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LETTRE OUVERTE DE L'HONORABLE ASSAN SEIBOU A Boni YAYI (Suite)

 

A-   La gouvernance concertée et la démocratie apaisée

Dans ce registre, la mise en place d’institutions «écran» est l’un des artifices de la méthode YAYI au Bénin. Il est difficile de ne pas penser au pyromane qui met le feu et crie au feu. A voir le nombre des foyers de tension que le président YAYI allume sur tous les fronts, l’on s’interroge sur la dérision ainsi jetée sur la « gouvernance concertée » et la démocratie apaisée, autrement dit sur la réelle volonté de ce régime de donner une saine réponse au profond désir de paix de notre société.

1-    A preuve, le sort du droit de grève sous le régime du changement. Aucun Béninois ne pourra oublier le communiqué signé du président YAYI invitant les jeunes sans emploi et sans formation ainsi que les retraités, à s’inscrire pour remplacer au pied levé les douaniers et les enseignants grévistes. Les agents de santé grévistes, eux, ont manqué d’être remplacés par des militaires. Au mieux, les agents avides de pistons ou nommés aux postes les plus enviés se constituent en un syndicat appelé « patriote » (affidé du pouvoir) pour empêcher leurs collègues de réclamer des améliorations. Tragique métamorphose des libertés syndicales et du statut de la fonction publique à l’ère de « l’émergence » : oser revendiquer un ajustement de salaire ou du cadre de travail met d’office nos valeureux fonctionnaires au ban de la République et les ravale au rang de vauriens et de vils apatrides. Dieu merci, la magie du « changement » peut assurer la permanence du service public grâce aux recrues et aux retraités !

 

2-    Un épisode tout récent, du même acabit. La longue grève des enseignants qui a paralysé le secteur de l’éducation au risque de marquer une année blanche, débouchait enfin sur un laborieux  compromis entre le pouvoir et les syndicats grâce à la médiation du Bureau des parents d’élèves lorsque, contre toute attente, le gouvernement relance les hostilités en décidant le prélèvement  pour fait de grève sur les salaires des enseignants. Qui ne verrait dans cet acte délibéré la confirmation que le président s’est figé tout au long de la crise dans  l’acharnement et la provocation, sans la moindre crainte de l’année blanche comme il l’avait déjà, dans un mouvement d’humeur, clairement exprimé en disant aux grévistes qu’ils pouvaient fermer les écoles.

3-    Aux effets bien plus tragiques, les grèves séquentielles des agents de la santé ont exposé au grand jour la face la plus sombre des relations sociales entretenues par le changement avec les travailleurs. C’est sous le règne YAYI que, pour la première fois, le monde des blouses blanches assermentées observe des grèves aussi longues et répétitives,  occasionnant, hélas,  des milliers de décès à travers le pays. Jusque dans une matière aussi sensible, le gouvernement affiche une totale indifférence et n’en sort que pour ouvrir la confrontation avec les syndicats en jouant sa fameuse carte du sabordage  par la création de « syndicats des patriotes ». A l’évidence, c’est le gouvernement du changement qui, avec son génie de l’improvisation, a allumé le brasier en accordant, sans étude préalable et sans concertation, mais surtout de manière discriminatoire, des primes à une catégorie d’agents beaucoup moins exposés aux risques professionnels que d’autres. Loin de corriger cette bévue, l’escalade des frustrations et le mépris dont ils se sentent victimes finit par outrager les travailleurs qui se demandent si le gouvernement  YAYI connaît la noblesse de la blouse blanche.  Pour ces « ouvriers sociaux », avons-nous compris, l’argent n’est pas le plus important, mais bien l’engagement,  l’éthique du métier ; à les écouter, un secteur en proie à tant de pénuries mérite plus d’égards de la part du pouvoir. Ces personnels ont toujours servi avec dévouement leur vocation mais ne sauraient accepter l’humiliation par laquelle on leur dénie injustement un droit légitime. A ce jour la gestion de ce département sensible n’est toujours pas maîtrisée et il faut craindre le pire.

4-    Si vous doutiez que le régime YAYI cultive la crise permanente, songez à l’interminable cauchemar vécu à l’Assemblée nationale sous ce quinquennat, du fait de l’ingérence directe et assidue du président de la République dans la gestion du Parlement jusque dans les actes de souveraineté dévolus à cette institution !!! De l’histoire du gouvernement YAYI, les Béninois retiendront sans doute un vocable : ordonnance. Le recours à l’ordonnance qui, dans une démocratie, n’est qu’une voie d’exception réservée aux situations extrêmes, est  devenu avec  le pouvoir YAYI un moyen commode d’engager les dépenses non autorisées par l’Assemblée, et, par là, de provoquer la rupture avec les représentants du peuple. Le procédé permet, au passage, de livrer cyniquement les députés à la rue et à l’opinion non informée, celle-ci ne sachant pas que les votes des députés sont émis en son nom et qu’un accord de prêt rejeté par le parlement et mis à exécution par ordonnance, peut rendre  le prêt litigieux et induire la retenue du prêteur. C’est cette lacune que le président YAYI essaye de camoufler  par des marches de soutien comme pour rassurer le bailleur. Nous en avons eu la cuisante démonstration avec le refus du parlement de ratifier les accords de prêt relatifs à la lutte contre l’érosion côtière : à la suite de l’ordonnance présidentielle soutenue par des marches suscitées contre les députés, le démarrage des travaux a été simulé pour masquer la réalité d’un échec ; et pour expliquer l’arrêt du chantier, le gouvernement, comme par dérision, met grossièrement en cause l’affaire Simon ADOVELANDE, contentieux sans lien avec ce dossier.   L’abus des ordonnances traduit bien l’incapacité, sinon la résistance de Boni YAYI à piloter une démocratie apaisée par le fonctionnement normal des institutions de la République.        

5-    Sur un autre plan, demandez aux étudiants ce que deviennent sous le changement les fameuses franchises universitaires qui rendaient les campus inviolables par les forces de sécurité. Ils vous certifieront que l’université, le temple du savoir, a perdu ce statut multiséculaire. 

6-    Une posture contraire à la recherche de la démocratie apaisée et de la gouvernance concertée est l’acharnement personnel du président à détruire gratuitement, sans cause ni raison, les personnalités de notre microcosme politique et social. Lors des élections législatives et communales,  YAYI Boni, usant des attributs de la fonction présidentielle,  n’a pas hésité à se lancer personnellement en campagne contre les candidats opposés au  FCBE sur leurs propres terrains. Comment oublier ces discours volontiers tribalistes et  régionalistes, impensables de la part d’un chef d’Etat (séquences strictement interdites d’enregistrement), où l’on brandit sans pudeur la menace et l’intimidation à l’endroit des populations qui voteraient contre les candidats du pouvoir. Comment peut-on prêcher la concorde, la justice et la paix lorsqu’on sème à tout vent la discorde, l’arbitraire et la haine? Dans l’exercice d’un mandat reçu du suffrage universel !!!

7-    Dans cette rubrique, je sais que vous ne me pardonnerez pas d’omettre l’obsession du président YAYI Boni à anéantir l’ancien président Nicéphore SOGLO, maire de Cotonou et leader charismatique du Parti RB, pour l’empêcher d’être réélu maire, allant jusqu’à l’opposer à son fils (et donner l’impression que le fils est au gouvernement pour s’opposer à son père).

8-    De même, je n’oserais omettre les multiples épisodes d’implication directe ou d’injonction du gouvernement de YAYI BONI dans le harcèlement et /ou les arrestations de maires ou de personnalités diverses sous des motifs  manifestement tramés pour obtenir la destitution d’un adversaire du FCBE ou exercer du chantage sur ce dernier. Et même lorsque la justice s’interpose, elle est simplement contournée, à moins que  la procédure ne soit falsifiée ou ajournée  pour prolonger la détention. L’exemple du maire de DANGBO en est la parfaite illustration. 

9-    De même, je serais incomplet si je ne rappelais les vagues soulevées par l’ouvrage de Rékiath MADOUGOU. Cette égérie apparaît  aux côtés de YAYI en 2005, aux heures bénies de la quête du pouvoir où l’on pouvait encore en toute sécurité s’opposer au président en exercice (oui, c’était alors chose on ne peut plus  normale) ; on pouvait même, comme l’a fait la nébuleuse YAYI coiffée par MADOUGOU,  placarder dans tout le pays la fameuse affiche « Touche pas ma Constitution » pour plomber la tentative de renouvellement du mandat de KEREKOU. Voici la protégée de YAYI qui, devenue ministre, signe en 2008 le livre intitulé « Mon combat pour la parole ». Cette publication porte atteinte à l’image du président KEREKOU et de sa famille, et suscite l’indignation de bon nombre de nos concitoyens heurtés par l’offense gratuite faite à un si grand sage de la nation, une icône respectée par-dessus tout pour son idéal démocratique. L’ouvrage s’inscrit, au demeurant, dans le rituel des attaques incessantes du régime du changement contre « Le Vieux ». Les dispositions prises pour le lancement  du livre étalent sans équivoque la forte implication du gouvernement dans cette entreprise décidément discourtoise et irrévérencieuse aux yeux d’une bonne majorité de Béninois.   

10-                      La société civile a, elle aussi, reçu sa dose du venin de la division que sécrète le système du changement. Le résultat : aujourd’hui au Bénin il ya la société civile du gouvernement et les autres sociétés civiles ; c’est-à-dire une société « si vile » et une autre « civile ».

11-                      La même observation vaut pour les travailleurs. C’est sous le régime YAYI que l’on découvre les syndicats des « patriotes » créés au tournant de grèves syndicales. On a maintenant  des douaniers patriotes, des infirmiers patriotes, des enseignants patriotes, etc., qui ne sont rien d’autre que des groupes formés par le gouvernement pour jouer les casseurs de grève.

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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