LA CROIX DU BENIN
02 janvier 2009
Par Mgr Antoine Ganyé
Notre petite expérience de l’homme dans son rapport avec l’avoir et surtout la conscience de la gratuité qui fonde l’essence même de la valeur, nous conduisent à conseiller la prudence en cette matière.
de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ …». Cette déclaration, contenue dans la Constitution pastorale L’Eglise dans le monde du Concile Vatican II, traduit l’engagement de l’Eglise aux côtés de l’humanité entière dans sa quête de sens, de bonheur, de justice et de paix.
Il est heureux de constater que cet engagement s’étend aujourd’hui, dans notre pays, à bien des confessions religieuses. Dans leur récent message Restaurer la confiance et préserver la paix, les évêques catholiques du Bénin ont souligné cette «heureuse relation de forte proximité entre le religieux et le politique dans notre pays…». Sans doute, la volonté de renforcer ce partenariat bénéfique entre le religieux et le politique a conduit le gouvernement du président Boni Yayi à envisager une politique d’appui financier « aux chefferies traditionnelles et organisations religieuses».
En effet, le conseil des ministres, en sa séance du 3 septembre 2008, a annoncé que, «poursuivant la politique d’aide progressive de l’Etat aux différentes organisations de la société civile qui concourent par leurs actions à l’exercice de la démocratie apaisée, à l’expression de la foi, ainsi qu’à la gouvernance traditionnelle, le gouvernement a inscrit au budget général de l’Etat, gestion 2008, un crédit de 500 000 000 de francs CFA pour venir en aide aux chefferies traditionnelles et organisations religieuses, dépositaires et défenseurs des valeurs morales et culturelles de notre pays».
Les jours qui ont suivi, nous avons su, par les médias, que cette distribution d’enveloppes financières dans le cadre de la mise en oeuvre de «la politique d’aide progressive…» avait commencée. Les évêques catholiques du Bénin, ont alors adressé une lettre au chef de l’Etat pour partager avec lui leur opinion et proposer une autre alternative. En substance, les évêques disaient : «(…)“Le conseil des ministres, en sa séance du 3 septembre 2008, a annoncé que, «poursuivant la politique d’aide progressive de l’Etat aux différentes organisations de la société civile qui concourent par leurs actions à l’exercice de la démocratie apaisée, à l’expression de la foi, ainsi qu’à la gouvernance traditionnelle, le gouvernement a inscrit au budget général de l’Etat, gestion 2008, un crédit de 500 000 000 de francs CFA pour venir en aide aux chefferies traditionnelles et organisations religieuses, dépositaires et défenseurs des valeurs morales et culturelles de notre pays”. Nous y apprécions le souci positif d’intégrer toutes les composantes de la Nation béninoise à l’émergence rapide et intégrale de notre pays, le Bénin. Nous estimons encore plus cette volonté manifeste de sauvegarder les valeurs morales, culturelles et spirituelles dont sont dépositaires, en principe, les chefferies traditionnelles ainsi que les confessions religieuses. Cette attention de la part de votre Gouvernement, à coup sûr, constitue une forte invitation à défendre et à promouvoir davantage les valeurs morales, culturelles et spirituelles qui forment l’homme dans sa dignité inaliénable et qui façonnent la grandeur d’âme d’une Nation. Dans un monde devenu trop matérialiste, trop technique, la promotion des valeurs apparaît comme une nécessité incontournable tant est si vrai que science sans conscience n’est que ruine de l’âme.
Seulement, notre petite expérience de l’homme dans son rapport avec l’avoir et surtout la conscience de la gratuité qui fonde l’essence même de la valeur, nous conduisent à conseiller la prudence en cette matière. La valeur, en soi, est ce qui mérite d’être désiré, recherché et aimé pour lui-même. Et comme telle, toute valeur risque de s’anéantir lorsqu’elle est grevée d’avantages pécuniaires. La valeur fait appel à la conviction, une conviction délestée de toute âpreté au gain. Les valeurs de paix, d’amour de la patrie, de dignité, d’intégrité, de courtoisie… sont sans prix et quand on y mêle le prix, elles trépassent sans appel.
Nous suggérons, pour une mise en oeuvre plus judicieuse de la politique d’aide progressive de l’Etat “ aux chefferies traditionnelles et organisations religieuses, dépositaires et défenseurs des valeurs morales et culturelles de notre pays” , que l’appui du gouvernement prenne la forme de l’aménagement de conditions favorables à leurs activités caritatives et leurs investissements sociaux dans les domaines de l’éducation, de la formation professionnelle, de la santé publique, de la prise en charge de la jeunesse… ».
Ce fut pour nous, une réelle surprise lorsque le 20 décembre, un courrier nous parvint, signé du pasteur Simon K. Dossou, agissant comme président du cadre de concertation des confessions religieuses, invitant la Conférence épiscopale du Bénin, à travers son représentant, à assister à la cérémonie de remise de chèque «dans le cadre du soutien financier du gouvernement de la République du Bénin accordé aux confessions dites judéo-chrétiennes». Nous avons signifié notre regret de ne pouvoir y répondre favorablement ainsi que le notifie cet extrait de la lettre-réponse adressée au pasteur Simon K. Dossou: « Paix et joie vous soient accordées de la part de Notre Seigneur Jésus-Christ. Par la présente, je viens bien respectueusement accuser réception de votre lettre Réf. 409/EPMB/P/08 du 19 décembre 2008, relative à l’invitation de la Conférence épiscopale du Bénin, à travers son représentant, à assister à la cérémonie de remise de chèque «dans le cadre du soutien financier du gouvernement de la République du Bénin accordé aux confessions dites judéo-chrétiennes ».
Tout en reconnaissant l’instrument précieux que peut constituer le cadre de concertation des confessions religieuses pour l’édification d’une société paisible, je suis aux regrets de ne pouvoir répondre favorablement à cette invitation, non point pour une raison d’agenda, mais par fidélité à nos propres convictions».
Nous avons tenu à cette clarification, non point pour jouer aux donneurs de leçons, tant s’en faut et ce ne fut jamais notre attitude ; mais tout simplement pour éclairer l’opinion publique et dissiper le flou qui nourrit les approximations subséquentes à l’absence de l’Eglise catholique à la cérémonie de remise de chèque, le mardi 23 décembre 2008, au ministère chargé des relations avec les institutions.
Nous rassurons M. le président de la République et son gouvernement ainsi que tous les fils et filles du Bénin, que, nous sommes et restons partie prenante pour le développement intégral de l’homme, pour la remise à flots socio-économique, politique, morale, spirituelle et religieuse de notre chère Patrie. Nous ne ferons pas économie de nos apports et de nos suggestions si le devenir commun doit s’en trouver mieux. C’est notre modique participation à l’émergence de ce pays, notre Bien Commun.
Tout en souhaitant à chacun et à tous une féconde année 2009 de paix et de joie, nous implorons sur vous la bénédiction du Dieu Tout Puissant.
Pour les évêques du Bénin
Mgr Antoine Ganyé
Président de la CEB
Notes
1 Concile Vatican II, Gaudium et spes, 1
2 Conférence Episcopale du Bénin, Restaurer la confiance et préserver la paix, p. 9.
3 Lettre Prot. N° 472/08/CEB du 25 septembre 2008 (voir archives de la CEB).
4 Lettre Prot. N° 733/08/CEB du 20 décembre 2008 (voir archives de la CEB).
Rediffusion
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