Multiplicité des prétendants pour la course à la Marina
25-01-2011, Angelo DOSSOUMOU S.
Les députés de l’opposition le redoutaient. Beaucoup de Béninois avec eux. La fixation de la caution pour les élections présidentielles à moins de 100 millions débouchera sur une multiplicité malsaine de candidatures. Laissons la très discutable décision de la Cour constitutionnelle qui a obligé la représentation nationale à se rabattre sur la caution de 15 millions. Aujourd’hui, les faits sont là. A un mois du premier tour, une dizaine de candidatures sont déjà annoncées. Et désormais, il faut s’attendre à enregistrer chaque jour qui nous sépare de la date de clôture de dépôt des candidatures, les prétendants au fauteuil présidentiel. Pour 15 millions, la course à la Marina devient finalement une balade de santé que bon nombre de nos compatriotes veulent s’offrir. En effet, les plus avertis de la vie politique béninoise savent qu’il n’y a que trois candidatures sérieuses à la présidentielle de février prochain.
Le président sortant et candidat à sa propre succession Boni Yayi, le candidat unique de l’Union fait la Nation, Me Adrien Houngbédji et enfin Abdoulaye Bio Tchané soutenu par la Coalition Abt-2011. Les trois dinosaures recueillent à eux seuls le plus de déclarations de soutien. Mieux, ils ont des fiefs et sont portés par des blocs politiques. En dehors de ces trois cités plus haut qui constituent la plus sérieuse catégorie de candidats, il y a les menus fretins qui pourraient quant à eux être subdivisés en six catégories.
Nombre de candidats qui seront en lice y vont juste pour émietter les voix et enquiquiner les trois plus sérieux prétendants. Sur ce plan, les couleurs sont d’ailleurs déjà annoncées avec le président en exercice Boni Yayi qui sera confronté à certains de ses anciens ministres qui rêvent de lui arracher le pouvoir au soir du 6 avril prochain.
Dans le lot des présidentiables, il y a des stratèges qui y vont non pas pour sortir vainqueur devant le trio donné d’avance gagnant mais pour mobiliser l’électorat en vue des élections législatives d’avril 2011. Ceux-ci, confrontés à une adversité féroce dans leur circonscription électorale, ne veulent pas, en laissant du champ aux candidats les plus forts et à leurs soutiens perdre du terrain et ne plus pouvoir arracher leur ticket pour le Palais des gouverneurs à Porto-Novo.
Le marchandage politique fait partie du plan de certains candidats qui solliciteront en février prochain le suffrage des électeurs. Conscients de ce qu’il est difficile de gagner les élections au Bénin dès le premier tour, ces candidats entendent monnayer leur soutien au second tour afin d’avoir en retour des postes juteux. Ce n’est d’ailleurs pas une nouveauté au Bénin. De tout temps, il y a eu de cette catégorie de candidats opportunistes et calculateurs.
Les candidats qui viennent amuser la galerie au Bénin sont légion. La caution à 100 millions aurait pu les dissuader de se présenter. Mais hélas ! Ils ont encore la possibilité de se présenter pour sortir de leur anonymat. Car, ces candidats n’ont d’autres objectifs que de se faire connaître du grand public, enrichir leur curriculum vitae et s’en vanter devant des amis…Pour ceux-ci, c’est juste de la rigolade.
Les candidats escrocs, il y en a aussi. 2011 ne fera malheureusement pas exception à la règle et les candidats qui ont l’habitude de collecter des fonds de généreux donateurs au motif qu’ils sont populaires et ont de sérieuses chances d’être élus dans leur pays s’ils se présentaient, après avoir bénéficié de soutiens financiers, font semblant de battre campagne pour justifier les fonds reçus. Mais en leur âme et conscience, ils savent qu’ils dépenseront à peine le tiers des fonds reçus et mettront de côté le reste. Ces fonds serviront à d’autres fins.
La dernière catégorie de candidatures qui pourrait être enregistrée en février prochain est celle des Communistes. Depuis Pascal Fatondji, le Parti communiste du Bénin n’a plus pris part à une élection présidentielle. Cette fois-ci, il est fort probable que les communistes soient de la course et comme on peut s’y attendre avec eux, ils nous parleront une fois encore de la révolution.
Bref, l’opposition avait raison de vouloir fixer la caution à 100 millions. Il est à parier que si c’était le cas, la liste de candidatures serait réduite aux trois sérieux candidats ou au plus à cinq. Le vote serait sans aucun doute plus facile pour les populations car, il y aurait un bulletin unique aéré. Mais avec ce qui se dessine, la tâche sera plus compliquée non seulement pour les électeurs analphabètes mais aussi pour la Cena et la Cour constitutionnelle. N’est-il pas temps que les acteurs politiques réfléchissent sérieusement à la question pour trouver une solution adéquate ? Ne pourrait-on pas envisager à l’instar de la France que les candidats recueillent un certain nombre de signatures d’élus avant que leur candidature ne soit validée par la Cour constitutionnelle ? Ce qui est certain, si une solution n’est pas trouvée avant les prochaines élections présidentielles, le risque est grand que le Bénin aligne une cinquantaine de candidats pour les élections présidentielles. Une honte ! Vingt six candidats en 2006, ce n’était déjà pas sérieux. Alors, il faut mettre tout en œuvre avant qu’il ne soit trop tard pour que ce pèlerinage de plaisantins aux présidentielles s’arrête. Les Béninois ont mieux à faire que de contempler les portraits de candidats qui ne valent que zéro pour cent.
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