BENIN: Aucune paix durable ne se construit dans l'injustice !
Lundi 21 mars 2011
Bonjour chers compatriotes,
Je suis sur ce plateau depuis 2007. Mais c'est la première fois que je me sens obligé d'intervenir parce que je pense que c'est un devoir, parce que je n'ai qu' une seule nationalité, une nationalité que personne ne pourra jamais m'arracher.
L'arrivée de Yayi Boni au pouvoir n 2006 est dû à la carence de la classe politique d'alors, aujoud'hui UN. Ils ont contribué à mettre le Bénin dans un état chaotique. Certains étaient là depuis le PRPB. D'autres ont rejoint le club en 1990. Les régimes Kérékou I et II ont permis à nombre d'entre eux de devenir milliardaires et donc de devenir présidentiables. Ils ont tellement décu le peuple qu'il avait vu en Yayi (la misère s'en est allée) Boni un messie. Tout le monde avait cru au miracle du banquier.
J'étais en au Bénin en Avril 2006 et personne à l'époque ne pouvait mal parler de Yayi Boni. Un Zem m'avait confié à l'époque qu'on lui offrirait une présidence à vie car il venait de promettre par l'intermédiare du Ministre des industries d'alors (M. Soumanou) qu'il allait arrêter la commercialisation du carburant de contre bande (Kpayo) en 3 semaines et que le prix de l'essence à la pompe allait rabaisser à 175 fcfa le litre. Nous connaissons tous la suite, le ministre a été remercié. Des exemples du genre je peux en donner à profusion.
Convaincu que Nicéphore Soglo s'était fait avoir, Yayi Boni a réfléchi à comment faire pour toucher la masse populaire. Il a essayé de voir comment il pouvait exploiter l'idée du prix Nobel de Paix Muhammed Yunus. Il a créé le micro-crédit. Ce fût une idée géniale. Pour avoir fait le village où j'ai passé une partie de mon enfance. Je sais que pour un prêt de 1000 fcfa, les gens paient jusqu'à 100 fcfa par mois d'intérêt, soit donc 120% d'intérêt par an. Vous pouvez alors comprendre pourquoi les femmes de Djougiou ne peuvent pas suivre leurs maris. Comment pouvez-vous ne pas être reconnaissant à quelqu'un qui vous "prête" 30 000 fcfa ou 50 000 fcfa avec un taux de 15% par an (je ne suis pas sûr du taux). Pour nous qui pensons avoir un esprit critique et qui ne sommes pas confrontés à des problèmes de subsistance, on peut trouver que voter pour quelq'un à cause du micro-crédit manque de profondeur, d'analyse mais je nous demande de nous mettre à la place de ces braves Dames qui sont victimes d'un système qui les maintient dans la pauvreté. Toutes n'ont pas réussi avec ce micro-crédit, mais certaines ont pu mettre sur pied des affaires qui marchent.
S'étant assuré un électorat avec le micro-crédit, il fallait maintenant faire sensation dans d'autres domaines: enseignement primaire gratuit (même si dans les faits, on sait que les parents des faux frais), la césarienne gratuite (même l'application réelle est sujette à caution), les frais d'inscription à l'université gratuits pour les étudiants non boursiers et non secourus. Il faut ajouter à tout cela, une revalorisation des salaires dans nombre de corps d'état, notammant dans le corps enseignants (de la maternelle à l'Université). Je sais de quoi je parle, j'ai des parents, frères et amis dans la fonction publique béninoise.
Ce n'est un secret pour personne que nos listes électorales telles qu'on les utilisait était perméables et permettaient toutes sortes de dérives. Pour la petite histoire j'ai déjà refusé de m'inscrire sur une liste parce que je n'avais pas encore 18 ans révolus alors que l'agent recenseur m'obligeait à la faire et à lui d'ajouter, tu as une bonne corpulence et personne ne peut douter de ta majorité. Sûr que les vieux politiciens vont le roubler avec la liste manuelle, Yayi a trouvé en LEPI une occasion pour éviter les fraudes (même si les faits nous prouvent maintenant le contraire). Certes la LEPI a permis d'éviter certaines fraudes (vote des mineurs) mais pas toutes. Au lieu de prendre le temps pour faire une LEPI correcte et perfectible, Yayi s'est précipité. L'opposition a préféré déserté la Cps au lieu de rester et faire entendre sa voix. Sur ce point, il faut reconnaitre que les arrêts de la Cour Constitutionnelle n'ont pas aidé l'opposition.
Notre LEPI me rappelle l'accident nucléaire de Tchernobil. Les dirigeants politiques de l'URSS voulaient inaugurer la centrale à une date bien précise. Les techniciens avaient dit que ce n'était pas possible car chaque phase du système devait être contrôlée avant de passer à l'étape suivante, et c'est ca qui ferait retarder la livaison de l'ouvrage à temps. Ils venaient de vendre la mêche. Les politiciens ont compris alors que leur objectif peut être atteint. Ils ont demandé et obtenus que soient sautés toutes phases de d'autocontrôle du système. La suite tout le monde la connait.Vous comprenez un peu pourquoi je compare notre LEPI à la centrale nucléaire de Tchernobil.
Yayi Boni avait tout planifié pour gagner ces élections. Peut être que comme l'ont dit messieurs Jonas Lima et Chakirou Roufai, l'opposition a manqué de stratégie ou se sentait vaincu d'avance et c'est pourquoi elle voulait démettre Yayi après le scandale de ICC Services (nieme scandale d'une longue liste). Mais ce que je ne comprend pas, c'est la peur de Yayi de perdre les élections après avoir fait tous ses calculs de fin "politicien" c'est à dire quelqu'un qui au lieu de bien gérer la Cité s'est évertué à la gérer à sa manière, peut être comme sa famille, son patrimoine. Il a exclu un nombre important (1 300 000 de personnes âgées de 12 à 18 ans soit environ 400-500 000 votants, ce qui représente quand même près de 15% de l'électorat). Comme on pouvait s'y attendre et comme ce fut le cas pour Tchernobil, la LEPI n'a pas fonctionné. Mais ceci n'a pas freiné son Excellence dans sa course au fauteil de Marina. Comme si tout cela ne suffisait, le Beau (De Souza) nous annoncait une victoire KO au soir du 13 mars avec 54% des suffrages exprimés avant même qu'on ait commencé le dépouillement. Peut-être qu'entre temps les sondages sortie des urnes ont été autorisés au Bénin. Hier nuit, et à la suite de la CENA, ou devrais-je de Monsieur Joseph Gnonlonfoun, la Cour Constitutionnelle a proclamé Yayi vainqueur avec 53.08 (Gnonlonfoun avait donné une tendance, à 87% des dépouillement, de 53,17%). On peut voit voir que les 2 institutions ont "bien fait leur boulot" et sont en parfaite symbiose. Que faut-il faire maintenant? C'est une question à laquelle je n'ai pas de réponse mais j'ai ma petite idée.
D'abord, je voudrais revenir sur la question de Leadership soulevée entre temps par M. Yazid Dissou. Quel est prix de perdre une élection par rapport à celui de plonger un pays dans une guerre civile (je reformule dans mes propre mots avec votre permission). J'ai eu la chance et/ou la malchance d'avaoir vécu 4 ans dans un pays qui a connu des guerres à répétions, pays dont je tais le nom à dessein. J'ai d'ailleurs fini par quitter à cause d'une nième guerre. Avant cette guerre qui m'a fait fuir, ce pays avait connu 15 ans de "paix" mais ils se cherchaient toujours et quand vous les saluez par un comment ca va? Ils vous répondent: ca va encore. Et je leur avais demandé pourquoi. Ils m'ont répondu que tout peut changer en une fraction de seconde (J'ai pu constater qu'ils avaient raison). C'est à dire que non seulement on ne sait pas quand une guerre finit mais quand bien même elle finit on garde des séquelles pour des décennies sans être à l'abri d'une rechute.
Revenant à la question de Yazid, je dirais que Yayi s'est disqualifié comme Leader. Il a choisi son fauteuil au lieu de chercher une solution consensuelle (repousser les élections et modifier la constitution en conséquence. La constitution est faite pour nous servir et non pour nous asservir. A une situation particulière, il fallait une solution particulière). Il reste maintenant les responsables de l'UN avec à leur tête Me Adrien Houngbedji. Je prie vivement que Me A H, laisse tomber (pour parler terre à terre) mais je sais aussi, et c'est là où je reviens au titre de mon intervention, qu'aucune paix durable ne se construit dans l'injustice et dans la résignation. Tôt ou tard ca va imploser et non pas exploser. Si de tout coeur l'UN laisse tomber (comme l'a suggéré entre autres M. Hyppolite Affognon) sans arrière pensée (vous comprenez certainement ce que j'insinue), le peuple leur sera reconnaissant éternellement. Si par contre ils en sont incaples, il ne reste qu'une seule solution, une solution à laquelle plusieurs pensent sur la liste sans avoir le courage de le dire, une solution ultime, une solution regrettable. L'ARMEE remet tout à plat et nous organise d'autres élections dans de brefs délais. Notre démocratie a déjà pris un coup et ne va plus jamais retrouver ses lustres d'antant. Nos paisibles populations ont droit à la paix et à la sécurité pour vaquer à leur affaire. Il faut parfois avoir le courage de se regarder en face et de se dire la vérité. Entre une guerre civile aux conséquences incalculables, je préfère une remise à plat quoique rien ne garantit que cela puisse se faire sans casser des oeufs. Ce serait dommage qu'on en arrive là mais la classe politique n'aurait pas donné à nos paisibles forces armées d'autres choix. Je sais que je vais soulever un tollé mais j'ai le courage de mes opinions.
Portez-vous bien et prions pour notre chère patrie et que comme l'a dit Feu Mgr De Souza, "Qu'aucun bain de sang ne nous éclabousse et ne nous emporte dans son flot" car dedans où dehors, personne ne sortira indemne.
Bienvenu NOUMON
Ingénieur en Génie Civil
M.Sc. en génie des Ressources
690, Rue de l'Esplanade, app.403
Trois-Rivières, Québec, G8Y 2P9
CANADA
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