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05-02-2010

 

LETTRE DE TCHAOUROU AU ROI BONI 1er

 

Écrit par Gilberte Awa Kassa

 

Monsieur le Président de la République,

 

Parole de femme : on vous trompe. S’il y en a qui se disent encore vos amis, eh bien, sachez qu’ils vous trompent. Non point parce qu’ils se disent vos amis, mais parce qu’ils vous font croire que vous êtes aimé.

 

Aimé de qui ? Et je vous demande de bien vouloir excuser le caractère direct, voire brutal, du ton par moi utilisé. Mais depuis le temps que je vous écris, il s’est installé entre vous et moi un air de proximité, qui m’autorise à aller droit au but. Mon ton se veut celui de la franchise, une franchise qui se fait tranchante, si j’ose dire, parce qu’il me semble que je suis l’une des rares personnes à vous parler encore avec objectivité, parce que je n’assiste pas à vos réunions où l’on paye les participants, parce que je n’attends de vous rien de particulier, même pas, et surtout pas, un des trente maroquins sur cent que vous nous promettez, à nous, femmes. Et d’ailleurs, quel est cet art que vous avez de vous enfermer dans des lieux arithmétiques ? De qui tenez-vous que la politique tient de l’arithmétique et non du psychologique par exemple ? Si elle tenait de l’arithmétique, ce n’est pas à trente pour cent de maroquins que nous aurions droit mais à cinquante-deux pour cent, parce que c’est la part que nous représentons de la population béninoise. Et tout autre quota inférieur ou supérieur est arbitraire et injuste. Ne faites donc pas de la politique comme d’autres font de l’arithmétique.

 

Je reviens à mon point de départ. Si je vous dis aujourd’hui, sans tourner autour du pot, que l’on vous trompe, c’est parce qu’il m’est revenu que vous croyez encore en votre étoile, ce qui suppose que vous croyez en avoir encore une. Détrompez-vous. A mon avis, vous n’en avez plus. Je ne sais par quelle alchimie mensongère vous avez eu massivement nos voix pour parvenir au pouvoir, mais nos vieux parents nous apprennent que tous les artifices, gris-gris, filtres et consorts à fin d’envoûtement, saisissent leur proie avec une main à quatre doigts, c’est-à-dire pas fermement. Or permettez-moi de vous dire que c’est terminé maintenant, que si envoûtement du peuple il y a eu en 2006, le peuple est désenvoûté maintenant, votre alchimie, s’il y en a eu, n’a plus sur lui aucune prise.

 

J’en veux pour preuve la situation pénible – le mot est faible – dans laquelle vous avez plongé notre pays au bout de quatre ans de prétendu changement. Vous n’avez pas commencé à redresser le pays comme 75 % de ce peuple et la presque totalité de ses partis politiques vous l’ont demandé en 2006, vous l’avez ramené très loin derrière Soglo, loin derrière Kérékou II, et au niveau de Kérékou I à son déclin. Et, en effet, il y a aujourd’hui un air d’année blanche dans notre université, il y a un air d’arriérés de salaire quand on abat de 65 % le PIP des ministères. Ne voilà-t-il pas Kérékou I à son déclin ?

 

Et qu’avez-vous fait de l’argent de ce pays, qui fut en sur-liquidité, et dont les ministères voient leur PIP aujourd’hui abattu de 65 % ? Si vous ne l’avez pas jeté par la fenêtre, c’est que vous l’avez entassé quelque part pour en arroser les populations au moment de la campagne électorale officielle. Vous croyez en effet dur comme fer à l’achat des consciences, au fait que ce peuple aujourd’hui affamé succombera nécessairement à l’attrait des billets de banque que vous lui tendrez. C’est ce que vous croyez et que vous font croire vos acolytes thuriféraires. Vous vous trompez et ils vous trompent. Les Béninois n’en sont plus là, ils ont mûri, ils ont compris. Et ils vous prendront les sous parce que ce sont leurs sous mais ne vous donneront pas leurs voix, parce qu’elles ne peuvent plus vous revenir.

 

Une preuve entre mille que les Béninois ont mûri, c’est votre incapacité à former un quatrième gouvernement. Si le mot est trop fort, parlons de difficultés. Vous finirez par le former, ce gouvernement, parce que vous ne pouvez pas terminer votre mandat avec ce fourre-tout invraisemblable qui vous en tient lieu actuellement. Mais il aura l’air de quoi ? Il sera sûrement en-deçà du fourre-tout dont je viens de parler. Vous êtes dans l’impasse, et la question est de savoir combien de temps le pays acceptera d’y rester avec vous.

 

Monsieur le Président de la République, je prie Dieu de vous garder en bonne santé pour nous.

Gilberte Awa Kassa



 

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Tag(s) : #EDITORIAL
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