4 juin 2014
BENIN - Vie économique : Yayi Boni déclare la guerre à Samuel Dossou-Aworêt
Et de …plusieurs ! Après Séfou Fagbohoun, Mathias de Chacus, Sébastien Ajavon, et tout récemment Patrice Talon, Yayi Boni vient une fois encore de faire une victime : Samuel Dossou- Aworêt. Le monarque de Tchaourou vient d’arracher un marché gagné régulièrement par Dossou pour le confier à Vincent Bolloré.
Hier dans la matinée, la grande gare de Cotonou (photo) a subi les coups de burins. La toiture complètement enlevée. Il en est de même pour la plupart des bâtiments de cette gare. C’est du Bolloré en action. Pour ces réparations ou rafistolage, le groupe Bolloré a fait un devis d’environ 350 millions de nos francs. Evidemment, c’est le budget national qui en fera les frais.
Mais, le plus important, c’est que de facto, Bolloré venait ainsi de commencer un marché qu’il n’a pas gagné mais que le gouvernement lui a offert sur un plateau d’argent. Un marché gagné par un Béninois mais que le gouvernement arrache pour le confier à un expatrié. En l’occurrence Vincent Bolloré.
Malgré les cris de détresse des employés de l’Ocbn (Organisation commune Bénin-Niger) qui auraient bien voulu avoir à faire à un compatriote qu’à un colon, Yayi Boni s’est entêté et a franchi le rubicond. La politique de Yayi Boni vis-à-vis de ses compatriotes est claire : les richesses du pays doivent aller aux étrangers. Ainsi, les Libanais, les Sénégalais, les Français, les Chinois…sont les protégés du président Yayi Boni. Quant aux nationaux, ils sont condamnés à jouer les seconds rôles. Car, pour les dirigeants actuels, il serait trop dangereux d’avoir des nationaux puissants capables d’influencer la vie économique et politique. Pour cela, il faut tout confier aux étrangers.
Cette attitude du président béninois risque d’avoir des conséquences plus dramatiques que celles de Bénin Control S.a. Car, il s’agit ici d’un contrat parafé par deux nations : le Bénin et le Niger. La réaction de nos frères nigériens est à craindre. D’ailleurs, le président du Conseil d’Administration de l’Ocbn n’est pas allé par quatre chemins : « Le Conseil d’Administration de l’Ocbn écrit-il,….encourage le Comité conjoint de pilotage à poursuivre ses efforts et à entrer en négociations financières avec le groupe Petrolin (Groupe de Samuel Dossou-Aworêt, Ndlr) retenu par les deux Etats » (Doc n° 01). De même, par une lettre conjointe des gouvernements béninois et nigérien, représentés par leurs ministres des Transports, il a été donné au groupe Petrolin Trading Ltd, la concession du réseau ferroviaire Bénin-Niger (Doc n° 02). « Ainsi, dit la lettre, sur la base du procès verbal des négociations des 12 et 13 juillet 2010, nous notifions l’adjudication de la concession de la gestion et de l’exploitation du réseau ferroviaire Bénin-Niger à Petrolin Trading Ltd… ».
Risque d’incidents diplomatiques
Or, voici qu’unilatéralement, le gouvernement béninois décide d’exproprier Samuel Dossou-Aworêt et de confier ce marché à Vincent Bolloré. Que diront nos frères nigériens ? N’allons-nous pas vers des incidents diplomatiques qui risquent de paralyser ce projet fédérateur ? Le président Yayi Boni a-t-il informé son homologue nigérien de cette rupture abusive du contrat liant les deux pays à Samuel Dossou-Aworêt ?
Mieux, le Bénin vient d’être condamné à payer 160 milliards de nos francs à Benin Control S.a. Cette histoire n’a pas fini de faire des vagues que déjà le président Boni Yayi fonce tête baissée vers un autre problème qui risque de lui coûter très très cher.
L’Ohada risque de condamner une fois encore le Bénin. Samuel Dossou-Aworêt qui a déjà mobilisé son investissement ne se laissera sûrement pas faire. Car, lorsque des banquiers se comportent comme des délinquants, la seule issue possible, c’est la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’Ohada.
Dès à présent, on peut affirmer que la Table Ronde de Paris est mort-née. Une table ronde qui tombe dans une atmosphère viciée où le gouvernement se comporte comme une association de malfaiteurs dont le seul objectif est de détruire ses propres nationaux au détriment des étrangers. « Table ronde de Paris ? Connais pas », se disent les quelques rares opérateurs économiques béninois capables de conduire des projets colossaux jusqu’à leur aboutissement. Le gouvernement a choisi le Pdg de Nocibé, Latfallah Layousse (Sénégalo-libanais), pour prendre la parole à cette Table ronde ; suivi de Aliko Dangoté (Nigérian) et de Vincent Bolloré (Français). Le seul Béninois qui devrait prendre la parole est Ajavon, qui a amèrement décliné l’offre.
De toute façon, ces affaires risquent de conduire le président Yayi Boni plus loin qu’il ne l’imagine. Dommage ! C’est le Bénin qui en pâtira. A la fin des fins.
Charles Toko
Source : Le Matinal
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)