24 juillet 2010
BENIN: Sous le régime du roi Boni 1er, les pratiques corruptives sont devenues la règle et la bonne gouvernance, l’exception.
La corruption : une pieuvre devenue meilleur outil de gestion sous le changement. Les Musulmans s’orientent grâce au Coran ; les Chrétiens se réfèrent à la Bible ; les Républiques dignes du nom ont pour repère leur Constitution. Le Changement, lui aussi, a choisi sa boussole : la Corruption ! Après l’Immigration ‘choisie’ pour combattre l’Immigration ‘subie’ dans la France de SarKozy, le Bénin de Boni Yayi a lui aussi trouvé sa voie : la Corruption ‘choisie’ pour faire oublier la Corruption ‘subie’
Ces dernières années, plus précisément depuis l’année 2006, les actes de corruption et leurs corollaires se multiplient, au vu et au su de tous, à un rythme si effréné que désormais le constat ne fait plus l’ombre d’un doute : sous le régime dit du Changement, les pratiques corruptives sont devenues la règle et la bonne gouvernance, l’exception. Célébration tournante de la fête de l’indépendance, acquisition d’un avion présidentiel, mécanisation de l’agriculture, programme de microcrédits aux plus pauvres, organisation d’un sommet sous-régional (Cen-sad), etc., difficile de trouver un acte d’envergure posé par le gouvernement ou un programme initié sous ses bons auspices qui ne soit régenté par les lois inscrites dans ‘‘le manuel de procédure des corrompus débutants’’. Autrefois perçu, et à juste titre, comme un fléau, le phénomène a pris dans la gestion de la cité des proportions telles qu’on se croirait aujourd’hui en pleine célébration de l’âge d’or de la corruption et des pratiques assimilées. Jean-Baptiste Elias, figure incontournable dans la lutte contre la corruption au plan national, et ses amis de l’Olc (Organisation de lutte contre la corruption), ne disent pas autre chose quand ils étalent périodiquement la ‘‘bonne santé’’ de la corruption dans leur « rapport sur l’état de la corruption au Bénin ». De la corruption « subie » à la corruption « choisie » Les ‘‘vases communicants’’ rémunérés pour la cause, dans leur discours redondants sur la question, martèlent à l’occasion que la Corruption, ce cancer de la gouvernance, est un mal qui, à des échelles différentes, gangrène tous les régimes au monde. Dans cette école de pensée, qui emprunte sans scrupule aux méthodes de nivellement par le bas, l’on oublie seulement de préciser que, à la différence des républiques démocratiques dont le pays devrait s’en revendiquer, la corruption sous le Changement n’est pas encore (pas du tout) perçue comme une pratique occulte et répréhensible. On n’en use, en abuse, machinalement, ostentatoirement. De sorte que ce qui, en temps normal, relève d’un accident voire un incident de parcours, s’est transformé, sous nos yeux, en fait banal.
Au demeurant, ce qu’on range sous le vocable de ‘‘scandales sous le changement’’ n’est en définitive que les suites logiques d’une politique qui peine à trouver la méthode qui vaille pour lutter contre la corruption. Des travers tel que le clientélisme politique (comme condition sine qua non d’octroi de marchés publics) ; la répression voire la persécution (à l’encontre des opérateurs économiques coupables de n’avoir pas fait acte d’allégeance) ; l’institutionnalisation de la pauvreté aux fins d’instrumentaliser les masses laborieuses (pauvres femmes dites pauvres !) ; les accointances tutélaires vis-à-vis des confessions religieuses (sur fonds de bondieuseries et de rapports occultes voire mafieux où les espèces sonnantes et trébuchantes sont élevées aux rangs des dieux) ; la caricature et partant la désacralisation de nos us et coutumes à travers l’avilissement des gardiens de nos traditions (les têtes couronnées) volontairement confinées dans un rôle d’écumeurs de salles de manifestations sociopolitiques en quête de jetons de présence. On y passera la nuit, qu’on n’épuisera pas les exemples quasi-quotidiens, d’une gestion des affaires de la Cité où l’affairisme, le trafic d’influence et l’ambition de tout régenter (sur le dos des deniers publics) ont pris le pas sur le souci de transparence, le devoir du compte rendu, de l’équité et de toutes ces valeurs qui fondent la bonne gouvernance. Dans sa « rupture » et sur le chapitre de la lutte contre le fléau social de référence en France, Sarkozy avait trouvé sa formule : l’Immigration ‘choisie’ et non plus l’Immigration ‘subie’. Il faut croire que dans le cadre de son changement et pour le chapitre qui se rapporte au fléau social de référence au Bénin, nous aurions aussi trouvé notre formule : la corruption ‘choisie’ pour mettre fin à la corruption ‘subie’.
Ainsi donc, comme il est loisible d’en faire la démonstration, le plus alarmant dans la gestion du pays sous le Changement n’est pas le constat selon lequel les pratiques corruptives dictent leurs lois et tendent à s’imposer à tous. De fait, au-delà de tous les effets dévastateurs de pareil état de choses, il y a pire : le régime en place donne le sentiment non pas de subir, mais d’avoir délibérément et très consciencieusement choisi de laisser prospérer les nids propices, de telle sorte que la corruption n’a eu qu’à faire tranquillement son lit douillet dans les tissus sociopolitique, des finances et de l’économie nationale. En définitive, le problème n’est donc pas la corruption, mais le choix fait par nos dirigeants actuels, de gouverner par les canaux de cette pieuvre sociétale.
Les victimes d’un système contre-productif
Tout naturellement, un système qui décide de marquer son époque par les canons de la corruption doit obéir à quelques règles bien établies. Dans le cas particulier des opérateurs économiques, la carte d’appartenance au parti politique de référence prime sur la paperasse officielle (registre de commerce, attestation fiscal et autres chiffons de papiers). Parce que, dans l’effort national de renouvellement de bail au Prince régent par l’achat des consciences, il y a urgence à s’assurer que tous les détenteurs d’un quelconque pouvoir financier ne rameraient pas à contre-courant. C’est ainsi que sur la base du principe : « tous ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi », le pays a parfois vécu au rythme d’un feuilleton de chasse à l’homme où, s’il était officiellement question « de la lutte contre la corruption » (la grosse blague), toutes les victimes et autres cibles avaient en commun cette troublante similitude que, sur le moment des faits qui leur étaient reprochés, ils ne partageaient pas la même vision politique que le Prince-régent. Un opérateur mobile de norme Gsm n’aurait pas eu d’autres choix que de se saigner à hauteur d’un milliard et demi environ pour survivre à un redressement fiscal qui ambitionnait visiblement de contraindre la structure à mettre la clé sous le paillasson. Les nombreux emplois qui étaient ainsi menacés ? On les aurait classés dans la rubrique des dégâts collatéraux, sans plus. A la guerre comme à la guerre. On n’oubliera pas à travers ce cahier de morceaux choisis, l’aventure politique de cet opérateur économique connu aussi pour ses largesses, dons, legs et autres libéralités qui dépassent parfois l’entendement. Se croyant sans doute dans une démocratie, l’homme a eu l’outrecuidance de prêter son nom à la présidence d’honneur d’un parti politique. Le premier cité, Sassif (nom d’emprunt) consignera peut-être un jour dans un livre ce qui serait advenu de ses camions gros-porteurs, s’il n’avait eu la bonne intelligence de revenir rapidement à la raison (d’Etat). Sébastien Adjavon peut crier sur tous les toits qu’il est le plus gros contributeur de l’Etat en ristournes fiscales ; un régime qui a instauré la corruption comme support, socle et mode d’emploi pour sa pérennité, ce régime-là, s’il existe, s’activera inlassablement à ses combines aux fins de faire comprendre à notre brave opérateur économique que la seule contribution qui vaille est celle qui se mesure en termes de nombres d’électeurs potentiels qu’on est capable de mobiliser pour la cause. Aux termes de certaines analyses sur la gestion de la nation à l’ère du changement, certains vont parfois à une conclusion hâtive à travers laquelle ils disent ne pas être étonnés que, avec de pareilles méthodes, l’on n’ait vu émerger aucun vrai milliardaire sous le régime émergent du Changement. Aucun ? Guy Akplogan (Icc-Services) : il est bien devenu milliardaire sous Boni Yayi ! Quant au communiqué du patronat béninois qui passe depuis plusieurs jours sur les chaînes de télévision et relatif à la ‘’martyrisation ‘’ des sociétés privées, il vient corroborer tout le mal qui se dit du système actuel. Les opérateurs économiques dénoncent les persécutions qu’ils endurent et qui freinent leurs activités. Preuve que le mal atteint des proportions difficiles à maîtriser.
Le Canard de la semaine
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