La Commission Electorale Nationale Autonome (Cena) innove dans l’ingénierie du cafouillage, du désordre et de la pagaille. L’organe administratif en charge de l’organisation des élections législatives vient d’inventer un mécanisme supplémentaire de vote. Ceux qui auraient égaré leur carte d’électeur peuvent voter sur témoignage ou avec leur carte d’identité. C’est une porte ouverte pour la confusion. Sinon, comment comprendre que sur simple témoignage, on puisse voter ? Qui est le témoin ? En quoi sa parole a une valeur de droit ? Le jour du scrutin, y a-t-il un temps, un espace pour organiser le témoignage ? La réponse est négative, sans détour. En fait, l’éventualité de perte de carte d’électeur est inventée pour faire émarger ceux qui ne feraient pas le déplacement. Avec cette technique de vote par témoignage, on aura un taux de participation rocambolesque. La Cena innove dans la tension, la contestation. Ceux qui ont égaré leur carte d’électeur restent à la maison et suivent la télévision nationale. Il n’y a pas de miracle. Ce n’est pas sérieux de vouloir leur accorder un privilège pour une situation dont ils ne doivent pas se prévaloir. Lorsque je perds ma carte d’électeur, soit je l’ai vendue ou je n’en connais pas la valeur. Par conséquent, je n’ai pas de faveur à quémander auprès d’une institution républicaine. Celui qui perd sa carte d’électeur n’est pas sérieux. Il est un négligent et devrait assumer sa négligence. Cet homme-là devrait être rangé dans la catégorie de ceux qui n’ont pas un sens civique. Par contre, s’il est détenteur d’une carte d’identité nationale régulièrement établie par des autorités légales, il peut atténuer son inconscience en votant. Cela ne devrait pas être le cas du témoignage qui, en l’espèce n’a rien de fiable et ne saurait remplacer la carte d’identité. Voilà pourquoi, cette affaire de témoignage est un mécanisme qui pèserait sur la crédibilité du scrutin. On devrait s’en rendre compte pour élever une vive protestation contre cette mauvaise innovation.
La Cour constitutionnelle qui n’a jamais repris la Cena dans ses innovations va sans doute corroborer cette nouvelle expédition contre le bon sens démocratique. C’est à ce niveau que le doute devient épais. Si la Cour a justifié la création des bureaux de vote qui sortent de l’ordinaire, elle ne peut que légitimer le vote par témoignage, un nouveau concept inventé pour ridiculiser le génie béninois. Depuis le renouveau démocratique, jamais on a vu cette scène » démocratique » qui consiste à témoigner que tel nom correspond à telle personne sur la liste électorale. La Cena 2011 nous renvoie dans les profondeurs de l’âge du vote artisanal dans le précambrien électoral. Le quartier latin est cliniquement mort. Il ne lui reste que la messe de requiem. Jusqu’où ira la Céna dans le processus de mise en veilleuse de la raison collective ? Le seul réconfort qu’on peut avoir, c’est celui régional, en ce sens que le peuple voisin du Nigéria, dans un sursaut d’orgueil refuse que la raison ne sommeille assez longtemps. La mission de la Céna 2011 rentrera dans la voirie de l’histoire avec des stigmates dans la mémoire collective.
Herbert Houngnibo
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