26 avril 2011
BENIN: La fracture Nord-Sud
Cette réalité ne suscite aucune émotion pour la majorité de plus en plus pauvre, très peu instruite de mes compatriotes. Je veux parler des 60 à 70% de la population béninoise qui n’aura pas de retraite comme vous et moi, qui croit naïvement que 67 $ américains de micro crédit étalés sur 10 ans garantira l’avenir scolaire et professionnelle de leur dizaine de garnements.
Je ne leur en veux pas parce que le malheur du Bénin – comme le disait ce compatriote dans un débat sur Radio Béningate – vient de ses propres fils qui sont allés à l’école des blancs, qui ont compris la magie des mots et son pouvoir manipulateur sur des populations illettrées, analphabètes que l’on maintient volontairement dans cet état de dépendance intellectuelle et matérielle tout en les faisant rêver et croire que parce qu’on est fils des rochers, de la Donga ou du terroir on va leur apporter le bonheur d’un nègre à Paris.
Dans un article intitulé «Le génie béninois, une pure illusion …», un autre compatriote béninois démontrait méthodiquement, preuves évidentes à l’appui, comment, nous autres intellectuels et soi disant gens bien éduquées – parce que instruits – est ce que nous passons le plus clair de notre petite vie humaine à ne pas nous poser les vraies questions, à ne pas travailler dans le sens du progrès collectif. Des questions essentielles du genre:
- qu’est ce être béninois dans ce monde d’aujourd’hui ?
- comment mettre la chose publique au service de ceux qui en ont le plus besoin: les pauvres, les faibles, les handicapés, les illettrés, les analphabètes, les femmes ?
- comment utiliser l’intelligence collective des béninois de l’intérieur et de l’étranger au service du progrès matériel visible comme dans les pays développés ?
- pourquoi malgré tant de gens diplômées, instruites (apparemment 15 à 20% de la population totale), on soit encore aussi arriéré, aussi inorganisé, aussi pauvre, aussi malhonnête et que nos villes soient aussi sales ?
- est ce que la plupart de nos malheurs ne proviennent ils pas dans leur majorité, de nos propres démons intérieurs et pas forcément du monde développé comme tend à nous le faire croire l’éternel discours des intellectuels et des dirigeants ?
Nous ne formons pas encore une nation et la fracture nord-sud s’est davantage accentuée avec les dernières présidentielles dont les résultats provisoires compilés par les osc, les observateurs indépendants, mes amis informaticiens de la CENA et que ma correspondante française de l’UE a pu facilement récupérer grâce à quelques centaines de billets d’euros, a montré ce qui suit:
- 66% de la population d’électeurs (soit 8 départements sur 12) ont porté en moyenne 60,14% de leur vote sur les candidats sudistes avec une forte majorité pour Adrien Houngbédji, contre 39, 85% de leur vote pour les candidats originaires du nord.
- A l’inverse, les 34% de la population d’électeurs (soit 4 départements sur 12 à savoir l’Alibori, l’Atacora, le Borgou et la Donga) ont porté en moyenne 92,44% de leur vote sur les candidats nordistes avec une forte majorité pour Boni Yayi, moins forte pour Bio Tchané contre seulement 7,55% de leur vote pour les candidats originaires du sud.
Voilà comment se présente notre réalité sociale qui prouve qu’on ne forme pas encore une nation …
Comme il est écrit dans le rapport confidentiel des américains sur la configuration de l’électorat au Bénin (rapport paru dans de nombreux journaux et quotidiens nationaux entre le 12 et le 28 février 2011) 34% de la population, c’est à dire la minorité, réussit à diriger 66% de la population, autrement dit, la majorité, et ce, depuis 50 ans.
Comment cela est t-il possible ?
Tout simplement parce qu’il y aura toujours quelques pseudo leaders sudistes (suivez mon regard…) jetables comme du kleenex quand ils ne font plus l’affaire, profitant des avantages que procurent le pouvoir et l’argent et qui acceptent de faire le jeu politique avec les dirigeants nordistes au détriment de l’intérêt collectif (de la majorité).
Pour ma part, ça m’est égal et à la limite je m’en fous: car ce sont les miens qui sont au pouvoir jusqu’en 2016 au moins. Et je compte bien en profiter même si c’est au détriment de la majorité comme le disaient ces compatriotes Nago qui s’extasiaient dans l’avion qui nous ramenait de Cotonou vers New York il y’a quelques jours, se doutant que je comprenais ce qu’ils disaient. A qui voulait l’entendre, ils prédisaient le malheur à tous ceux qui ont eu l’outrecuidance d’être contre Boni Yayi jusqu’au 30 mars 2011. Ils boiront le calice jusqu’à la lie, ces gens-là qui s’appellent UN, ABT et sa clique de présidentiables déchus, FDD, Osc et compagnie.
Ceux qui s’égosillent à parler de génie béninois et qui s’en orgueillissent en croyant dur comme fer à sa réalité, me font penser à cette phrase que je voudrais méditer avec vous pour les 5 années à venir :
- ce sont les meilleurs ingénieurs du monde qui – avec la meilleure technologie de l’époque – ont construit le Titanic. Mais ce sont de simples hommes portés par le même destin et la même foi envers un but et un intérêt collectif qui ont construit l’Arche de Noé.
Notre pays aujourd’hui ressemble fort au Titanic. Pourra t’il rejoindre le port vers lequel ont décidé de nous conduire nos 7+1 meilleurs ingénieurs ?
Je suis en effet déçu par le fait que le président Robert Dossou n'ait pas pu réaliser sa promesse de faire triompher la "suprématie de la loi".
Je comprends mieux le président Robert Dossou, un politicien pragmatique qui a des idéaux bien précis, compatibles avec la démocratie. Je comprends bien sa position, c'est pourquoi je le critique peu.
Pourtant, nous sommes en droit d'attendre de lui certaines actions. Peut-on lui faire confiance ?
Aujourd’hui après la DCC du 30 mars 2011, on peut croire à ses désirs, mais pas à ses promesses. Il est important de faire une distinction entre les deux.
Ph.D. Soumanou Bio Boni,
Professeur à l’Université de Wharton (USA) - Diplômé d’HEC et de Sciences Po Paris - Mobiles: 001 402 408 45 75 – 336 21 97 94 48 – 229 97 72 51 27.
Contact: bio.boni@yahoo.fr
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