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Deux aveux pour une politique autre à partir de 2011

 


Mardi 22 décembre 2009 

En 2011, année donnée comme fatidique sur le plan politique, le Bénin indépendant aura juste passé la barre des cinquante ans et devra considérer que les années d’apprentissage politique sont derrière lui et que commencent les années de travail productif, éclairées par un passé dont il faudra tirer le meilleur pour assurer le présent et l’avenir. Partis de coups d’Etat à répétition, qui furent des tentatives de changement avortées, nous avons abouti au Changement grand C en 2006, après être passés par Révolution et Renouveau, qui furent aussi de grands changements.



Et pourtant, au soir de 2009, à l’aube du cinquantenaire de l’indépendance, nous n’avons toujours pas le changement. Pourquoi ?
La raison est simple et s’appelle notre crédulité ou l’abandon de notre sort entre des mains de vendeurs d’illusions. L’un d’eux a eu l’amabilité de nous mettre la puce à l’oreille quelques années avant la fin du siècle dernier : ‘‘Les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient.’’ Et il a récidivé le 29 novembre 2009, au début du siècle nouveau, en s’efforçant de donner du sens à des comportements jugés par lui-même erratiques et déloyaux vis-à-vis de son adversaire politique : ‘‘De là découlèrent mes choix ; non pour nuire, mais pour préserver les miens et nos acquis. Je le regrette profondément, croyez-moi.’’


Qui se fourvoiera encore à le croire ? Mais nous ne devons pas tenir ces deux aveux pour de banales anecdotes ni leur auteur pour un vilain paria. ‘‘La bouche parle de l’abondance du cœur’’. Ces deux aveux sont des cris du cœur, qui appellent notre gratitude envers leur auteur, que nous remercions de nous avoir dit clairement ce dont nous nous doutions un peu, savoir que la politique au Bénin depuis cinquante ans, c’est ‘‘ça’’ pour tous ceux qui nous gouvernent sans gouvernail. Ni vision ni port en vue, car il s’agit toujours de ‘‘préserver les miens et nos acquis’’, c’est-à-dire le pays réduit à une bande d’amis profiteurs.    Qui nous délivrera de ‘‘ça’’ ? Le peuple seul peut nous délivrer de ‘‘ça’’, le peuple exclu des ‘‘miens’’ et qui n’a pas la moindre part à ‘‘nos acquis’’, le peuple confiné dans ses villages de plus en plus délabrés et sans route d’accès depuis cinquante ans d’indépendance, le peuple sans électricité et sans eau courante depuis cinquante ans d’indépendance. Et si l’on considère que c’est difficile voire impossible de désenclaver nos villages, c’est que, pendant cinquante ans d’indépendance, l’on a préservé les siens pour des acquis de razzia. ‘‘Pendant quatre cents ans, les Portugais n’ont installé dans la ville de Luanda ni eau potable ni électricité’’. Logique. Les Portugais n’étaient pas en Angola pour le développer mais pour le razzier. Sommes-nous devenus indépendants en 1960 pour razzier notre pays et non pour le développer ? Cinquante ans de préservation des ‘‘miens et [de] nos acquis’’, ‘‘ça’’ suffit !


A partir donc de 2011 au plus tard, à partir de l’élection donnée comme fatidique, le peuple exclu pendant cinquante ans devra s’impliquer lui-même, se faire volontariste et exigeant. Nous devrons avoir constamment à l’œil celui que nous aurons élu sur la base de son honnêteté prétendue voire affichée. Dès le départ, c’est-à-dire pendant qu’il sollicite nos voix, il devra nous dire combien de villages du Bénin il est en mesure de désenclaver pendant un mandat de cinq ans, sur toute l’étendue du territoire. Les désenclaver, c’est se situer à l’opposé diamétral des Portugais en Angola, et c’est aussi tracer des routes à la place des sentiers. Le tout se fera au milieu des difficultés économiques et du réchauffement climatique, qui ne seront donc pas invoqués pour justifier l’habituel immobilisme. Si au bout de deux ans sur un mandat de cinq ans nous ne voyons rien venir, il faudra sonner le tocsin.


A partir de 2011, après cinquante ans d’indépendance et d’errance, nous aurons constamment à l’œil le Président de la République pour l’obliger à faire une politique qui fasse République et Nation modernes, en route vers une société de moins en moins inégalitaire et de plus en plus juste. Obliger notre Président de la République à quitter le sentier réducteur et minable des ‘‘miens et [de] nos acquis’’. Nous aurons quotidiennement à l’œil le Président de la République pour qu’il ne se trahisse pas et ne nous trahisse pas.

(Par Roger Gbégnonvi)

 



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Tag(s) : #EDITORIAL
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