Afrik.com : Boko Haram est à nouveau au cœur de l’actualité depuis les attentats de Noel qu’elle a revendiqué. Mais la secte est méconnue. Qui se cache derrière Boko Haram ?
On ne sait pas trop qui se cache derrière cette organisation. On ne sait pas non plus qui en est le chef. C’est une forme de nébuleuse dont tout le monde parle sans savoir de quoi il s’agit. Même les autorités nigérianes ne savent pas réellement à qui elles ont à faire. La preuve en est que le président Googluck Jontahan tente régulièrement d’envoyer des émissaires pour discuter avec le groupe mais ils ne trouvent pas d’interlocuteurs. Des chercheurs mènent des études pour répondre à toutes ces questions. Il faut être très prudent lorsqu’on parle de cette organisation. Il y a beaucoup de supputations de part et d’autre. Contrairement aux idées reçues, Boko Haram n’est pas composée que d’islamistes. C’est une organisation très complexe en réalité. D’ailleurs jusqu’à mi-2010, les attaques que menait Boko-Haram n’étaient pas à l’encontre de la communauté chrétienne mais contre les musulmans. C’était une guerre interne entre musulmans sunnites, on peut même parler de règlement de compte. Ce n’est que fin 2010, que Boko Haram a commencé à s’en prendre aux chrétiens. Pourquoi ce changement de cible ? Je ne sais pas. Il est encore trop tôt pour répondre à cette interrogation.
Jean Christophe Servant
Afrik.com : Hormis les islamistes, de quels autres membres est composée Boko Haram ?
Jean Christophe Servant Boko Haram est composée de militaires démobilisés de l’armée nigériane. Comme on peut le constater, le groupe utilise du matériel militaire explosif très sophistiqué pour mener ses attaques. On y trouve aussi des criminels qui veulent déstabiliser le pouvoir central, et aussi une partie de la jeunesse nigériane, originaire du nord du pays, désespérée par ses conditions de vie très dures. Lorsque vous avez une jeunesse sans perspective d’avenir, il est en effet très facile de l’instrumentaliser. Il y a notamment d’anciens membres de l’organisation islamiste Maitacine, qui a sévit dans le pays durant les années 90, bien avant Boko Haram. Maitacine, originaire du nord du pays, revendiquait un islam très radicale et fondamentaliste, avec en ligne de mire l’instauration de la charia. Mais l’organisation a été durement réprimée par les autorités du pays. Il faut aussi savoir que dix Etats du Nord du Nigeria appliquent la politique de la charia. Les populations au début avaient porté beaucoup d’espoir sur cette politique de la charia, croyant que leurs conditions de vies allaient s’améliorer. Mais elles ont été très déçues car elles n’ont pas vu de changement. La charia n’a pas été au bénéfice des plus pauvres.
Afrik.com : Boko Haram n’est pas composée que d’islamistes. Donc quels sont les intérêts des autres composantes du groupe ?
Jean Christophe Servant
Afrik.com : Pouvez-vous nous expliquez les interêts que certains Nigerians peuvent avoir en se revendiquant de Boko Haram ?
Jean Christophe Servant
Afrik.com : Comment vivent les populations du sud ?
Le Sud du Nigeria qui s’est développé profite beaucoup plus des ressources du pétrole que le nord. Il est même très probable que des groupes politiques du nord, qui réclament une meilleure redistribution de l’argent du pétrole, se revendiquent de Boko Haram, à travers différentes attaques, pour envoyer un signal au pouvoir. Aujourd’hui, le Nigeria vit une situation politique inédite, avec l’arrivée au pouvoir du président Goodluck Jonathan qui est sudiste, et issu d’une ethnie minoritaire, Idjo. Ces prédécesseurs étaient généralement originaires du nord. Même le chef d’Etat major de l’armée qu’il a nommé est sudiste contrairement aux précédentes années. C’est donc une géométrie inédite. La composition ethnique des forces au Nigeria a changé.
Jean Christophe Servant
Afrik.com : Quels sont aujourd’hui les véritables attentes du peuple nigérian ?
Jean Christophe Servant Aujourd’hui, il est sur que les principales préoccupations des Nigerians ce n’est pas Boko Haram mais la réduction du prix de l’essence qui ne cesse de grimper. Plus de la moitié de la population du Nigeria vit avec moins de deux dollars par jour. On assiste à l’émergence d’une classe moyenne à Lagos et à Abuja, mais que représente-t-elle face aux millions de Nigerians ? Cette classe moyenne est d’ailleurs généralement composée d’occidentaux qui sont complètement coupés des réalités du pays. Il y a beaucoup de colère de la part de la population due aux conditions de vie très difficiles dans le pays.
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