mercredi 22 juillet 2009, par dp 24 H
Le roi Boni 1er enterre la démocratie béninoise
La Conférence des Forces Vives de la Nation qui a rendu sa décision le lundi 10 décembre 1990, a déjà scellé que les droits et les devoirs proclamés et garantis par la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples adoptée en 1981 par l’Organisation de l’Unité Africaine et ratifiée par le Bénin le 20 janvier 1986 font partie intégrante de la Constitution et du droit béninois.
Néanmoins, cela n’a pas empêché le gouvernement du Changement à brader la liberté du peuple de s’exprimer après avoir muselé une bonne partie des médias qui sont devenus de potentiels caisses de résonance des produits « Umpp-Fcbe-Convergence 2011 » made in Bénin. L’interdiction de la marche d’hier, rendu effective par la présence dissuasive des militaires sur les lieux, se trouve être un vrai coup que le Changement a osé porter à la démocratie béninoise, pourtant très chèrement acquise. L’avortement de la marche des travailleurs doublé à celle des femmes du Nep-Mixalado le samedi dernier, est la preuve de la dérive autoritaire qui se perpètue sous le règne du Changement. Ce qui inquiète plus d’uns, c’est la volonté manifeste des chantres du Changement, à diaboliser tous ceux qui critiquent le système jusqu’à les traiter d’apatrides. L’on se rue donc sans faille, vers un régime à pensée unique. Par cet acte de l’Exécutif à travers le Préfet Houéssou, Boni Yayi vient d’enterrer la démcratie béninoise. Nombreux sont ceux qui s’interrogeaient encore sur la pertinence du Changement. Un Changement déjà mis en branle par les malversations financières à tout vent, par des déclarations régionalistes et incendiaires d’un certain ministre Fagnon, par le culte de la personnalité, celui du Chef de l’Etat, par la mystification de tous ceux qui se réclament de l’opposition et maintenant par l’inhibition du droit à la liberté publique. Toutes ces caractéristiques sont symptomatiques d’une dictature pure, à l’image de celle qui dompte les Togolais d’où avait très bien pu séjourner le guide du Changement durant près de dix ans.
Eugène Sènou Loko
La marche de protestation des organisations syndicales du Bénin pour dénoncer le niveau élevé de la corruption et la cherté de la vie sous le régime du président Boni Yayi devrait démarrer à la Place de l’Etoile Rouge de Cotonou a été dispersée par la police. Néanmoins, les travailleurs se sont retrouvés à la Bourse du Travail où ils ont décidé de durcir le mouvement.
Les travailleurs accueillis par des militaires
Tôt mardi matin, des milliers de travailleurs des secteurs publics, parapublics et privés ont pris d’assaut la Place de l’Etoile Rouge de Cotonou, pour une marche de protestation pour de meilleures conditions de vie et de travail. En rangs serrés, les marcheurs sont partis de cette place chantant et scandant des slogans hostiles au gouvernement du président Boni Yayi. Plusieurs centrales syndicales avaient en effet décidé d’organiser une marche pacifique de protestation contre la cherté de la vie et le pillage de l’économie nationale se référant au dossier Cen-Sad. « Les travailleurs béninois réclament de meilleurs conditions de vie et de travail » ; « Les travailleurs disent Non ! A la gabegie ; au détournement des deniers publics, à la corruption et à la mauvaise gestion des ressources de l’Etat », ont-ils chanté sur leur parcours. Mais la marche qui devait s’ébranler sur environ cinq km a été interrompue au bout d’un km de parcours par les forces de sécurité publique, armés de matraque et de gaz lacrymogène. Les travailleurs ont dû se replier à la Bourse du travail sur instruction de leurs responsables où ils ont tenu un meeting. Lors de ce meeting, les secrétaires généraux des différentes centrales syndicales ont tour à tour pris la parole pour manifester leur indignation par rapport au comportement du gouvernement en interdisant la marche des travailleurs. Ils ont estimé que le gouvernement en mobilisant les forces de l’ordre pour interdire toute manifestation des travailleurs, fait honte à la démocratie béninoise. Selon le secrétaire général de la Cstb Gaston Azoua, l’heure est grave. « La démocratie est en péril. Il y a des actes attentatoires à la démocratie. La démocratie pour laquelle nous nous sommes battus, la démocratie pour laquelle des gens sont morts, la démocratie pour laquelle des gens ont perdu leur emploi, la démocratie pour laquelle des gens ont dû s’exiler, cette démocratie est en péril aujourd’hui. Nous ne devons pas laisser passer cet acquis délicat », a-t-il martelé. Quant au secrétaire général de la Csa, Dieudonné Lokossou, le président de la République n’a pas le droit de dire qu’il n’est au courant de rien dans l’affaire Cen-Sad. Si c’était le cas, c’est que le président de la République n’a pas le pays en main. C’est grâce à vous, c’est grâce à nous qu’il y a le changement mais aujourd’hui nous constatons que le changement, c’est du mensonge, un piège, le licenciement, la dictature. » a-t-il ajouté. A en croire ses explications, la commission créée par le chef de l’Etat Boni Yayi pour faire la lumière sur cette affaire est une stratégie pour la noyer. Pour le secrétaire général de la Cgtb Pascal Todjinou, si le gouvernement a interdit la marche des travailleurs à cause du dossier de la Cen-Sad, c’est que « la culpabilité des mis en cause est établie et il faudrait que les juristes de haut niveau de ce pays puissent le savoir et se saisir du dossier ». Il faut barrer la route à tous ceux qui pensent qu’il faut ramener l’ancien ordre », a déclaré pour sa part, le secrétaire général de la Cosi Georges Kakaï-Glèlè. De son côté, le secrétaire général de Fesyntra-Finances, Laurent Metognon a estimé que le gouvernement de Yayi est en désarroi. Et c’est pour cela qu’il ne mesure plus la portée de tous les actes qu’il pose. « Les voleurs nous interdisent de crier et d’appeler leurs noms » a-t-il affirmé.
Juliette B.CHECONY
Le mouvement se durcit
Au cours du meeting tenu dans l’enceinte de la Bourse du Travail après l’interdiction de la marche des travailleurs du mardi 21 juillet 2009, les travailleurs ont décidé d’aller en grève de 48 heures dès le 28 juillet prochain. Ils ont également prévu d’organiser une nouvelle marche le jeudi 30 juillet 2009 pour tenir compte des raisons évoquées pour l’interdiction de la marche d’hier par le préfet de l’Atlantique Littoral. En effet, selon cette décision, nul ne doit se prononcer sur le dossier Cen-Sad avant la fin des travaux de la commission Pognon. Le délai donné par le chef de l’Etat Boni Yayi à cette commission expirant le jeudi prochain, les travailleurs entendent organiser une nouvelle marche a indiqué le secrétaire général de l’Unstb Emmanuel Zounon.
Juliette B.CHECONY
L’œuvre de Mgr Isidore de Souza détruite
L’interdiction de la marche pacifique des centrales syndicales hier mardi par le gouvernement du président Boni Yayi est une menace grave pour les libertés publiques, base de la démocratie béninoise. C’est dire que le Changement a détruit déjà les substances de l’Etat de droit au Bénin. Donc, il n’est pas exagéré d’affirmer que les résolutions de la Conférence nationale de février 1990 partent en fumée à cause des dérives de ceux qui dirigent le pays aujourd’hui. Feu Mgr Isidore de Souza, dans sa tombe, serait en train de se retourner mille fois contre ce qui se passe actuellement dans le pays qu’il a laissé . Le comble ici est que c’est un homme qui n’a pas participé à l’accouchement de la démocratie au Bénin qui agit ainsi, parce qu’il ne sait pas certainement les efforts fournis par les uns et les autres pour entretenir l’enfant qu’il veut tuer aujourd’hui. Au départ, personne ne pouvait penser un instant que le régime en place pouvait venir jusqu’à cette extrémité. Mais dès sa prise de fonction, le président Boni Yayi montrait quelques pas de danse de la dictature. Il a commencé par déclarer publiquement que son pouvoir est d’essence divine et que quiconque veut s’opposer à cela aurait péché contre la nature. C’était au Centre de conférences de Cotonou, quelques mois après son arrivée au pouvoir, lors de ses prises de contacts avec les syndicalistes. Un douanier présent dans la salle, choqué par les propos de son président, s’est levé et s’écria : « Non, M. le président, vous êtes un dictateur ». Le chef de l’Etat, énervé, cria : « Tais-toi, là-bas ! Sortez-le ! ». Beaucoup avaient pris ce douanier pour un malade mental. De jour en jour, les propos de ce douanier se confirment. Quelques semaines plus tard, à la présidence de la République, le chef de l’Etat déclare à un groupe de travailleurs qui menaçait d’aller en grève ceci : « Après Dieu, c’est moi au Bénin ». Cette déclaration avait fait beaucoup de bruits à l’époque. Le gouvernement a trouvé la formule qu’il faut pour apaiser les cœurs. On pensait que le pouvoir en place allait tirer les leçons de cette situation pour se corriger. Erreur ! Certains Béninois, membres des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), organisent des marches de soutien, un peu partout dans le pays, pour montrer que l’actuel locataire de la Marina est venu du ciel pour sauver le peuple béninois. En chantant ses louanges tous les jours, ils ont fini par le pousser plus sur le terrain de la dictature, parce qu’il croit certainement que ses actions sont soutenues par le peuple. L’histoire du monde contemporain a montré que les dictateurs ne sont pas ce qu’ils sont du jour au lendemain. Hitler, Moussolini, Staline, Eyadéma, Mobutu et consorts, au départ, étaient appréciés. Les expressions comme « père de la nation », « le grand timonier » rendent dictateurs les chefs d’Etat. Devenus plus forts, ils se retournent contre le peuple après. Ensuite, ils marchent sur les lois et la classe politique. Ainsi, ils prennent goût au pouvoir et s’y accrochent. Dès lors, le président Boni Yayi est sur la droite ligne de la dictature contraire aux principes démocratiques. Ainsi, l’Etat de droit a pris un coup. A chacun, de savoir se défendre.
Wilfrid Babatoundé
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)