ASSOCIATION LITTÉRAIRE DU SCRIBE NOIR.
«LES ŒUVRES DE JEAN PLIYA, D’OLYMPE BHÊLY-QUENUM QUI DEVELOPPENT DES THÉMATIQUES RELATIVEMENT ÉCULÉES », dixit Monsieur Florent COUAO-ZOTTI
Àbíku
rebelle mithridatisé mais aussi vieux pachyderme, c’est avec la froide indifférence de sidobre que j’affronte les lâchetés et les méchancetés gratuites, convaincu que jamais elles ne hisseront leurs auteurs plus haut qu’ils ne le sont; quand les coups proviennent de quelqu’un que j’estime, je fronce les sourcils en me demandant: «qu’est-ce qui se passe? Où veut-il en venir ?», puis j’éclate de rire. J’ai été amusé en tombant sur l’appréciation de Florent Couao-Zotti dans Agence Sud Presse relayée par le Blog de Blaise Akplogan.
L’édition princeps de Un piège sans fin parut le 20 avril 1960; jusqu’à 1968, plus de cent cinquante articles prouvèrent qu’aucun critique ne porta une médiocrité aux nues; ce serait singulier que l’ukase d’un Béninois, fût-il universitaire, anéantisse les jugements de: feu J-M. Schmidt (prof. à la Sorbonne ), R.P. Lucien Guissard, Anne Guérin, Yves Guermon, ou les critiques de: Les Lettres françaises, Révolution africaine, Makhali-Phâl, Abdoulaye Sadji, Francis Fouet, Le Soir , Kokou-Paulin Joachim.etc. Au Nigeria, W.F.Feuser écrivit: «Un piège sans fin,c’est la tragédie grecque en Afrique» et Jacques Chevrier: «Ce roman commence comme une églogue de Virgile et se termine telle une tragédie d’Eschyle». À l’évidence, l’Allemand et le Français parlaient d’or: l’ouvrage sera traduit en grec; Le chant du lac aussi connut la même reconnaissance. Qu’à cela ne tienne ! on lira dans le Larousse: «Un piège sans fin est un roman violemment anticolonialiste. »
Tiens! j’ignorais qu’au XX ème siècle il eût fallu entonner Te Deum pour le colonialisme et au XXI ème, jouir des honneurs du CCF pour ne pas accoucher de «thématiques relativement éculées».
Repris par les éditions Présence Africaine, la 4ème page de la couverture soulignait: «[…]Un piège sans fin d’Olympe BHÊLY-QUENUM s’imposait. Ce roman est sans doute une des pièces maîtresses de la production de cet écrivain, et, il s’agit, de toute façon, d’une œuvre importante de la littérature négro-africaine. » Puisqu’aucun éditeur ne se cramponne à une médiocrité, fût-elle «relativement éculée», depuis 50 ans Un piège sans fin ne cesse d’être réimprimé.
Aussi bien en Afrique que dans des universités anglo-saxonnes, américaines et en France, 85 thèses et mémoires ont été consacrés à mes œuvres et il m’arrive de redécouvrir des travaux d’Africains anglophones ou d’Américains traitant de mes nouvelles.
Il y a quatre ans, Kakpo Mahougnon (professeur à l’université Abomey-Calavi) m’a écrit qu’il faisait étudier AS-TU VU KOKLIE ? Annoncé en 1968, j’y travaillai pendant 25 ans; dix éditeurs le salueront; tous refuseront de le publier, mais autoédité, la NRF n°554 en a publié deux chapitres avec une présentation lumineuse de la personnalité de l’écrivain par Sylvie Kandé, prof. aux USA. Salué par Guy Ossito Midiohouan, solidement fouillé dans la thèse de Guillaume Lozès, AS-TU VU KOKOLIE ? fort bien vendu au Bénin, maintenant ouvrage épuisé, n’est pas du genre de ceux qu’on mettrait au programme dans ce pays où Un Enfant d’Afrique , bien qu’il m’eût valu une lettre élogieuse de René Maheu (regretté Directeur général de l’Unesco), fut banni du programme par Monsieur le ministre Paulin Hountondji; un tel ostracisme n’a pas empêché l’ouvrage d’être traduit en slovène, en russe, ni, partiellement, en anglais, voire en kiswahili; ainsi se manifeste sans masque l’éternelle image du Bénin:
sempiternellement, arbitrairement ou sous influence, de pseudo hommes de culture entravent la Culture sans être eux-mêmes capables de créer une œuvre qui tienne la route moins longtemps que les miennes.
C’était à Tigony
est un roman étouffé par la presse de l’Hexagone; René Dumont m’avait prévenu: «[…]Olympe, ton livre sera enterré: tu as mis les pieds dans trop de plats en porcelaine»; au Bénin, la loupe de Roger Koudoadinou lui avait permis d’en donner une analyse remarquable; à Milan, Cristina Brambilla en a souligné les qualités avec une acuité rare; l’ensemble des situations décrites continue de justifier que davantage au Bénin qu’ailleurs en Afrique, les «thématiques relativement éculées » d’Olympe Bhêly-Quenum sont d’une actualité drastique: recrudescence des corruptions tous azimuts, assassinats, faillite tant culturelle que sociale, déni de justice et de démocratie, lâcheté et politique de girouette sur le plan international, etc.
Holà ! en cherchant un ouvrage je tombai sur Bamikilé auquel j’avais consacré un article de critique littéraire; peu importe, je l’ouvre: soulignages, griffonnages dans des marges; je relus quelques passages et je pose une question: Bamikilé a-t-il traité de thématiques relativement éculées ? Ce roman sobre qui rapporte des faits de la période dite révolutionnaire a-t-il été inscrit au programme au Bénin? Qui dans ce pays de courtisans de la coterie FrançAfrique et du CCF, et où la politique du CHANGEMENT n’a rien changé, a lu RITUEL, extraordinaire étude ethnographique d’une précision jamais égalée ?
La rentabilité de l’inculture teintée d’un peu d’ironie par ici, d’un peu d’humour par là confère à l’ex-Quartier latin de l’A.O.F un statut de larvaire. Profondément indigné, j’ai relu INDIGNEZ-VOUS, de Stéphane Hessel, mon professeur de stage diplomatique; je l’ai souvent rencontré dans des réunions du Parti socialiste et des Droits de l’homme; à vous aussi, Béninois, Béninoises, je dis: indignez-vous! Apprenez enfin à vous indigner en descendant dans la rue. Aux hôtes de l’ASSOCIATION LITTÉRAIRE DU SCRIBE NOIR je dis: quiconque a lu L’Initié, Les Appels du Vodún ainsi que mes nouvelles traduites en huit ou dix langues, sait que la critique sociale, la radiographie et la dissection du politique font de moi un créateur politiquement indésirable, en somme, un mauvais Nègre. Et l’attestent les travaux d’Adrien Huannou, de Pierre Mèdéhouègnon, plus récemment, ceux d’Anicette Quenum révélant le mystique dans mes décisions d’écrivain politiquement engagé. Navré pour mes «œuvres qui développent des thématiques relativement éculées»: àbíku rebelle je naquis, àbíku rebelle je mourrai.
Olympe BHÊLY-QUENUM
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