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BENIN: Des relents de 26 octobre

 

 

Publié le 27 octobre 2010

 

 

Le 26 octobre 2010 comme le 26 octobre 1972. Au moment où les plus anciens d’entre nous célèbrent la date qui changea le destin chaotique  du Dahomey, il est difficile de résister à la comparaison entre cette période de confusion et de chienlit et celle que nous vivons tous, la peur au ventre.

 

De vrai, la situation de déliquescence politique généralisée de 2010 est comparable à bien des égards à la chienlit de 1972. Au plan économique, la situation n’était pas mauvaise en 1972, le Dahomey ayant même connu en 1971 son premier excédent budgétaire depuis 1959. Mais le grand scandale Kovacs battait son plein. Cette affaire de  surfacturation massive orchestrée par un membre du gouvernement, avait éclaboussé le régime au point où le président de la République dut demander au ministre des finances de s’expliquer au peuple.  Appelé à faire une conférence de presse, le ministre des finances fut confondu par les journalistes, obligeant le Chef de l’Etat à exiger sa démission. Ce qu’il ne fit guère, comme pour défier Justin T. Ahomadégbé. Lié par les accords de Savè qui ont crée la présidence tournante appelée le Conseil Présidentiel, le Président de la république ne pouvait rien faire contre son ministre des finances empêtré dans le scandale qui faisait perdre à l’Etat environ un milliard de FCFA. Les syndicats étaient déchainés.  Le Comité Syndical de Coordination (CSC) qui fonctionnait comme une alliance intersyndicale publia une violente supplique pour dénoncer le machin : « Dans le fond, disait le document, ce n’est pas les travailleurs qui pleureront le Conseil Présidentiel, cette formule bâtarde, cette machine bloquée, cette sangsue impénitente. Sa chute sera ressentie par les travailleurs comme un bon débarras ». Cette multiplication d’épithètes injurieuses disait la rage populaire contre la conspiration des grands leaders. On sait avec l’ouvrage de Félix Iroko sur Mathieu Kérékou que les militaires eux-mêmes cherchaient à se débarrasser de cet échafaudage branlant.

 

      Et voilà que l’homme de la situation, Mathieu Kérékou, lui-même soutenu par un quarteron de capitaines déterminés à mettre fin au cercle infernal, finit par trouver  les moyens d’y parvenir. Ce fut le 26 octobre 1972. Il proclama une révolution à laquelle il ne connaissait pas grand-chose, ni lui ni ses compagnons. Mais sa décision était ferme, aussi ferme que définitive : « l’armée nationale exercera désormais et jusqu’à nouvel ordre la plénitude des pouvoirs dévolus à l’Etat dahoméen, » avait-il proclamé ce jour-là. Quelle comparaison établir   entre cette déliquescence et celle-ci ?

 

Aujourd’hui, l’opinion publique n’a pas encore atteint ce point de non-retour. Mais l’alliance incestueuse entre société civile et partis politiques pour faire partir Boni Yayi en 2011, est l’un des signes évocateurs de la lassitude populaire. Cette conspiration du pire est en effet un point culminant dans la surchauffe du front politique, attisée du reste par l’affaire Dangnivo. La promptitude de la société civile à s’allier la classe politique, pour immoral qu’elle puisse paraître,  vient principalement de  la grande dégénérescence du régime. Boni Yayi, en pilotant son gouvernement dans la confusion et l’amateurisme, a offert l’image d’un président sans boussole, réactif et débonnaire. C’est une espèce de Tartuffe de la politique qui se laisse manipuler dans les situations les plus ordinaires où un brin de bon sens aurait suffi…

 

        Faut-il alors craindre un nouveau coup d’Etat destiné à « sauver le pays » comme diraient les adeptes d’un messianisme dégénéré   regroupés dans un front contre nature nommé FDD ? C’est une éventualité peu plausible, même si elle n’est pas impossible. Mais il faut rappeler cette célèbre phrase de  Dmitri Georges Lavroff  pour qui l’armée  « ne cherche pas à conquérir le pouvoir politique mais elle le ramasse pour éviter une guerre civile que les tensions ethniques rendent inévitables. » C’est dire qu’en dépit des dispositions de l’article 65 de la constitution faisant de tout coup d’Etat « une forfaiture et un crime contre la Nation et l’Etat », la classe politique devra éviter de mettre le pouvoir à terre pour empêcher les hauts gradés de recourir à la solution finale du putsch.

 

Olivier ALLOCHEME

L'Evènement Précis

 



 
 
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Tag(s) : #EDITORIAL
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