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Vendredi 18 février 2011

 

 BENIN: Réactions de quelques députés sur la tension de ce jeudi au Parlement

  

  

 

 

Par Francis Z. OKOYA

  

La situation ce jeudi 17 février au Parlement ( une première au Parlement), a donné l’occasion aux députés de l’opposition, ceux de la mouvance et au Commandant militaire Guy Antoine Adjaho de se prononcer. Voici leurs déclarations.

 

André Dassoundo, 1er Vice président de l’Assemblée

 

« …La situation dans notre pays, je pèse mes mots, est grave parce que notre pays n’a plus de Constitution. Aucun article de notre Constitution n’est respecté, même pas par la Cour constitutionnelle elle-même. La situation est grave parce qu’à l’Assemblée nationale, le règlement intérieur est bafoué à 100% sur autorisation de la Cour constitutionnelle. La situation est grave parce qu’aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, on peut tenir des séances sans Secrétaire parlementaire. Le président de l’Assemblée nationale, en prétextant du fait que la Cour ait ordonné de remplacer les Secrétaires parlementaires, a décidé de tenir la plénière sans Secrétaire parlementaire. En le faisant, il viole les articles et les textes réglementant l’Assemblée nationale. Un collègue a pris la parole pour stigmatiser le vice de procédure. La réponse, c’est que le collègue devait être ramené à l’ordre et molesté. Devant nous, la garde du président de l’Assemblée nationale a brutalisé notre collègue. C’est une situation extrêmement grave. Responsable de cette situation, le président de la Cour constitutionnelle en premier lieu qui, agissant sous les ordres du président de la République, a décidé de refaire les lois, de refaire notre pays et de refaire d’autres dispositifs à l’endroit de l’Assemblée nationale. La Cour constitutionnelle s’est permise de proposer de remplacer des Secrétaires parlementaires. Cela constitue là un précédent grave et je pense que cela ne va pas être utilisé dans notre Parlement comme étant une jurisprudence. Autrement, un matin, la Cour constitutionnelle peut demander de remplacer le président de l’Assemblée nationale parce que ce président n’aurait pas fait sa volonté. Je pense que nous allons pouvoir arrêter la dérive. Pour ce qui nous concerne, nous voulons attirer l’attention de l’opinion nationale sur le fait que, de violation en violation, nous sommes arrivés à une situation chaotique que nous vivons aujourd’hui par rapport aux élections (…) J’en appelle à la vigilance de tous les Béninois, j’en appelle à la responsabilité des bailleurs de fonds et de la communauté parlementaire parce que ce qui risque d’advenir à notre pays peut être difficile à contenir. La dérive a atteint son paroxysme.

L’Assemblée nationale est devenue le lieu de bagarre sur autorisation de son président pour que des députés soient molestés. C’est du jamais vu dans notre pays. Nous devons dénonçer cela avec la dernière rigueur et nous devons prendre des dispositions pour que la démocratie béninoise chèrement acquise ne soit pas mise à mal par des parvenus qui ne connaissent pas le prix de ce que c’est que la liberté. Nous, nous savons ce que c’est que la liberté et nous savons qu’il est important de préserver la paix. Nous savons aussi qu’une fois la démocratie en danger, c’est la paix qui est menacée. Par conséquent, nous voulons en appeler à tous les démocrates béninois à une mobilisation totale et générale sur l’ensemble du territoire nationale pour dire non à cette dérive qui pointe à l’horizon… »

 

Député Ismaël Tdijani Serpos

 

« Nous venons de vivre un spectacle pitoyable pour notre démocratie au sein de notre Parlement. On ne vous apprendra rien en vous rappelant que la Cour constitutionnelle, a plusieurs reprises, a réaffirmé que le Parlement ne peut pas valablement siéger sans Secrétaire parlementaire. Ce matin, il n’y avait pas de Secrétaire parlementaire. Le président de l’Assemblée nationale, le Professeur Nago, en sa seule qualité de président, s’est substitué aux Secrétaires parlementaires qui étaient absents. Le président, à l’ouverture de la séance, a donné lecture de la décision rendue par la Cour qui intime au Parlement de désigner sans délai deux Secrétaire parlementaires en remplacement des deux Secrétaires défaillants. Or, le Parlement a un règlement intérieur qui fait corps avec la Constitution. Ce règlement intérieur n’a pas prévu 4 Secrétaires parlementaires. Ce règlement n’a pas prévu non plus de suppléants pour les deux Secrétaires parlementaires. C’est vrai que le Parlement ne s’est pas encore prononcé là-dessus. C’est le contenu que le président a cru devoir donner en dépit des positions des décisions antérieurement prises par la Cour constitutionnelle qui exige la présence d’au moins un des deux Secrétaires parlementaires pour rendre valide les travaux du Parlement. Alors, dans quel pays sommes-nous ? En dépit de cette jurisprudence de la Cour et en dépit des antécédents que nous avons connus sur ce plan, aujourd’hui, on considère qu’il n’y a plus de loi, il n’y a plus de règle. On fonce tête baissée. Qu’est ce que ça préfigure ? Nous sommes dans une période très délicate de renouvellement d’un certain nombre d’institutions importantes de notre pays dont le Parlement et la présidence de la République ; période délicate parce que c’est la période durant laquelle nous devons le plus respecter la loi et respecter notre Constitution. Pour toute réponse pour ce à quoi nous assistons, c’est le viol en cascade aussi bien de notre Constitution que des lois de la République. La preuve, la manière dont la Lépi se met en place. La preuve, toutes les tentatives faites par les parlementaires pour prévenir les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui dans la mise en place de la Lépi sont battues en brèche par la Cour constitutionnelle dépossédant le Parlement de ses prérogatives de législateur. Aujourd’hui il n’y a pas de Lépi ; aucun texte n’est respecté ; aucun délai n’est respecté ; aucune étape du processus de réalisation de la Lépi n’est respectée. Ne soyez pas surpris que demain, ce soit la Cour constitutionnelle qui nous colporte un président de la République au-delà du vote des Béninois. Le risque est très grand et l’enjeu est d’importance. Nous devons respecter à la lettre les dispositions de la loi. Quand un collègue se lève pour rappeler ses dispositions et que le président de l’Assemblée nationale, décidé à faire du forcing, à passer outre, donne des instructions aux militaires qui violent allègrement les règles de la police intérieure et extérieure du Parlement, disant « Tapez-le », où sommes-nous ? Les règles de discipline au sein du Parlement sont prévues par le règlement intérieur du Parlement. La preuve, l’article 17, et les articles 60 et 61 prévoient les conditions de censure, les conditions de respect de la police intérieure et extérieure de l’Assemblée nationale. Ces dispositions ont prévu les prérogatives du président de l’Assemblée nationale.

 

La clarification de la mouvance présidentielle

 

 

Pour les députés de la mouvance présidentielle avec en tête les députés Djribil Débourou et Karim Chabi Sika, leurs collègues de l'opposition ont tort. "« Dès que le président de l’Assemblée nationale a commencé par lire la décision de la Cour constitutionnelle, des députés, sans avoir demandé la parole, ont pris la parole pour l’empêcher de lire la décision. Ils ont commencé par organiser un brouhaha qui ne permettait plus d’entendre la décision de la Cour constitutionnelle. Quand le président de l’Assemblée nationale n’a pas obtempéré, un des députés de l’opposition a quitté sa place pour aller agresser le président de l’Assemblée nationale. N’eut été la garde rapprochée du président, il serait allé au perchoir pour arracher le texte de la Cour constitutionnelle des mains du président de l’Assemblée nationale. Ça, ce n’est pas acceptable. … ". déclare Débourou qui ajoute que les mesures sécuritaires ont été renforcées ce jour au Parlement parceque des informations ont fait état de ce que des messages ont été envoyés dans les villages avoisinants de Porto-Novo pour faire venir non seulement les instruments de musique qui ont servi à faire le bouhaha entendu à l'Hémicycle mais aussi pour apporter des armes blanches. " le regroupement se faisait devant la Cour Suprême et les gens s'apprêtaient à marcher sur le Parlement avec des armes blanches et c'est pourquoi des dispositions supplémentaires ont été prises.

 

Pour son collègue Chabi Sika, l'enregistrement des propos où on entendait des ordres de frapper et de prendre en charge le député Ahouanvoébla ne serait qu'un pur trucage électronique qui a fait dire au Président Nago des choses qu'il n'a pas dites. Pour lui tous les actes posés par l'oppostion ce jeudi entreaient dan le cadre d'un complot qui vise selon lui à faire reporter les élections, un plan que Janvier Yahouédéhou aurait révélé déjà.

 

Rosine Soglo

 

« C’est bien d’avoir de grandes victoires. C’est une première, mais ce n’est pas la dernière. Soyez certains, ne minimisez pas le président Yayi Boni si non nous aurons tort. J’ai mis au courant le président Nicéphore Soglo de tout ce qui se passe ici aujourd’hui. Il m’a dit de vous dire d’abord félicitation. Qu’ils continuent à agir de cette façon ils vont voir comment ca va se terminer. Vous savez, la loi doit rester souveraine....Mes chers collègues, nous sommes les représentants du peuple souverain ici et la cour constitutionnelle n’est pas le peuple souverain et la cour constitutionnelle a été nommée. C’est nous, c’est les élus, les représentants du peuple. Il n’y a qu’une seule souveraineté. Le peuple béninois, ne l’oubliez jamais parce nous l’avons oublié dans le temps et vous savez comment ça s’est terminé. Ne jamais oublier, mes chers collègues ont dit que nous les nègres, nous sommes des proies et les arabes nous ont montré la voie, regardez les enfants en Tunisie, en Egypte ils on t dit non à la dictature, nous n’allons pas accepter la dictature de Yayi Boni, quelqu’un que nous avons-nous-mêmes mis là, nous avons élu. Yayi Boni ne peut pas nous faire la loi ici ; et surtout la Cour constitutionnelle. Demain si vous êtes prêts car il y a des jours que je vous dis qu’il faut arrêter les dérives de la cour constitutionnelle. Aujourd’hui, chers collègues, il est tant mes chers collègues que nous allions dire clair à la Cour constitutionnelle que la République du Bénin n’est pas la République des juges. C’est ça qu’il faut que nous disions à la Cour Constitutionnelle. Et vous avez Hercule avec vous demain, nous sommes tous prêts à aller défier la Cour. Que la police nous matraque, que les forces de l’ordre nous matraquent, nous sommes prêts. Si Monsieur Nicéphore Soglo peut être avec nous, moi la vieille aveugle, je suis sûre que j'y serai.

 

Propos du Commandant militaire Guy Antoine Adjaho

 

Au cours de la rencontre des députés de l’opposition avec le Commandant militaire Guy Antoine Adjaho, la tension s’est ravivée. Pour le député Epiphane Quenum, le Commandant militaire est responsable de la violence sur les députés. « Moi je ne suis pas le Chef d’Etat major général. Adressez-vous au Général Boni qui est le Chef d’Etat major général. Les forces de sécurité de l’Assemblée nationale ne représentent qu’une partie des forces armées. Ce que je voudrais dire à l’honorable Dassoundo et à l’honorable Quenum est que ce n’est pas le moment d’être excessif. Ne soyons pas excessifs dans nos propos. Je ne voudrais pas porter de jugement sur ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale tout à l’heure à l’hémicycle. Je dois restituer la mission qui est la nôtre ici : c’est de protéger les députés dans leur ensemble et en particulier le président de l’Assemblée nationale contre toute agression, contre son intégrité. Mais aucun militaire quel qu’il soit, puisque moi je n’ai instruit aucun militaire de porter la main sur un député, ne portera la main sur un député quel qu’il soit. Si le pays est embrasé, ce sera le fait des politiciens tous bords confondus. Je suis désolé. Si vous embrasez le pays, ce serait le fait des politiques toutes tendances confondues. Ne dites pas que le Colonel Adjaho en portera la responsabilité. Je ne porterai la responsabilité de quoi que ce soit. Les politiciens du Bénin en porteront la responsabilité. Si vous conduisez le pays dans la déchéance, l’armée est là pour aviser. Donc, ne venez pas dire dans mon bureau que j’en porterai la responsabilité… »


 


 

 
 
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Tag(s) : #Politique Béninoise
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