INFO OU INTOX ??? (I.B.)
Publié le 12 mars 2010
« Vous pouvez fermer les écoles, continuer votre grève et aller jusqu’à une année blanche si cela vous chante.» C’est en substance ce discours violent que le Chef de l’Etat a tenu mercredi nuit aux enseignants des trois ordres d’enseignement en grève depuis janvier dernier. En audience ce mercredi au Palais de la Marina, le Front des syndicats des trois ordres d’enseignement croyait pouvoir se faire entendre du premier magistrat du pays au moment où la grève a atteint son paroxysme avec la paralysie totale des écoles primaires, des collèges et des lycées. Erreur. Les syndicalistes n’ont même pas eu droit à la parole avant que le Président de la République ne se mette à déverser sa colère et sa déception sur l’assistance.
Il a ainsi affirmé que les enseignants l’ont déçu en poursuivant leur débrayage. Pour lui, la mise en place d’une commission paritaire devant se pencher sur leurs revendications devrait suffire pour qu’ils reprennent les chemins des classes. Depuis leur dernière rencontre en effet, le 1er février, Boni Yayi avait affirmé faire grand cas des problèmes des enseignants qui constituent à ses yeux la clé de voûte de tout développement. Mais mercredi son discours s’est voulu d’une fermeté jamais vue. « Dans dix mois vous aurez un autre Président qui vous donnera tout ce que vous revendiquez. Moi je ne suis candidat à rien », a dit le Chef de l’Etat, prenant de court tout le monde. Pour lui, s’il a accepté dernièrement de satisfaire les revendications des enseignants du supérieur, c’est simplement parce que depuis le début de son mandat, ceux-ci n’ont jamais rien obtenu. Au contraire, a-t-il dit, il a fait d’énormes sacrifices au profit des enseignants du primaire et du secondaire qui se sont révélés finalement ingrats à son égard. Marquant toute la considération et le respect qu’il leur doit, il a affirmé son intention de ne rien donner à qui que ce soit à l’étape actuelle. Enchaînant sur le même registre, il a indiqué que les praticiens hospitaliers en grève illimitée depuis la semaine dernière, peuvent même fermer les centres de santé et qu’ils n’obtiendront rien du tout. Il leur a fait cette ferme promesse de faire défalquer des salaires tous leurs jours de grève.
Immédiatement après sa tirade, alors que les syndicalistes croyaient pouvoir répondre, il s’est levé, clôturant la séance sans autre forme de procès. L’ambiance électrique qui a prévalu du début jusqu’à la fin a laissé les enseignants sur leur faim et relancé les supputations quant à la possibilité de sauver l’année scolaire.
LA REACTION DES ENSEIGNANTS
Aussitôt sortis de cette audience mouvementée, les syndicalistes ont décidé de se réunir hier jeudi. La réunion a eu lieu à la bourse du travail et a accouché d’un communiqué de presse. Les enseignants se sont dit indignés de l’attitude du Président de la République. Ils ont dénoncé l’ « atmosphère de mépris et de menaces entretenus par le Chef de l’Etat et les membres de son gouvernement » lors de cette rencontre. Pour les syndicalistes, il s’agit ni plus ni moins d’une déclaration de guerre à l’encontre des enseignants, déclaration faite « dans un climat de terrorisme exercé contre les enseignants de la République face aux acquis qui devraient être concrétisés depuis 2008.» Ils parlent alors de « volte-face du gouvernement et de son Chef » et invitent alors leurs collègues aux assemblées générales qui auront lieu lundi et mardi prochains sur toute l’étendue du territoire national.
CANDIDAT OU PAS ?
C’est une première sous Yayi. Le ton violent et à la limite de la diatribe utilisé face aux enseignants est le signe évocateur d’une certaine exaspération du Chef de l’Etat. Face aux problèmes qui l’accablent de toutes parts aussi bien sur le front social que dans l’arène politique, Boni Yayi semble avoir jeté l’éponge. Devant les syndicats enseignants ce mercredi, sa fermeté inhabituelle a fait dire à bon nombre d’observateurs que les perspectives sont très mauvaises pour le climat social. On se demande surtout si les déclarations concernant sa non-candidature en 2010 ne constituent pas une forme de chantage visant à desserrer l’étau des forces sociales déchaînées contre son régime. On peut observer clairement que le Yayi très attaché à un second mandat s’est évanoui à cette audience qui fera date. Mais, même si les signes annonciateurs de son éventuel échec en 2011 s’accumulent, il est trop tôt pour faire foi à ses déclarations faites en un moment de colère et d’exaspération. En jetant ce pavé dans la marre, Boni Yayi s’attire la foudre des enseignants et des praticiens hospitaliers qui vont radicaliser leurs mouvements. Il y a donc des jours sombres qui se dressent devant nous.
Olivier ALLOCHEME
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