12/01/2011
CHRISTIAN MEHOU-ZOHONCON
DE L’ACADEMIE INTERNATIONALE DE LA MIDITERRANEE
DE L’ACADEMIE EUROPEENNE DES SCIENCES, DES ARTS ET DES LETTRES
MEMBRE DU COMITE D’EXECUTION DU CENTRE D’ETUDES
ET D’ECHANGES CULTUREL INTERNATIONAL
La jarre passoire (gbe dji-nonvi) du Roi GHÈZO(1)
Nous sommes les héritiers
d’une perpétuation de la
tradition, de la culture
transmise par les anciens
qui l’ont reçue d’autres
anciens.
N’oublions pas que : « la jarre passoire » et « la jarre neuve … pleine » sont ici toutes deux
du domaine de symbole, suivant la langue qui les annonce et le langage qui les décrit ;
c’est à ses propos que je consigne la note suivante
:
Les gens, lorsqu’ils parlent dans leur langue ordinaire, ne se comprennent pas les uns
les autres ; et cette incompréhension nous oriente à la zizanie au verbiage vinaigré.
La jarre passoire – gbédji nonvi – est un symbole métaphysique social où se mettent à
l’épreuve les conditions pratiques de l’ordonnancement commun. Le unum omnes, « tous
ensemble nous ne faisons qu’un » . La jarre passoire percée par des trous est toujours
vide, c’est évident ; mais si les enfants du peuple dahoméen venaient boucher les trous
de la jarre passoire par leurs doigts, le liquide qu’on y verserait ne coulerait pas. On
aura en effet une jarre pleine grâce à l’effort et l’union du peuple.
Une juste transmission des idées de la science objective a toujours fait partie de la
tâche de ceux qui la possédaient. En de tels cas, l’idée de l’unité de toutes choses, en
tant qu’idée centrale et fondamentale, devait être transmise la première, et elle
devait l’être intégralement et exactement. Ghèzo cherchait donc à la mettre en des
formes propres à assurer sa transmission adéquate sans risque de la déformer ou de
la corrompre. A cette fin les personnes à qui elle était destinée devaient recevoir la
préparation convenable.
Visionnaire Ghèzo était en avance sur notre époque ; par ce symbole il a émis un
message préfigurant l’union de la fraternité humaine toujours souhaitée
malheureusement fragmentée désespérément par les politiques.
Qant à l’idée même, elle était présentée sous une forme allégorique, de devise, qui
demeure l’instauration d’un nouvel ordre ; pour l’Union des peuples et des êtres
humains, qui vise à donner une définition du "principe fondamental" ou archè, dont
tout est issu, soit une forme d’enseignement symbolique où se stabilise l’outil tendant
à créer un élément de conviction, et à provoquer une vague d’émotion qui élève les
enfants du peuple au niveau de la "conscience objective" ; d’où l’idée de l’unité incluse
lui appartient. Ghèzo qui possédait la science objective a essayé d’exprimer l’idée de
l’initié sous forme d’allégorie qui, ayant été exécutée et transmise sans altération, a
porté ce message d’une époque à une autre.
« La jarre neuve … pleine » est perçue par la conscience subjective, elle est
inévitablement dénaturée du principe symbolique d’unicité qu’annonce la jarre
passoire ; et au lieu de vérité elle engendre l’erreur.
Avec la conscience subjective il y a fragmentation et séparation.
Les efforts faits pour relier les enfants du peuple ne mènent plus à rien, parce que les
hommes ne peuvent pas réédifier l’idée du Tout en partant des faits isolés, et ils ne
peuvent pas deviner les principes de la division du Tout sans connaître les lois sur
lesquelles se base cette division ; « la jarre neuve … pleine » est un symbole subjectif, à
la mesure du « contre signe », et ne mérite pas ce tollé conflictuel.
« Pour une compréhension exacte, un langage exact est nécessaire ». Par contre
l’incompréhension mutuelle, loin de diminuer ne fait que grandir, et il y a toutes les
raisons de penser que cela fera que s’amplifier toujours dans le même sens. Les gens se
comprendront de moins en moins. Car ce dont le langage ordinaire manque le plus, c’est
de termes exprimant la réalité.
Et l’étude des systèmes de l’ancienne connaissance commence par l’étude d’un langage qui
permettra de préciser immédiatement ce qui est dit, de quel point de vue cela est dit et
sous quel rapport. Ce langage nouveau ne contient pour ainsi dire pas de termes
nouveaux ni de nouvelles nomenclatures, mais sa structure se fonde sur un principe
nouveau : le principe de relativité.
Ghèzo introduit dans gbèdji nonvi cette jarre passoire unitaire, les idées et les sentiments
qu’il veut ; et l’action de cette jarre passoire sur les enfants du peuple est tout à fait
précise ; ils recevront chacun d’eux selon son niveau naturellement les idées et les
sentiments que Ghèzo a voulu leur transmettre.
L’antagonisme que suscitent les deux jarres, l’une soulignant l’art objectif (la jarre trouée)
l’autre l’art subjectif (la jarre … pleine), nous fait savoir que la Nature ne se montre pas à
découvert aux "éclairés eux-mêmes" ! C’est seulement aux hommes éminents par leur
sagesse qu’il appartient d’être les interprètes de ces secrets. Les hommes doivent
comprendre qu’il y a tant de choses belles et bonnes à connaître de par le monde et dans la
fuyante réfraction du passé ; chaque âge comme chaque nation a ses mérites(2), le
substratum équitable bienfaisant se trouve en quelque endroit qu’on le cherche.
Et si les hommes et les femmes du pays voulaient s’entendre, ils réaliseraient une
harmonie miraculeuse dont l’amour et la paix seront la fiction. Depuis "l’indépendance"
du Dahomey de 1960 à 1972, devenu Bénin, est considéré comme l’un des pays africains
les plus instables. Les coups d’Etat à répétition, les rivalités civils avaient fini par rendre
toute stabilité politique impossible ; ce repliement coïncidait avec le ralentissement de
toutes les affaires publiques et épousait le rythme systolique de crise.
Comment le pays est-il arrivé à une telle situation regrettable ? La seule raison, c’est que
les prétendants à la plus haute fonction sont minés par l’orgueil, l’incrédulité, les appétits
égoïstes et l’appât du gain.
Le Dahomey dans son histoire a eu douze rois de 1620 à 1900 ; et si l’on regarde (3)
alternance, alliances et transhumance depuis l’indépendance de 1960 à 2011, nous
comptons aussi 12 responsables qui ont gouverné la nation à long terme et à court terme.
Un hasard ? Non, le hasard est la somme de notre ignorance.
Il faut que nous passions de l’individualisme exacerbé à l’unification différentielle. Que la
sagesse préside cette union avec celui qui, prochainement, conduira le destin du pays sans
provoquer un désastre suivant la sentence.
Bà-yi
Christian Mèhou ZOHONCON
(1) Ce nom est une allégorie dédaigneuse pour les ennemis du 9ème roi de Danhomè le roi
Ghèzo. Ghè : l’oiseau cardinal. "Ghè-zo ma sigbe" : le plumage de l’oiseau cardinal
n’enflamme pas la brousse.
(2) Voir Sentence page 4 du livre : « Au pays d’Agasou et d’Aligbonon le Danhomè » de Ch.
Mèhou Zohoncon, Editons Jacques ANDRE Lyon, à paraître.
(3) Jeune Afrique du 15 au 28 août 2010, p. 81.
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