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Les révélations de Osho sur la génèse de la conférence nationale du Bénin

 

10 novembre 2009 par La Presse du Jour 

 

Osho internet

 

A Berlin il y a 20 ans, le mur a commencé par se fissurer, il craquait et puis s’effondra, faisant souffler un vent de liberté sur l’Europe de l’Est. L’onde de choc s’est propagé jusqu’en Afrique. Le Bénin était à l’époque un régime calqué sur le modèle communiste, une RDA en miniature. Pierre Osho était le Directeur de cabinet du Général Mathieu Kérékou, Président de la République populaire du Bénin à l’époque et il a joué un rôle clé dans la perestroïka, version béninoise. C’est ce Pierre Osho qui a été reçu hier matin par notre confrère Christophe Bouabouvier de Radio France Internationale. Pour Pierre Osho, la chute du mur de Berlin est une prémonition du Général Mathieu Kérékou  trois ans plus tôt.


 

Pierre Osho Bonjour !

 

Bonjour.

 

 

Quels souvenirs gardez-vous de la chute du mur de Berlin ?

 

Naturellement des souvenirs encore vivaces. J’étais Directeur de cabinet du Président Kérékou, et je me souviens avoir eu connaissance de l’annonce de cet événement par Rfi justement. Dans le quart d’heure qui a suivi, je me souviens que l’attaché de presse du Président de la République est monté me voir dans mon bureau pour me soumettre une note et j’ai aussitôt introduit ce papier au Président Kérékou, avec une mention personnelle disant à peu près ceci : « Mon Général, votre prémonition de 1986 est devenue une réalité. Le mur de Berlin est tombé ».

 

 

Ah bon ! Le Président Kérékou avait prévu le fait trois ans à l’avance !


Oui ! C’est une petite anecdote. Le Président Kérékou s’était rendu en visite officielle en République démocratique Allemande (RDA) au cours de l’année 1986. Il a été organisé en son honneur un banquet officiel. Et c’est au cours de ce banquet qu’après avoir servi son discours, il s’est lancé dans une improvisation assez surprenante pour les usages diplomatiques. C’est à cette occasion-là qu’il a dit « qu’aucune contradiction au sein d’une Nation ne peut justifier la partition de la société. Le mur du Berlin pour nous les Africains, c’est vraiment le mur de la honte ». Evidemment cette déclaration avait fait sensation, même si c’était une bourde diplomatique. A partir de cet incident, nos relations avec la RDA se sont quelque peu rafraîchies.

 

 

Après la chute du mur, j’imagine que le Président Mathieu Kérékou vous a dit ah, je vous l’avais bien dit ?

 

Il m’a dit à peu près ceci : « la fin de ce siècle va connaître de grands bouleversements. Nous ne pouvons plus reculer ».

 

 

Le 7 décembre 1989, vous avez annoncé au nom du Président Kérékou que le Marxisme Léninisme n’était plus l’idéologie officielle de l’Etat béninois. Si le mur de Berlin n’était pas tombé un mois plus tôt, est-ce que vous auriez fait la même annonce ?

 

La vérité est que, à mon sens, il n’y a pas  un lien de causalité, il n’y a pas un enchaînement automatique entre les deux événements. C’est-à-dire qu’en fait, le Bénin était confronté à une crise économique de plus en plus préoccupante. Je peux vous dire que l’idée même d’une conférence nationale a été  initiée par le Président Kérékou lui-même dès 1988, en novembre 1988 pour être plus précis. Cela étant, le Bénin n’était pas en autarcie, et il est certain que ce qui se passe dans le monde influe sur nos propres jugements.

 

 

Est-ce que la chute de Caucescu quelques semaines plus tard, fin décembre 1989 en direct sur Rfi, a-t-elle marqué des esprits à Cotonou ?

 

J’en ai frémis lorsque j’avais vu ça. Il est probable que la crainte d’horreurs comme ce qui s’est produit en Roumanie ait pu être à l’arrière plan des motivations qui nous ont permis de préserver notre pays d’une évolution dangereuse et irrémédiable.

 

 

On rapporte que c’est après avoir vu la chute du régime de Caucescu à la télévision que Mobutu a décidé de libérer Tchisékédi et de  livrer le Congo Kinshasa au multipartisme. Qu’en pensez-vous ?

 

J’ai lu ça à l’époque. Cela est possible, mais le fait n’est pas établi, à mes yeux.

 

 

Quelques semaines plus tard s’est ouverte la fameuse conférence béninoise, celle qui a fait école dans toute l’Afrique francophone. Dès le premier jour, un délégué s’est levé et a demandé que cette conférence soit souveraine. C’est le Professeur Alexis Hountondji qui est devenu le Mirabeau du Bénin en quelque sorte. Est-ce qu’à l’époque, vous avez mesuré les conséquences de cette proposition du Professeur aujourd’hui décédé ?

 

Oui ! Notre conférence nationale a connu ses Mirabeau, ses Danton, ses Robespierre. Le Président Kérékou savait parfaitement que la conférence entraînerait la mort du régime. Je pense qu’il avait également la prémonition que la conférence serait assez objective pour reconnaître que le mérite de ce régime aura été de se suicider lui-même pour permettre au pays de rebondir à partir d’une base consensuelle nationale.

 

 

Le Bénin a réussi sa conférence nationale car aujourd’hui c’est une démocratie avec  alternance à la différence de beaucoup d’autres pays où la conférence nationale n’a rien donné. Qu’est-ce que vous en pensez ?

 

Je ne peux qu’approuver cela. J’éprouve une réelle fierté d’être Béninois, c’est-à-dire d’être un des citoyens de ce pays qui a donné l’exemple à l’ensemble de l’Afrique. Personnellement, je pense que la conférence nationale béninoise a été pour l’Afrique ce que la chute du mur de Berlin a été pour l’Europe ; c’est-à-dire l’épicentre d’un séisme démocratique qui a secoué toute l’Afrique.

 

 

Le Président Kérékou est revenu au pouvoir par les urnes et puis dix ans plus tard au terme de deux mandats il a quitté la tête de l’Etat conformément à la Constitution béninoise. Comment voyez-vous le comportement du Président du Niger qui vient de modifier la Constitution de son pays pour se maintenir au pouvoir ?

 

Tout en mesurant que c’est un risque d’ingérence que je prends par rapport à un tel jugement, je trouve, en tant qu’Africain, que ce qui s’est passé au Niger est un grave recul. On se souvient d’ailleurs que la Cour Constitutionnelle avait jugé la procédure illégale. Je constate que c’est un passage en force. Je pense que l’Union africaine, la Cedeao, la communauté internationale, l’Union Européenne ne peuvent pas toutes s’être trompées en portant le jugement critique et sans appel que l’on sait sur les initiatives du Président Tandja. C’est regrettable !

 

Réalisation : Christophe Bouabouvier (Rfi)
Transcription : Affissou Anonrin (PJ)


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Tag(s) : #Politique Béninoise
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