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BENIN - Lettre ouverte d’un étudiant d’Abomey-Calavi à Boni Yayi : «Non, Monsieur le Président, vous n’avez pas compris le cri du peuple !»

 

 

4 février 2011 par richard 

  

 

Le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi n’a pas encore compris le cri de détresse de son peuple. C’est l’impression qu’a M. Marcel Kpatou, étudiant à l’Université d’Abomey-Calavi qui vient de lui adresser une lettre ouverte.

 

Le samedi 29 janvier 2011, vous avez délivré la foule de vos courtisans qui sont décidés à faire boire le calice au peuple béninois jusqu’à la lie. La scène était impressionnante, émouvante. La mise en scène presque parfaite. Certes, vous avez vu juste ; le peuple béninois veut aller plus loin. Mais pas plus loin dans la déchéance, l’improvisation, la reculade, la violation massive et répétée des libertés démocratiques et le non respect des engagements pris.

 

En vous écoutant samedi, je me suis posé mille questions. Cela semble du déjà vu mais à une échelle réduite et je n’ai pu m’empêcher de me rappeler certaines de vos professions de foi.

Vous avez promis lutter contre la corruption. Le peuple a cru en vous et a même participé spontanément à votre marche verte contre la corruption. Mais au bout, aucun résultat. Au contraire, les scandales économiques se sont multipliés. Quel Béninois peut me convaincre aujourd’hui que la louche n’a pas remplacé la cuillère ? Triste est ton sort, mon compatriote béninois !

 

Le peuple béninois veut vivre dans un pays sûr et sécurisé. Mais erreur !

 

Vous n’étiez pas au courant de l’exercice des structures illégales de placement d’argent dont ICC bien que vous et vos proches aient côtoyé ces bandits modernes.

Vous n’étiez pas au courant de la disparition de Pierre Urbain Dangnivo malgré les tintamarres de ses collègues. Triste est ton sort, mon compatriote béninois.

 

Le samedi, dans votre déclaration de candidature ou discours d’acceptation de briguer un nouveau mandat, les élèves enseignants bastonnés par les forces de l’ordre à Abomey auraient voulu avoir de vous un geste, cette excuse qui grandit les hommes sincères. Rien. Et pourtant, l’éducation est en bonne place dans votre  programme d’action. Ah oui j’oubliais,  on ne va pas à l’encontre des desiderata d’un envoyé de Dieu. Ces élèves enseignants ont donc bien mérité ce qui leur est arrivé. Triste est ton sort, mon compatriote enseignant béninois.

 

Samedi au stade de l’amitié de Kouhounou, vous avez promis le remboursement des épargnants de ICC et consorts. Vous nous avez annoncé avec beaucoup de fierté que vous avez réussi à rembourser 63000 victimes pour un montant de 6 milliards. 6 malheureux milliards contre les 135 que vous avez laissé les escrocs empocher. Oui, vous les avez laissé spolier et appauvrir ceux que vous aviez la responsabilité de préserver.  Mais autre chose ! Après combien de morts ou de vies brisées, vous serrez décidé à rendre effectivement gorge à ces gangsters en col blanc. Triste est ton sort mon compatriote béninois.

 

Après des mois de grève des paramédicaux et de nombreuses morts, vous avez décidé d’ouvrir de sérieuses négociations et trouver une solution. A-t-on besoin de cette statistique macabre avant d’agir quand on a été soi même à la base de la discrimination, source de cette grève pour le moins légitime? Triste est ton sort mon compatriote et pauvre patient béninois.

Et j’oubliais, les grands travaux, trophée de votre mandat. Je ne ferai pas comme vos courtisans qui ont toujours pensé que rien de grand et de beau n’a été fait avant vous. Je reconnais la main sur le cœur qu’en tissant la nouvelle corde au bout de l’ancienne vous avez réalisé beaucoup d’infrastructures. Mais que vaut cela pour le Béninois qui doit quitter Cotonou pour Ouidah ou Comé et pire Comé pour LoKossa ou Dogbo ? Que dire du calvaire des usagers de la route Sèhouè- Bohicon ? Et pourtant, mon cher Président, Lokossa et Abomey ont abrité la fête du 1er Août. Triste est ton sort mon compatriote béninois, toi qui n’as pas les ressources pour faire ces trajets dans de rutilantes 4 X 4 ou prendre un hélico.

 

Monsieur le président, c’est vrai que vous n’êtes jamais au courant de rien. Mais je peux vous confirmer que la route qui passe devant le Bénin marina Hôtel est déjà en dégradation. Idem pour celle reliant l’aéroport à l’ex Air Afrique, précisément au niveau du ministère de l’enseignement supérieur. Des malfaçons me répondrez-vous ! Et pourtant la société adjudicataire continue d’exécuter d’autres travaux. Triste est ton sort mon compatriote contribuable béninois.

 

Mon cher président, je voudrais m’assurer d’une chose. Quel est le sort du cadre de la Direction de l’Agriculture limogé en même temps que son Directeur, ce dernier réhabilité et lui toujours pestiféré ? La réaffirmation de l’autorité de l’Etat c’est aussi l’acceptation de l’assertion « responsable mais pas coupable ». Je n’ose pas vous écrire ici, l’interprétation que les gens font de cette affaire. Et chose plus grave, dans cette affaire d’Endosulfan, vous avez humilié publiquement l’un de vos ministres qui, toute honte bue continue de vous servir. Triste est ton sort mon compatriote cadre béninois. Toi qui as accepté servir pour l’émergence de ton pays.

Pour aujourd’hui je pense m’en arrêter là. Mais une autre chose me vient à l’esprit.

 

Devant un tel bilan non encore exhaustif, une telle contre performance, le peuple s’attendait à une autre réaction. Pour un véritable homme d’Etat, la grandeur d’âme serait de prononcer samedi dernier la phrase suivante : « Chers compatriotes, vous m’avez fait confiance, je n’ai pas été à la hauteur, je vous remercie. Je m’éclipse. »

 

Cette lettre n’est nullement de la diffamation ni une injure. C’est une réflexion à partir de faits concrets et avérés. C’est aussi votre bilan, ne l’oubliez pas. Ma démarche est le cri de cœur d’un Béninois qui a cru en vous mais qui a été déçu par votre bilan mais plus encore attristé par la manipulation orchestrée par vos partisans pour embellir un bilan largement en deçà des espérances et espoirs placés en vous. Dans ces circonstances faut-il continuer ? Je pense sincèrement que non car le verdict du peuple silencieux, celui là plus nombreux que la foule du stade de l’amitié sera sans appel.

 

J’attends avec impatience et plaisir les réactions de vos thuriféraires pour mieux mettre le doigt là où ça fait mal.

 

Enfin, peuple béninois, le complot du silence a toujours été fatal à son auteur. Tu as été trompé une fois, n’accepte jamais d’être le dindon de la farce une nouvelle fois. Il vaut mieux mourir debout que vivre à genoux. Le vent a soufflé et a révélé l’arrière du héron. Par ton suffrage, rétablis ton image ; cette aventure là ne doit pas se poursuivre.

 

Merci mon cher Président. Seul quelqu’un qui vous aime vraiment peut vous dire ces vérités.

A très prochainement.

Marcel Kpatou

Etudiant à l’Université d’Abomey Calavi

 

 
 
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Tag(s) : #COUPS DE COEUR
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