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Mardi 07 Juillet 2009
     
Bénin: Le roi Boni 1er et ses prédateurs n’ont pas d’idéologie  
     
Tant d’efforts, de passion, de foi et de détermination pour le changement, fondus en un scandale ! Mais espérons que le choc sera passé et le gouvernement compris dans sa démarche de moralisation. Pourtant, si on disait à tous ceux qui , depuis 2005 et avant, ont insidieusement travaillé, infiltré toutes les couches sociales du pays, pour amener un régi e du changement face à un président KéréKou qui a toujours une force de persuasion sur les béninois, que les choses allaient tourner ainsi , ils n’y croiraient pas. Cependant, tout cela était prévisible… Et pourquoi ?  
     

   Parce que le système qui tient et conditionne, d’une certaine façon, le fonctionnement de notre administration publique, fortement politisé par chaque régime, démontre de nouveau son invulnérabilité. On vient ainsi de découvrir-et on s’en est rendu compte sous l’ancien régime- que les gros scandales ne peuvent être tus longtemps, car leur acteurs tant que le contexte politique leur permet de prendre des libertés vis-à-vis des normes, n’hésitent pas à sombrer dans la démesure et à se parer d’une insolence dans l’action, qui leur ouvre, malheureusement, la voie à toutes les dérives.

 

   L’hydre de Lerne : Perversion d’un système

 

    Ce régime n’a pas l’apanage de ces scandales. Le système de dysfonctionnements et de corruption s’est incrusté dans l’administration publique et dans la manière de penser et d’agir des cadres. La couverture politique sert de parapluie aux mauvaises habitudes. Tout régime qui s’installe est contraint de s’accommoder de ce système pervers. Un système fondé sur la reprise des mêmes cadres immergés dans un environnement politique qui permet des écarts, depuis plusieurs décennies, et qui réussit toujours à faire échouer toutes les tentatives de moralisation profonde de l’administration publique. Les ambitions politiques demandant des grands moyens et la satisfaction des intérêts des tenants et des amis d’un régime nouvellement installé, ces cadres changent vite de veste, mais gardent les mauvaises habitudes qui permettent de satisfaire tous les appétits des nouveaux venus, pourvu que, par la même occasion, eux-mêmes y trouvent leur compte personnel. Tout ce monde s’enrichit ainsi sur le dos de la nation. La politique y trouvant son compte grâce à des fonctionnaires prêts à la servir par tous les moyens, mêmes les plus irréguliers. Si jusque-là, les scandales ont été souvent tus, avec de temps à autre, des révélations spectaculaires sans lendemain et avec beaucoup d’impunité, c’est parce que, pendant longtemps, les corps de contrôle de l’Etat, comme l’inspection générale d’Etat, ont été laissés à l’abandon ; puisque personne ne veut être gêné dans ses intentions de financer ses propres ambitions matérielles et personnelles et celles des amis politiques. On doit à ce régime le courage de réhabiliter les corps de contrôle et d’en faire finalement les frais. Et le mérite en revient à Boni Yayi. Si aujourd’hui, sous le régime du changement, les révélations ont tendance à se multiplier, c’est parce qu’en quelque sorte, le régime a ouvert la boîte de Pandore, permettant d’aller regarder plus souvent dans les labyrinthes de la corruption au sein de notre administration. Mais à contrario, il a permis aussi de développer une ambition budgétaire énorme, qui s’est accompagnée, malheureusement aussi, des ambitions politiques qui trop embrassent, en ouvrant tous azimuts des chantiers de dépenses importantes, qui sont autant d’occasions pour les prédateurs de profiter des « facilités» ou des « justifications politiques» pour aller au-delà de ce qui est permis en matière de gouvernance financière.

 

   A quand le crépuscule des prédateurs ? : La responsabilité du politique

 

    Ces fonctionnaires ou cadres politiques sangsues, qui se greffent sur tous les régimes pour en profiter, n’ont aucune idéologie et n’ont de neutralité objective que celle d’assurer la survivance d’un système de prédation patrimoniale de l’Etat, au travers duquel les cadres s’enrichissent de façon occulte. Dans le même temps, de jeunes entrepreneurs, de petites initiatives entrepreneuriales et des employés du secteur privé, producteurs de richesses, souffrent avec les autres contribuables, pour remplir les caisses de l’Etat de moyens financiers, détournés par ceux-là mêmes, qui tout en assumant le devoir régalien de l’Etat, font souvent une concurrence déloyale au privé. En allant investir sur le marché qu’ils contrôlent et qu’ils occupent irrégulièrement par des sociétés écrans, ou des activités commerciales camouflées et soustraitées nuisant à l'équité fiscale, ils créent ainsi un domaine de non droit et d’enrichissement illicite. La politique donne des ailes et dans ce domaine, le jeu d’ascenseur avec lequel les prédateurs menacent les régimes, poussent souvent ceux-ci à chercher à s’accommoder de ce système pervers, pour ne pas perdre politiquement. Dans le passé, on a voulu punir des cadres indélicats, mais le système réussit toujours à endiguer les velléités de moralisation, grâce au chantage politique. On voudrait remercier ses amis politiques par tous les moyens, mais malheureusement, ces derniers n’ont aucun sens du scrupule, pour au moins justifier, par leur compétence, qu’ils méritent la faveur qu’on leur accorde. Ils pervertissent ainsi des dirigeants et des régimes venus avec de bonnes intentions mais tenus par le chantage politique. Nicéphore Soglo voulait faire rendre gorge aux prédateurs mais ils ont fortifié l’armada politique qui devait le faire partir en 1996, dans un contexte de malchance, faite d’ajustement structurel donc de sacrifice pour le peuple, de dévaluation et de cabales sans précédent. Mathieu Kérékou a du faire preuve d’un entêtement exemplaire, pour punir des magistrats indélicats en 2004-2005. Pendant les dernières années de la période révolutionnaire, il y a eu tant et tant de conseils de ministres qui ont mis en débet des cadres, les ont suspendus… mais comme des hydres de Lerne, on les a revus plus tard en politique, comme si de rien n’était. Personne n’en a plus parlé, motus et bouches cousues. Le système n’aime pas les dénonciations et la collusion est sa règle d’or, puisque du sommet à la base, dans la politique, tout le monde y trouve son compte, sauf évidemment le pays profond. en paupérisation continuelle.

 

   Que doivent faire maintenant les Change-menteurs ?

 

    La question aujourd’hui pour le régime est de faire le bilan des hommes du changement, et d’admettre qu’en levant le verrou à certains endroits pour placer des hommes, plus politiquement corrects et plus permissifs et audacieux aussi, on a commis des erreurs d’appréciation et ouvert la porte à un contexte favorable aux prédateurs de notre administration. Ceux-là qui savent toujours profiter de toutes les failles d’un régime. Certains se sont enrichis certes, mais leur opulence a entaché la bonne foi, la détermination d’un président de la république à bousculer les immobilismes du passé, et à s’attaquer à des dossiers tabous. Mais pour faire cela, il fallait ne pas s’embarrasser de la politique trop tôt avec autant d’appétit. Car les prédateurs sont comme des chevaux de Troie au sein de notre système politique et administratif. Les journalistes qui ont beaucoup visité des centaines de projets de développement au cours des tournées ministérielles, sur toute l’étendue du territoire national, savent que le népotisme et le favoritisme, la corruption sont souvent à la base de la naissance des fameux « éléphants blancs ». Et l’impunité rendait toujours la tâche facile aux prédateurs, qui se parent vite du manteau politique, croyant y trouver refuge et protection. Bannir la politisation outrancière de l'administration serait déjà un premier pas pour ramener les fonctionnaires et les cadres politiques à cette conscience qui dit que « la crainte est le commencement de la sagesse ». Mais la politique et la course au pourvoir peuvent-elles se nourrir de sagesse ? Au-delà des combats de régimes, c’est au lavage du linge sale de notre administration publique, au changement de l’état d’esprit des fonctionnaires et des cadres politiques, à l’amélioration de l’environnement social d’extrême pauvreté, tolérant toute concussion, qu’il faut s’atteler. Et ce n’est pas demain la veille…Un régime partira, un autre viendra, et tant que le vers sera dans le fruit, il pourrira toujours.

 

 

2004© continentalmag.com



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Tag(s) : #EDITORIAL
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