| Pointé du doigt, depuis plusieurs années, comme le principal auteur des reports successifs de l’échéance électorale, Laurent Gbagbo veut reprendre la main. Par Louis S. Amédé, Abidjan La météo politique ivoirienne ne risque pas d’être des plus apaisée sur les bords de la lagune Ebrié, les jours prochains. Et pour cause, le climat politique tendu (avec une surchauffe au cours des deux dernières semaines) dans lequel baigne la Côte d’Ivoire depuis l’éclatement, début janvier, de l’affaire du croisement parallèle portant sur 429 000 cas contentieux, vient d’emporter non seulement la Commission électorale indépendante (Cei) mais également le gouvernement. Faisant usage de l’article 48 de la Constitution qui lui en donne le pouvoir, le président Gbagbo, a décidé, dans l’après midi du vendredi 12 février 2010, « de dissoudre la CEI, … de dissoudre le gouvernement. (Mais) de reconduire le Premier ministre Soro dans ses fonctions… chargé de (lui) proposer, dès lundi 15 février 2010, un gouvernement de crise au service des Ivoiriens et non des partis politiques ». Courte adresse Fréquemment pointé du doigt comme le principal responsable des multiples reports des échéances électorales, le chef de l’Etat ivoirien, semble, avec ces « mesures », avoir opté pour une reprise de la main dans le processus. « Afin de mieux assumer les développements », justifie un de ses proches. Laurent Gbagbo s’est voulu très clair sur la mission de ce nouveau gouvernement dit de crise : « conduire, sous l’autorité du président de la République et du Premier ministre, les dernières actions nécessaires pour sortir la Côte d’Ivoire définitivement de la crise ». Dans la courte adresse qu’il a faite à la nation, il a justifié ces mesures par la nécessité de « lever toute hypothèque sur le processus de paix et permettre à la Côte d'Ivoire d'aller, en toute confiance, à des élections propres ». Car, déplore t-il « qu’au moment où nous pensions être au bout de nos efforts pour avoir des élections propres, nous constatons qu'en réalité le processus de paix que nous avons patiemment élaboré est pris en otage par des partis politiques à travers leurs représentants au sein des institutions chargées de le mettre en œuvre ». L’article 48 L’arme de l’article 48 de la Constitution, le chef de l’Etat en avait déjà joué pour valider de facto la candidature à la présidentielle des différents porte-étendards des partis politiques, partie à la table ronde de Linas Marcoussis. Un peu prise de court par cette situation nouvelle, l’opposition n’entend cependant pas rester les bras-croisés. En attendant, une seule certitude, l’échéance de février-mars prévu par le dernier Cadre permanent de concertation (CPC) de l’Accord politique de Ouagadougou pour le premier tour la présidentielle ivoirienne, vient de voler en éclats. Déclaration du Président de la République Ivoiriennes, Ivoiriens, Mes chers compatriotes, Chers amis de la Côte d'Ivoire. Depuis près de deux mois, une grave crise secoue la Commission électorale indépendante (Cei). Comme nous le savons, en particulier à l'issue de l'enquête diligentée par le procureur de la République près le tribunal de première instance d'Abidjan Plateau, le président de cette institution, Monsieur Robert Beugré Mambé, a mené une opération illégale, visant à obtenir l'inscription frauduleuse de 429 030 personnes sur la liste électorale. Cette affaire intervient alors que nous sommes dans la dernière phase de l’établissement de la liste électorale, dernière étape vers l'organisation du scrutin présidentiel. Ainsi, au moment où nous pensions être au bout de nos efforts pour avoir des élections propres, nous constatons qu'en réalité le processus de paix que nous avons patiemment élaboré est pris en otage par des partis politiques à travers leurs représentants au sein des institutions chargées de le mettre en œuvre. Le président de la Commission électorale indépendante n'a pas agi conformément à ce que la nation était en droit d'attendre de lui à savoir, demeurer rigoureux, neutre et impartial. C'est dans ce contexte que l'on voit se multiplier des attaques contre les symboles de l'Etat: des tribunaux saccagés à Divo, Man, et Katiola. Des sous-préfectures incendiées, notamment dans le département de Vavoua. Ces faits montrent que nous ne sommes pas face à une simple crise dans la crise. Au-delà du processus électoral, c'est l'Accord politique de Ouagadougou dans son ensemble que l'on veut saboter. Je rappelle que cet accord, signé entre les Forces nouvelles et le Président de la République, vient de notre volonté de donner un instrument à la Côte d'Ivoire pour aller à la paix. Il nous a permis de faire des progrès qu'aucun autre instrument ne nous avait donné l'occasion de réaliser. Nous n'avons aucune raison de l'abandonner. Au contraire, nous devons lever tous les obstacles à sa mise en œuvre. Aujourd’hui, malgré tous les acquis, le processus de paix est à nouveau en panne. Nous sommes toujours face aux mêmes circonstances qui nous ont amenés hier, à prendre des mesures exceptionnelles pour ouvrir une perspective de paix à notre pays. C'est pourquoi, afin de lever toute hypothèque sur le processus de paix et permettre à la Côte d'Ivoire d'aller, en toute confiance, à des élections propres, je prends, en vertu de l'article 48 de notre Constitution, les mesures suivantes: - Premièrement, la Commission électorale indépendante (Cei) est dissoute. Je demande au Premier ministre de me proposer dans un délai de sept jours, à compter d'aujourd'hui, le format d'une nouvelle Commission électorale crédible, qui pourra organiser des élections justes et transparentes. - Deuxièmement, le gouvernement est dissous. Je reconduis le Premier ministre Soro Guillaume, dans ses fonctions. Il est chargé de me proposer dès le lundi 15 février 2010 un nouveau gouvernement. Je veux, pour la Côte d'Ivoire, un gouvernement de sortie de crise. Un gouvernement au service des Ivoiriens et non aux ordres des partis politiques. La mission de ce gouvernement sera de conduire, sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre, les dernières actions nécessaires pour sortir la Côte d'Ivoire définitivement de la crise. Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire Je vous remercie. Source: Les Afriques |