La Société civile peut mieux faire en 2011
Ce papier voudrait partager avec la société civile béninoise, une expérience d’un pays de la sous-région en matière de suivi du processus électoral. Ceci pourrait l’inspirer dans la préparation des échéances à risques de 2011.
Nous voulons très simplement présenter, dans ses grandes lignes, l’expérience d’un réseau d’organisations de la société civile du Ghana en matière de suivi de la gestion des élections. Cela nous permettra ensuite de mettre en exergue quelques éléments, juste sous forme d’illustration, déjà disponibles sur la scène béninoise et sur lesquels l’on peut bâtir des expériences analogues au cas où l’exemple partagé avec les lecteurs présen-terait quelque utilité aux yeux des acteurs-clés de la société civile béninoise. Commençons par le Réseau en question.
De qui s’agit-il ?
Il s’agit d’un réseau appelé CODEO (Coalition of Domestic Elec-tion Observers – Coalition des observateurs élec-toraux nationaux). CODEO est une coalition indépendante, non partisane réunissant une grande partie des organisations de la société civile, préoccupées par la promotion d’élections libres, équitables et transparentes au Ghana. Elle comprend aussi bien des organisations professionnelles, celles impliquées dans le domaine des droits de l’Homme, de la gouvernance que des organisations religieuses et d’autres qui sont dans le domaine de l’éducation civique. Cette coalition a été créée sur l’initiative du Centre ghanéen pour le développement démocratique (CDD, en anglais) et elle continue de fonctionner grâce à la coordination du CDD.
La CODEO en 2008
Sous la coordination du CDD-Ghana, la CODEO a regroupé environ 36 organisations de la société civile pour participer au suivi et à la crédibilisation des échéances électorales de décembre 2008 au Ghana. Elle a ainsi regroupé ses membres issus des organisations membres qui la composent, les a formés et déployés sur toute l’étendue du territoire ghanéen tout le long du processus électoral. Il convient de préciser que tous ne sont pas déployés au même moment, mais plutôt selon les besoins de chaque phase du processus électoral.
Par exemple, pendant la phase pré-électorale, à environ neuf (09) mois du premier tour du scrutin prévu pour le 7 décembre 2008, une soixantaine de personnes ont été formées et déployées sur le terrain dans le but d’observer l’établissement de la liste électorale. Ces observateurs de la phase pré-électorale étaient tenus de faire des rapports mensuels jusqu’au moment des élections. A l’approche desdites élec-tions, plus de 4 000 personnes, toujours issues des mêmes organisations membres, ont été sélectionnées et formées pour être par la suite déployées sur tout le territoire ghanéen le jour du scrutin.
Ainsi, les personnes déployées sur le terrain par la CODEO, ont pu observer de bout en bout, la plupart des problèmes qui ont émaillé le processus électoral ghanéen de 2008. Leurs observations ont porté sur les comportements de toutes les catégories d’acteurs du processus électoral, de la commission électorale aux électeurs eux-mêmes en passant par les partis politiques, les médias, les organisations de la société civile, les chefs traditionnels, les fonctionnaires de l’Etat (et l’usage des moyens publics), les forces de sécurité etc.
Les obser-vateurs de la CODEO ont pu, de la sorte, mettre le doigt sur les insuffisances au niveau des partis politiques dans l’organisation des primaires pour le choix de leurs candidats. Ils ont également mis en exergue les insuffisances de la commission électorale dans l’établissement de la liste électorale, les dérapages au niveau de certains animateurs des médias. Ils ont aussi détecté des insuffisances dans l’implication des forces de sécurité, par exemple, ou dans le processus d’établissement de la liste électorale; tout comme ils ont remarqué des anomalies et/ou des violations de la loi, telles que celles des chefs traditionnels qui ont fait campagne contrairement aux prescriptions légales. Etc.
Mieux, la CODEO s’est également donnée les moyens de faire un décompte parallèle des votes. Ceci consiste, à partir des informations collectées à l’issue du dépouillement par les plus de 4 000 observateurs déployés sur le terrain, à faire une estimation des résultats des élections. Les résultats obtenus feraient pâlir d’envie ou de jalousie beaucoup d’instituts de sondage: juste pour les deux premiers candidats à la présidentielle, 49.8% (avec une marge de + ou – 1,6) contre 49.1 officiellement annoncé par la commission électorale pour le premier, et 47,4% (avec une marge de + ou – 1,6) contre 47,9 officiellement annoncé par la commission électorale pour le deuxième. Belle prouesse, pour des « amateurs » ! Et belle preuve de sérieux, par-dessus-tout !
Que peut-on en tirer au Bénin ?
Des expériences existent déjà au Bénin. Juste pour donner quelques exemples, l’on peut citer les différents regroupements «FORS-élection» en ce qui concerne l’observation, surtout le jour du scrutin. Mais l’on peut également citer les expériences de DHPD-ONG en matière d’observation de la campagne électorale. Mais comme l’on peut voir, pour diverses raisons, ces expériences sont, comparées à celles de la CODEO au Ghana, limitées aussi bien dans le temps (les phases du processus électoral qu’elles couvrent) que dans l’espace (leur couverture du territoire national). Elles sont également limitées (toujours en comparaison à l’expérience de la CODEO) par rapport à la nature de leurs activités, par exemple elles n’essaient pas encore le décompte parallèle des votes, hormis une expérience tentée, semble-t-il en 1996 ou 2001, mais pas très concluante. En outre, comme cela est prévu pour le cas actuel de FORS-LEPI, il importe de commencer résolument l’observation par celle de la phase pré-électorale, trop souvent négligée alors qu’elle est capitale et permet de prévenir, au lieu de se voir réduit à courir après une hypothétique guérison.
Il est donc, de notre point de vue, toujours possible d’améliorer la participation des organisations de la société civile aux processus électoraux au Bénin. La marge de progression ou d’amélioration est encore assez importante, en dépit des avancées et de la notable et louable expérience accumulée patiemment. Elles ne sont pas tenues d’imiter leurs consœurs ghanéennes, mais elles peuvent s’organiser pour mieux couvrir le processus aussi bien dans le temps, dans l’espace que par rapport à la nature des activités à conduire. La qualité reste un défi permanent et, pour paraphraser l’autre: «Rien n’est fait tant qu’il reste à faire».
C’est ce que nous croyons.
Mathias Hounkpè
Source: La Croix du Bénin 23/10/09
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