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BENIN: A l’heure du bilan du roi Boni 1er

 

Publié le 20 janvier 2011

 

Boni Yayi veut vendre son bilan. Le compte-rendu dithyrambique que s’offre le régime Yayi sur ses actions au cours de ces cinq dernières années, s’annonce comme un nombrilisme très bien ficelé à l’aune de la campagne électorale prochaine. En s’offrant une campagne à bas prix sous le manteau de la reddition de compte, le gouvernement sérine sur un air de triomphe à peine voilé, les grandes lignes de son action passée en faisant des projections mielleuses sur le futur.

 

Et c’est ainsi que profitant du forum national sur le quinquennat qui s’achève, le bilan de Boni Yayi s’égrène sur une tonalité épique, tranchant avec les mauvaises langues de l’opposition. A y voir de près, cet exercice narcissique est une forme de réponse avant date à tous ceux qui indiquent déjà que les cinq ans de Yayi n’ont servi à rien.

 

Voyez vous-même comme est beau ce bilan mille fois élogieux avec le tiers des infrastructures routières réalisées depuis 1960, plus de 32 mille enseignants reversés dans la fonction publique en quelques années, tous les hôpitaux construits, les 120 centres de santé construits et équipés, l’échangeur et les passages supérieurs…Ce chapelet de bonnes paroles qui accompagne désormais les sorties du clan présidentiel met un point d’honneur à appuyer le battage médiatique en faveur du « bâtisseur » qu’est le Chef de l’Etat, « superhercule » comme diraient d’autres admirateurs.

 

En lui-même, l’exercice en cours est un pan du projet de société du candidat Boni Yayi en 2006. Le principe de reddition de compte fait suite à la gouvernance Kérékou qui a perdu le lien avec le peuple aux dernières encablures de son dernier mandat. Mais au nom de ce principe mille fois seriné, une campagne électorale précoce a été mise en place pour faire « la promotion du changement », au point qu’une certaine égérie a été mise à contribution à cet effet.

 

Edgar Guidibi qui s’est fait « promoteur » zélé à ses heures avant d’être promu lui-même pour être finalement coincé dans les filets du palais, en est sorti passablement désillusionné. Sa « promotion » a tourné court et les mauvaises langues ont fini de gloser sur ses compétences réelles de communicateur. A force de vendre aux gens l’illusion de l’émergence, il s’est établi un effet repoussoir, celui que subissent les produits commerciaux mal inspirés qui rebutent le consommateur rien qu’à en entendre parler.

La communication est un danger lorsqu’elle sert à donner l’illusion que le verbe seul suffit, que les flashes des photos ou le ronron des cameras suffisent. La réalité des choses est bien plus puissante à convaincre le petit peuple que le vacarme communicationnel usé, mésusé et finalement usagé qu’on lui présente.

 

Mais de tout ceci, il y a la malédiction des infrastructures. Elle a emporté Nicéphore Soglo en 1996, lui qui croyait être l’Hercule dont le Bénin avait tant besoin en 1990. En misant trop profondément sur ses réalisations en infrastructures, Nicéphore Soglo alors président a été confondu par le slogan mis dans la bouche des Cotonois : « allons-nous manger les pavés ? »

 

Mathieu Kérékou s’est à son tour abstenu de se livrer à tout exercice de reddition des comptes qui prendrait l’allure d’une négligence grave des récriminations du peuple. Dire au peuple qui a faim que l’on a construit 400 kilomètres de route, indiquer qu’on a mieux fait que les recrutements de ces vingt dernières années ou montrer que le secteur de la santé n’a été jamais aussi financé que maintenant, sonnent mal lorsque tout ceci se fait sur un arrière-plan électoraliste affiché dès le départ.

 

Et lorsque le peuple a faim, il oublie vite les routes et les salles de classe construites pour ne penser qu’à l’immédiat. Ce qui frappe précisément le régime Yayi, ce sont les contrecoups naturels de ce bling bling permanent depuis le lendemain de la prestation de serment en 2006.

 

En se livrant à l’exercice du bilan, Boni Yayi espère encore attirer le vote bien peu évident de ceux qui votent en comptant le nombre de Béninois recrutés ou en scrutant le kilométrage de routes construites. Ils forment une minorité amorphe que submerge la masse de ceux qui vivent sur l’instant. Ou de l’instinct.

 

Nouvelle publication

Olivier ALLOCHEME



 
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Tag(s) : #EDITORIAL
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