera que l’affaire de l’opposition décidée à distraire le Président de la République et à le détourner de ses tâches républicaines. Il sera amené sur des terrains glissants, à tomber dans des pièges et s’enfoncer dans un bourbier politique. Par exemple, au lieu de se donner du fil à retordre en cherchant à détruire les forces politiques de l’opposition soudées par le slogan l’union fait la Nation, le chef de l’Etat Yayi Boni ferait mieux de se mettre au-dessus de la mêlée. Il fera bien de mettre de l’ordre dans sa maison. Après plus de deux ans d’exercice du pouvoir, Yayi Boni doit apprendre à éteindre les conflits politiques, à taper du point sur la table pour discipliner ses alliés, à négocier fermement avec ses adversaires et à cesser de gaspiller les maigres ressources du pays. Sans ses talents, l’échec du changement est inéluctable. Son départ du pouvoir en 2011 sera ainsi tout tracé.
Fidèle Nanga
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