VICE-PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE: et Wade créa la femme comme testament politique
par Pathé MBODJE
15-05-2009
xamle.net
Image Freiné dans son ardeur féministe ou utopiste par le Conseil constitutionnel en 2007 et ses frères et soeurs en 2009, Me Wade revient par un amendement qui institue la vice-présidence, au sens féminin du terme asexué qui lui permet de nommer qui il veut. Et tant pis pour les vices, surtout quand il s'agit du genre et du nombre, quand il s'agit de finir en beauté.
Malgré les récriminations du chœur des lamantins (Aliou Tine de la Raddho, partis politiques, toutes obédiences confondues, jusques et y compris au sein du Pds), le président de la République a persisté et signé dans sa volonté d'instituer le poste de vice-président de la République et, conséquemment, dans une 42ème modification de la Constitution de janvier 2001. Le 15 mai dernier, l'assemblée nationale a voté le projet de loi 14/2009 instituant le poste de vice-président de la République et modifié conséquemment les articles pertinents de la Constitution. La levée de boucliers autour du genre a été adroitement évitée par un ange asexué qui laisse le chef de l'Etat libre de nommer qui il veut, dans une durée quand même limitée à sa propre survie.
Le record socialiste de quelque 20 visites en 40 ans ou presque (1) est ainsi battu en huit années d'alternance quand, à défaut d'avoir consolidé le pouvoir qu’il a aidé à fragiliser, au sens masculin singulier, Me Wade se lance dans un combat éperdu pour la femme, sous le signe d'une parité qui tendrait à respecter une majorité sociale. Sarkozy tropicalisé, il voudrait voir dans notre Loi fondamentale le reflet de la même réalité sociologique d'une société devenue moins virile, devant la démission forcée des hommes restructurés et ajustés depuis les années 80, dégraissés d'une fonction publique parasitaire, retraités de naissance qui ont perdu leur puissance tout court, morale, spirituelle, physique et financière surtout.
Certaines explications administratives fournies pour le "léger déséquilibre en faveur de l'effectif total des femmes", surtout entre 20 et 40 ans, oublient les indices ci-dessus et reposent sur "l'importance de la migration des travailleurs à l'étranger (site officiel de la République du Sénégal, par Moussa Soumah, actualisation par Pape Sakho, Atlas du Sénégal, édition « Jeune Afrique », 2000). D'autres sources donnent à peu près le même résultat (2) quand une enquête sur les ménages démontre que quelque 700.000 chefs de familles renferment un pourcentage appréciable de femmes ; plus exactement, sur une population majoritairement féminine (4.123.759 contre 3.760.498 hommes), les 777.931 chefs de ménage comprennent désormais 20% de femmes (Esam I et II).
Si l'ardeur féministe du président de la République a connu une douche froide à la veille des consultations électorales de juin 2007 avec cette parité imposée aux formations politiques que seul le parti démocratique sénégalais (Pds) finira par respecter, son penchant anarcho-utopiste reste entier, au point de poser problème lorsque, pour la seconde fois après la loi n° 23/2007 modifiant l’article L 146 du Code électoral censurée par le Conseil Constitutionnel, dans sa décision n° 97/2007, Me Wade revient à la charge avec le projet sur la création du poste de vice-président et demandant expressément que le poste soit réservé au sexe dit faible. Les récriminations des uns et les menaces des autres n'iront pas au-delà d'une révision de circonstance, le phénomène restant entier, constitutionnellement, pour l'homme légalement détenteur du pouvoir de nommer aux fonctions civiles et militaires.
Hurler avec les loups sur l'aspect légal ou pas consisterait à oublier que le président de la République n'en est pas à une première entorse à la loi qui, comme l'eau, se boit inodore, incolore et sans saveur : il y a en effet exactement un an, presque jour pour jour, le vendredi 9 mai 2008, naissait le projet de loi constitutionnelle modifiant l’article 27 alinéa 1 de la Constitution, faisant passer la durée du mandat du président de la République de 5 à 7 ans, renouvelable une fois. La suite, au-delà de son aspect légal qui pose problème, est une incongruité qui dit que la présente loi ne s'applique pas au mandat en cours. La conséquence logique est que, une fois Wade devenu sans objet parce que parti, le même parallélisme administratif et juridique devrait être respecté pour modifier encore une fois cette loi. C.Q.F.D !
Féministe ou futuriste ?
Une source au moins situe le penchant féministe du président de la République à la Constitution de janvier 2001 avec la promotion expresse des droits de la femme. Le chef de l’Etat le démontrera avec Mme Mame Madior Boye comme Premier ministre, pour faire comme personne, sauf Mitterrand, en France, avec Edith Cresson. La parenthèse sera rapidement fermée avec le douloureux événement du naufrage qui "Diola" qui emportera dans ses eaux la vaillante dame déjà affaiblie par d'autres ondées, celles des pluies d'hiver de janvier 2002 qui décimeront le nord du Sénégal, de Louga à Podor. Il n'empêche : le désir de l'appliquer dès les législatives de 2007 sera freiné par la décision 97-2007 du conseil constitutionnel dont l'arrêt n° 97/2007censurera la loi n° 23/2007 modifiant l’article L 146 du Code électoral qui voulait instituer la parité dans la liste des candidats au scrutin de représentation proportionnelle pour les élections législatives ; têtu, le président le fera appliquer par son parti, le Pds.
"Cette censure, violemment critiquée par les défenseurs de la cause des femmes, a paru neutraliser le Préambule de la Constitution qui incorpore la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes du 18 décembre 1979. Même si la portée de la convention a pu être discutée par les constitutionnalistes de l’ancienne métropole, le Conseil Constitutionnel sénégalais n’aurait-il pas, à tort, calqué sa position sur celle prise par son homologue de France dans ses décisions n° 82-146 DC du 18 novembre 1982 et n° 98-407 DC du 14 janvier 1999 ?" Bolle se pose la question en renvoyant à un certain empirisme des gouvernants français qui a abouti à la Loi constitutionnelle n° 99-569 du 8 juillet 1999 relative à l’égalité entre les femmes et les hommes. "Valait-il mieux que le Président de la République n’honore pas la promesse faite aux Sénégalaises, qui auraient été alors exclues de l’entreprise de modernisation de la Constitution sociale, à l’instar de leurs consœurs camerounaises ? Le projet de « féminiser » la Constitution procède-t-il d’un pur caprice ou constitue-t-il la juste réponse à une demande sociale ?", conclue-t-il.
L'obstination de Me Wade, couronnée sous d'autres formes par le vote du 15 mai 2009, semble découler de sa volonté de clore définitivement ses activités politiques pas un testament en faveur des femmes. Est-ce là le signe d'un certain féminisme ou d'un anarcho-utopisme qui veut tout bouleverser avant de s'en aller, dans une société encore machiste ? N’est-ce pas, plus simplement, un certain modernisme avec le pouvoir qui tend de plus en plus le bras aux femmes africaines (Cf. le Libéria, par exemple) ? Ne serait-ce pas, finalement, volonter de rétablir la balance de la pauvreté, de la maladie et autres calamités qui se féminisent de plus en plus ?
Le président de la République a eu le tort, dans son combat politique, de fragiliser les hommes et les institutions durant toute la période de son oppositionnisme au pouvoir en face ; auto-proclamé président de la rue publique par dérision, il a eu un comportement à la limite de la légalité dans sa recherche effrénée du pouvoir : les appels itératifs à la désobéissance civile, les menaces de transformation du Pds en mouvement de libération, de formation d'un gouvernement en exil, le durcissement de la forme de lutte, surtout à partir de 1988 et ses conséquences politiques et sociales ont été interprétés ailleurs comme le signe d'une libération des énergies et des rêves des Sénégalais quand, en 2000, l’opposant est enfin arrivé au pouvoir ; depuis, par ses multiples visites à une Constitution de consensus, il n’arrête de déstructurer les institutions de la République par leur instabilité gouvernementale et constitutionnelle.
Ismaïla Madior Fall évoque la psychologie dans ce record des révisions constitutionnelles. Le 11 mai 2008, à la suite de la révision de l'article 27 sur la durée du mandat présidentiel et réagissant sur les ondes de la radion "Futurs médias", il avançait que cette « pathologie du révisionnisme constitutionnel » en Afrique (s'explique) par "l’absence d’une appropriation populaire de la charte fondamentale qui doit constituer la clé de voûte des institutions d’un pays. L’idée de constitution n’est pas sociabilisée », affirme-t-il. Dans la réalité, il n'y a pas que cela, même si les constitutions sont souvent soumises à référendum, comme pour justifier une adhésion populaire à un charabia juridique auquel l’électeur principal, le concepteur, ne comprend rien à une mondialisation constitutionnelle ; le plus souvent en effet, un El Hadji Mbodje ne fait en fait que copier une Loi fondamentale antérieure, française, pour l’appliquer hic et nunc à tous les autres pays, moyennant quelques variances qui se veulent couleur locale : ces opérations intempestives dénotent au fond une volonté de fragilisation des institutions afin de s'absoudre soi-même, dans une recherche de quiétude morale propre : en effet, les valses-hésitations sur le sénat, le conseil économique et social et ses dérivés de la République pour les affaires économiques et sociales, la durée du mandat sont autant d'artifices qui traduisent un profond déchirement personnel par rapport à personnel politique à disgracier ou à honorer avant un départ. Comment comprendre autrement les différentes amnisties et lois spéciales (Ezzan) pour absoudre des faits pour lesquels le président Wade a certes été inquiété, politiquement, sans jamais avoir été formellement inculpé dans un cas ou dans l'autre ?
Le 15 mai dernier, il est parvenu à un ultime pied de nez aux hommes politiques sénégalais en leur imposant l’idée institutionnelle et constitutionnelle qu’une femme peut aussi bien faire l’affaire que les mâles.
Pathé MBODJE
Journaliste-sociologue
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NOTES
1-Par Stéphane BOLLE, Maître de conférences HDR en droit public, Université Paul Valéry Montpellier III, "Sénégal : Une Constitution-caméléon"-site : Ferloo.com : Lundi 15 décembre 2008 ; le journal « Le Quotidien » parle lui de 14 modifications dans son édition n° 1897 des 9 et 10 mai 2009, page 5.
2- Population : 10 589 571 (est. Juillet 2002)
Pyramide des âges :
0-14 ans : 43.5% (garçons 2 321 789 ; filles 2 290 105)
15-64 ans : 53.4% (hommes 2 710 178 ; femmes 2 943 554)
65 ans et plus : 3.1% (hommes 159 445 ; femmes 164 500) (est. 2002)
(source : World Fact Book 2002 (Oct. 2002)
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