VIOLATION DES DISPOSITIONS CONSTITUTIONNELLES
Des ministres de Boni Yayi n’ont pas déclaré leurs biens
10 février 2009 - FRATERNITE
par Angelo DOSSOUMOU
L’image du gouvernement du Dr Boni Yayi vient une nouvelle fois d’être écornée par la violation des lois de la République. Après la dénonciation par les députés de la non installation des conseils communaux dans les délais constitutionnels par les préfets, c’est au tour des ministres de se voir rappeler à l’ordre par le président de la Cour suprême, Saliou Aboudou. Dans son allocution à l’occasion de l’audience solennelle de rentrée judiciaire 2008-2009 de son institution, le président Saliou Aboudou a relevé que dans le cadre de la réception de la déclaration des biens des membres du gouvernement, la chambre des comptes n’a pas reçu tous les dossiers des ministres à leur entrée et à leur sortie de fonction. Pour un gouvernement dont le leitmotiv est l’obligation de compte rendu, à tous les niveaux de l’appareil d’Etat, cette situation est difficilement justifiable. Sinon, comment comprendre que des ministres aient superbement choisi d’ignorer les lois de la République. En effet, le président Saliou Aboudou, de façon précise, a fait remarquer au chef de l’Etat présent à cette rentrée judiciaire que la plupart de ses nouveaux ministres qui ont pris fonction en octobre 2008, n’ont pas encore transmis à la Haute juridiction, leur déclaration de biens. De même, dans leur grande majorité, certains de ses ministres à leur sortie du gouvernement n’ont pas sacrifié à cette obligation constitutionnelle. Voilà qui est dit. La constitution du 11 décembre 1990 continue donc d’être allègrement foulée au pied au plus haut niveau de l’appareil d’Etat. Pourtant, le gouvernement du changement a fait de la lutte contre la corruption, son cheval de bataille. Transparence oblige, ils devraient déclarer leurs biens, ceci sans avoir à se faire rappeler à l’ordre. Mieux, la charte de bonne conduite des membres du gouvernement suppose que tout doit être fait pour préserver l’harmonie au sein de l’exécutif et surtout son image. Mais, par la faute de certains ministres, le gouvernement vient de se donner en pâture à ses détracteurs. Et quand on sait qu’avant de relever les dysfonctionnements chez son voisin, il faut au préalable s’assurer que chez soi tout est parfait, il y a de quoi donner raison à ceux qui ne manqueront pas de mettre à profit les propos du président Saliou Aboudou pour demander des comptes au gouvernement. Car, plus d’un Béninois pouvait difficilement s’imaginer que concernant la déclaration des biens des ministres de l’Etat à l’ère du changement, rien n’a véritablement changé. Malheureusement, les faits sont là. Les ministres vont et viennent, sans que le peuple puisse se faire une idée de leurs biens avant leur entrée et après leur sortie du gouvernement. D’un autre côté, la légèreté qui s’est fait observer sur ce dossier au plus haut niveau ne manquera pas d’attirer l’attention de l’opinion publique sur la nécessité pour le chef de l’Etat de redoubler d’attention sur la gestion de ses ministres.
Mais le plus intéressant, c’est qu’à la suite du discours du président Aboudou Saliou, le chef de l’Etat, Boni Yayi a promis rectifier le tir. Ainsi, dans les jours qui viennent, sous peine de se faire encore taper sur les doigts à d’autres occasions et peut être par les opposants au régime, les ministres retardataires devront sacrifier à l’obligation constitutionnelle de déclarer leurs biens. Ceci suffira-t-il pour redorer le blason du gouvernement du changement ? Peut-être. Mais avant, faut-il que les ministres entrants et sortants aillent effectivement déclarer leurs biens. Et là, c’est une autre paire de manches.
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