A près de douze mois de la présidentielle de 2011, les rossignols de l’illusion politique ont repris du service. Ils rivalisent de statistiques et de théories pour montrer qu’ils peuvent être artisans d’une victoire dans leur circonscription électorale. La communication dominicale est l’arme la plus usitée pour atteindre le Président de la République. Ce week-end qui s’est achevé avec son lot de charme politique n’a pas échappé à la règle.
Jacques Migan, un ancien conseiller juridique de Mathieu Kérékou a retenu l’attention des téléspectateurs de la quatrième chaîne de télévision du pays. Le patron d’un mouvement pour la Majorité Présidentielle à Porto-Novo a décrété la fin de l’hégémonie du Parti du Renouveau Démocratique (PRD) sur la capitale. Pour Jacques Migan, l’arc-en-ciel a cessé d’étendre son influence sur la capitale. Lui et son mouvement s’imposent comme un rempart contre cette furie du parti dominant. Faut-il croire en la parole de cet ancien révisionniste » Kérékouiste » ? En théorie, il a raison.
Sur le papier, on peut même applaudir l’éventualité d’un changement politique au sein de la capitale, la nôtre, celle de tous, Porto-Novo. Là-bas, au pays des aïnonvis, ce ne sont pas des humeurs qui fondent le choix politique. On peut s’en tenir à deux exemples historiques. Le Président du Prd après avoir fait campagne pour se faire élire ‘conseiller municipal’ a démissionné de son poste au motif qu’il n’est pas préparé pour gérer les questions de voisinage. La communication politique professionnelle y a vu une erreur de langage. C’est mal connaître l’électorat de la capitale. Ce ne sont pas des sujets qui fâchent là-bas. A la présidentielle qui a suivi, celle de 2006, les électeurs ne lui ont pas tenu rigueur. Cet argument brandi par les adversaires du Prd a été balayé de revers d’urne.
Pire, la municipalité de Porto-Novo conduite par Dossou Bernard, un militant PRD a eu un résultat plutôt décevant. Aux élections communales de 2007, le PRD a été reconduit en pompes malgré les contre-performances d’une administration inerte, déboussolée, désorientée et sans initiatives. Le maire entre temps a transhumé vers les eaux aux crevettes roses de la majorité présidentielle.
Ces deux exemples historiques permettent de comprendre que l’électorat de Porto-Novo fonctionne suivant des principes qu’ignorent aujourd’hui ceux qui promettent à Boni Yayi de faire tomber Porto-Novo dans les escarcelles des Forces Cauris pour un Bénin Emergent. Autrement dit, Jacques Migan et Cie tentent de séduire Boni Yayi pour un résultat imaginaire. En attendant qu’on apprécie dans les urnes, le poids de leur présence dans la capitale et la force de leur mobilisation, il convient de s’interroger sur le sens, la méthode, et la qualité de ceux qui accompagnent le mouvement » Cauris » dans la capitale.
Jacques Migan est-il assez connu à Porto-Novo ? Quelles sont les initiatives dont il a été instigateur ou promoteur? Comment peut-il chercher à mettre du grain dans une machine qu’il n’a pas appris à connaître ? Autour de lui, il y a des collaborateurs qui sont tout aussi inconnus qu’ils constituent des motifs de découragement pour ceux qu’ils prétendent mobiliser. Le bourbier arc-en-ciel représente pour Boni Yayi ce que fut le Vietnam pour l’Amérique. En cette veille d’élections précieuses pour le Bénin, le Président de la République est courtisé de toutes parts par des pêcheurs de voix électorales. Pour le cas de Porto-Novo, sans une synergie entre les mouvements multiples, l’entreprise ne convainc pas. Dès lors tout candidat à la présidentielle devient une proie facile qui tombe facilement dans le piège des faiseurs de miracles électoraux.
Pour le cas du mouvement de Jacques Migan pour le lequel nous avons un grand respect pour l’effort de différence, il est à souligner qu’il ne projette que faiblement une vision, une stratégie et une méthode. Dire au Président de la République qu’une telle » machinette » est susceptible de déraciner la force politique dominante de la Région, cela revient à mettre la mer dans un verre de bambou. A moins d’un séisme de forte amplitude dûment constatée par une cour constitutionnelle émancipée.
Herbert Houngnibo
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