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Guinée

 

09/10/2009

 


Lundi 28 septembre 2009, 51 ans exactement après le référendum du 28 septembre 1958, les militaires ont ouvert le feu sur des manifestants pacifiques réunis au stade de Conakry. Bilan: près de deux cents morts. Après 8 mois d’exercice du pouvoir la junte aux commandes en Guinée, commence par écrire l’histoire de son pays avec du sang, au mépris du respect des libertés démocratiques.


Le lundi 28 septembre dernier, une foule immense s’est réunie pacifiquement au stade de Conakry, sous la direction de personnalités et responsables d’organisations politiques. L’unique et simple objectif de la rencontre était de faire pression sur la junte au pouvoir pour qu’elle s’en tienne à sa parole donnée en décembre 2008: organiser les élections présidentielles et se retirer dans les casernes. Tout d’un coup, cette pacifique rencontre prit une tournure dramatique. Les populations firent l’objet d’un massacre barbare de la part de la garde présidentielle et du bataillon aéroporté (Bata) sous la conduite de proches du capitaine Moussa Dadis Camara. Plus de 150 personnes abattues à bout portant par des militaires enragés qui avaient pour mission: «tuer ou se faire tuer; prouver aux opposants politiques que le pays est gouverné et leur dire qui est au pouvoir». On ne compte plus les blessés graves. Certains succombent sans arrêt suite à leurs blessures depuis ce malheureux événement. Les organisations humanitaires sont débordées. Par trop pleines, les morgues de Conakry craquent. Pour sauver la face, Dadis ordonna à ses troupes l’enlèvement secret de dizaines de corps et leur inhumation clandestine dans des fosses masquées. Les populations peinent toujours à localiser ces dernières. Dans le même temps, telles des fauves, les dirigeants d’organisations politiques, taxés d’opposants au régime du 23 Décembre, sont partout traqués. A nouveau, Conakry est inondée de sang; le sang d’innocents fils et filles du peuple guinéen. La dernière fois c’était le 18 janvier 2007. Le peuple manifesta alors contre le régime de triste mémoire de Lansanna Conté, pour la liberté et le pain. Bilan: des centaines de vies perdues.
Cette fois ce sont les bérets rouges du capitaine Moussa Dadis Camara qui s’illustrent en monstruosité contre le peuple qui ne demande qu’à exercer son droit légitime de choisir librement ses dirigeants. Alors on fusille des masses comme des bêtes sauvages, ça viole et ça inflige des sévices sans noms aux femmes.
Le fait est que, les troupes du camp Alpha Yaya, lancés tels des chiens enragés contre les populations guinéennes le lundi 28 septembre 2009, ne répondent en rien aux critères d’armée républicaine disciplinée. C’est en fait un ramassis d’éléments incontrôlables, de l’aveu même du chef de la junte qui reconnaît son incapacité à en assumer la direction. Pire d’anciens miliciens du Liberia et autres grands bandits de forêts tropicales y ont été embrigadés. Avec un tel cocktail, il fallait s’attendre à tout!

 

Comment en est on arrivé là?

: Lundi noir à Conakry


Au lendemain de l’installation de la junte au pouvoir Dadis Camara, a déclaré tapageuse-ment que l’armée n’avait nul-lement l’intention de s’éterniser à la tête de l’Etat. A l’entendre, sa junte se donnait pour mission d’organiser au plus tôt les élections présidentielles, de passer la main au gagnant et de s’éclipser. Mais, les perspectives économiques en ont décidé autrement!
En effet, parmi elles comptent: la révision à la hausse des retombées d’exploitation des ressources minières dont regorge le sol guinéen (bauxite, fer, or etc.), la récente découverte d’importants gisements de pétrole au large des côtes guinéennes etc. Du coup, les puissances et leurs agents dont les intérêts sont sauvegardés sous le régime actuel appuient Dadis pour qu’il renonce à quitter le pouvoir. Déniant au peuple guinéen le droit de choisir librement ses dirigeants, on conseille au capitaine de troquer, ni plus ni moins le treillis contre le boubou aux prochaines élections.
Le peuple guinéen dit non à ce complot et exige que Dadis tienne parole. D’ailleurs cette réaction a eu un écho favorable de par le monde, en particulier auprès des peuples et de l’organisation de la communauté économique d’Afrique de l’ouest (Cedeao) à travers l’ultimatum de cette dernière à Camara. Le problème prit alors une dimension internationale évidente. De l’autre côté d’autres puissances et leurs agents qui se préparent âprement à hisser au pouvoir leurs hommes de main pour la sauvegarde de leurs intérêts exigent aussi de Dadis de tenir parole. Ce dernier groupe soutient la légitimité du peuple guinéen à élire librement ses dirigeants. Ainsi s’opposent à travers les masses, deux camps d’intérêts en Guinée.
Mais l’aspect fondamental de cette situation, c’est la juste lutte de l’immense majorité du peuple guinéen pour se donner le gouvernement de son choix. Le peuple guinéen a, le bon droit de son côté; Dadis doit s’exécuter en se retirant.

 

La position du peuple béninois sur cette situation est claire!

 

 


Du Sud au Nord, de l’Est à l’ouest, les populations béninoises proclament sans réserve que le peuple guinéen a le droit inaliénable et la liberté de se donner les dirigeants qu’il veut. Tous les secteurs de l’opinion béninoise condamnent sans équivoque le massacre barbare du lundi 28 septembre dernier, perpétré par la junte. Les femmes béninoises ne sont pas en reste. Individuellement, par groupes, et aussi à travers les dirigeantes de leurs organisations; elles clament leur opposition farouche à la barbarie orchestrée par Dadis en Guinée, en particulier le massacre de vies humaines et les violences faites aux femmes. De façon générale à travers tout le pays, les propos sont essentiellement les mêmes sur toutes les lèvres. Les masses béninoises appuient sans réserve l’exigence du peuple guinéen que les élections présidentielles soient organisées au plus tôt et que le capitaine Dadis Camara tienne parole en sa qualité d’officier. Qu’il ne soit pas candidat et que les militaires retournent sans autres formes de procès dans les casernes. L’opinion générale est qu’il faille faire confiance au peuple guinéen qui saura trouver après les élections, les voies et moyens pour tirer au clair les tenants et les aboutissants du massacre, situer les responsabilités quant aux acteurs et commanditaires, pour leur infliger des châtiments mérités.
Il faut dire que tout en étant conscientes des vertus du dialogue, les populations émettent en effet des réserves quant au processus et à l’issue de toutes médiations. Au reste, les médiations menées ou en cours au Togo et en Côte d’ivoire ont du mal à combler les espoirs placés en elles. Mieux vaudrait des mécanismes politiques, diplomatiques ou sécuritaires plus rassurantes pour aller aux élections au plus tôt afin que le sud ouest de la sous région ne devienne une zone à coups d’Etat endémiques, et contagieux.
D’un autre côté, certaines indiscrétions rapportent que les organisations béninoises des droits de l’homme ne tarderont pas à donner de la voix sur cet odieux crime du 28 septembre. Ce malheureux événement a offert aussi l’opportunité aux différents faisceaux de l’opinion de notre pays, de renouveler leur soutien à l’ensemble des patriotes qui conduisent la lutte de notre peuple contre les régimes corrompus et faillis qui barrent la voie à notre émancipation.
Aux yeux de nombreuses personnes, cet engagement est la forme la plus importante de soutien du peuple béninois au peuple guinéen et à tous les peuples de par le monde.
Mais beaucoup de gens n’arrivent pas à s’expliquer sur la persistance du lourd silence de notre gouvernement sur cet événement. Ils estiment que, de même que des pouvoirs près ou loin de la Guinée ont ouvertement pris position sur ce massacre, de même, le gouvernement béninois se doit de faire une déclaration publique. Par ailleurs la cohorte des organisations qui forment sa base politique et sociale se doit de se prononcer sans équivoque sur cet événement pour que le peuple béninois sache à quoi s’en tenir. A les entendre, l’absence d’une position catégorique de notre gouvernement aggraverait la confusion qui règne dans l’esprit des gens du fait de son mutisme inquiétant sur la crise institutionnelle et politique au Niger du président Mamadou Tanja. Plus grave, de plus en plus, grand nombre de critiques estiment que la persistance d’un tel silence accréditerait certainement la thèse selon laquelle le régime entrevoit fréquenter. cette école Peut être faut il se faire moins de soucis à ce propos. Car comme il frotte bien avec d’anciens tortionnaires de notre peuple, ceux-ci ne manqueront pas certainement de lui réitérer que les peuples ont leurs spécificités propres qu’il faut se garder de mépriser.
Cela dit, ce serait tiré par les cheveux que d’expliquer en quoi cette période précise serait la meilleure pour tester les canons à eau destinés à réprimer les mouvements populaires.
Enfin avec les élections présidentielles qui se profilent à l’horizon, peut-être faut-il dire que ce qui vaut pour le régime en place, vaut aussi pour les aspirants à la magistrature suprême. Aussi, les différents états major de ces aspirants ne peuvent-ils rester ni sourds, ni aveugles, ni muets face à la situation en Guinée. Ils se doivent de se prononcer pour rassurer l’électorat et fixer le peuple.
Dr Jean A. Odjo

Source: La Croix du Bénin



 

 
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Tag(s) : #Politique Africaine
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