Publié le 24 janvier 2011
La date du 27 février 2011 est-elle raisonnable ? A première vue, convoquer le corps électoral aussi tôt que possible apparaît comme une bonne initiative du Chef de l’Etat qui a tenu non seulement à respecter la constitution mais aussi à prendre en compte la pression populaire qui se fait de plus en plus forte.
C’est la constitution qui prescrit en son article 47 que le premier tour de l’élection a lieu au plus tard 30 jours avant la date d’expiration des pouvoirs du Président en exercice. De ce fait donc, Boni Yayi devait convoquer le corps électoral au premier tour pour au plus tard le 06 mars.
Il s’est donné pourtant une marge d’une semaine (le 27 février) en prenant ainsi en compte la date du 15 février prévue par la CPS pour livrer les résultats définitifs de la Lépi. En misant sur la distribution des cartes d’électeurs qui devrait prendre quinze jours selon l’article 34 de la loi sur la Lépi ainsi que les huit jours prévus par le même article pour les retardataires, il faut en tout 23 jours pour distribuer les cartes.
Tout calcul fait, la seule distribution des cartes d’électeurs pourrait commencer du 15 février jusqu’au 8 mars. Mais la Constitution elle-même impose un délai qui court jusqu’au 06 mars, date que nul ne saurait excéder. Dans ces conditions, la date du 27 février est pour le moins intenable au regard de la loi. Elle devra être repoussée au 06 mars, pour respecter (un peu) les dispositions de la loi 2009-10 sur la Lépi.
L’appareil électoral tout entier en retard, se négocie ainsi dans un mouchoir de poche, malgré les mises en garde de la société civile. Que ce soit l’installation de la CENA qui ne s’est jamais faite avec un si grand retard ou la mise en place de la liste électorale, le scrutin présidentiel de cette année se réalise sous la pression du temps.
La marche du processus ne s’est mise en place qu’avec le forcing ponctué de manifestations de rue pour empêcher la Lépi réalisée à « marche forcée ». Le temps qui court et n’attend pas est le principal ennemi de la lenteur des acteurs qui ne s’empressent guère. A force d’arrangements divers pour contenter les diverses chapelles qui les constituent, tous les acteurs ont pris en otage la loi et ses prescriptions. Et voilà qu’au bout de la longue guéguerre, tout le monde en est à se demander si les élections auront lieu réellement à bonne date.
Il est évident dès lors que la mise en place imminente de la CENA donnera droit à une course contre la montre. Une course contre le temps qui s’en va et qui n’attend guère. De manière raisonnable, les élections prochaines, si elles doivent se dérouler avec la Lépi (variable la plus plausible), ne pourraient qu’être reportées d’une semaine pour tenir compte des prescriptions constitutionnelles et légales.
Mais en plus, la Cena qui devrait être installée cette semaine ne disposera pas d’assez de temps pour mettre en place ses démembrements départementaux et communaux, former les agents électoraux sur tout le territoire à la nouvelle loi et mettre en route tout le matériel nécessaire avant le 27 février, c’est-à-dire dans un mois.
En même temps, il faut se demander de combien de temps la CPS-Lépi dispose pour procéder au dédoublonnage qui apparaît comme une étape cruciale du processus. Et pendant ce temps, la campagne électorale qui devrait être de deux semaines commence normalement le 13 février, c’est-à-dire avant que les cartes d’électeurs ne soient disponibles et distribuées, avant donc que ne soit officiellement connue la composition du corps électoral.
L’incertitude du temps et la précipitation bien béninoise en ces périodes de grandes manœuvres obligent à un report d’une semaine pour corriger encore quelques-uns des ratés gigantesques qui se préparent. Même avec cette gymnastique, tout se jouera dans un mouchoir de poche compte tenu des retards accumulés.
Dans tous les cas, la confusion qui s’instaure inexorablement n’est que la rançon des querelles interminables créées par la Lépi. Et le report lui-même n’est qu’une solution à une masse de problèmes aussi sérieux les uns que les autres. Et le dernier, last but not the least, le voici : et si Yayi refusait de repousser la date comme l’exigent la loi et la raison ?
Olivier ALLOCHEME
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