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LETTRE OUVERTE DE L'HONORABLE ASSAN SEIBOU A Boni YAYI (Suite) 2

 

 

 

A-   La lutte contre la corruption et la moralisation de la vie publique

                            

1-    Les Béninois se souviennent comme d’hier, de la « marche verte » du Président contre la corruption, du déferlement médiatique provoqué sur des simulacres d’inspection financière dans les administrations, de la verve du nouveau pouvoir  contre « l’argent facile » et l’enrichissement illicite, etc. Nous avons tous en mémoire les accents angéliques de l’adresse présidentielle au corps des douanes réputé corrompu : «Avec tant de biens mal acquis, dans combien de maisons pouvez-vous dormir à la fois ? », ainsi moralisait-on nos émules de St Mathieu, les douaniers. Et tant d’autres séquences d’une fervente campagne théâtralisée à souhait. 

L’état des lieux, aujourd’hui, montre que la lutte contre la corruption a baissé la garde ; elle s’est  essoufflée au point de disparaître pratiquement du discours politique. L’explication réside, avant tout, dans le fait que la conduite des leaders du changement est bien loin de prouver leur propre virginité morale si imprudemment mise en scène. La célèbre allégorie à la Bruno AMOUSSOU, du passage de la cuillère à la louche, en clair, de l’ancienne corruption à la nouvelle, en dit long sur la sincérité du  « changement », plus exactement du « changemange », dans la prétendue cure morale.

Au demeurant, disons-le tout cru, aujourd’hui plus que jamais au Bénin le poisson pourrit par la tête. Et l’enchaînement des scandales financiers impliquant les hautes autorités du pays vous donne l’impression d’être dans un pays gouverné par une équipe truffée de kleptocrates.  

Voyons :

2-    En sa qualité de premier magistrat du pays, le chef de l’Etat est tout désigné pour conduire en personne la guerre contre la corruption et l’impunité comme le président YAYI l’a lui-même souverainement revendiqué. Il porte ainsi l’ultime espoir d’une immense majorité de Béninois qui a cru en lui pour rétablir les valeurs civiques, en particulier le respect du bien public et la protection des deniers de l’Etat. Eminente  responsabilité qui vaut surtout privilège moral, mais pas seulement : la somme des gratuités et avantages consentis par la nation à la fonction de chef de l’Etat, devrait mettre le tenant du titre à l’abri de la tentation. Au surplus, la République a concédé au président YAYI une augmentation considérable de son salaire ainsi porté à un niveau hors de proportion avec celui de ses prédécesseurs.

 Vaines précautions car rien de tout cela n’a empêché notre auguste pèlerin de la vertu, de s’offrir sous le regard incrédule des Béninois, peu après son entrée en fonction, un parc de propriétés que ses seuls émoluments ne peuvent jamais justifier : un luxueux édifice évalué à plus d’un milliard de francs à Djougou, un autre bien plus cossu à Parakou, la spectaculaire extension de la modeste demeure de Tchaourou en une superbe hacienda, l’annexion de plusieurs habitations rachetées autour de la résidence de Cadjèhoun à Cotonou... ; des rumeurs, que l’on souhaiterait infondées quoique relayées par la presse, font état d’autres acquisitions...jusqu’en Europe. De même, notre président multiplie au rythme de ses sorties les libéralités à la MOBUTU pour des montants absolument incompatibles avec ses revenus licites.

Un préjugé, certes moins vivace chez nos concitoyens que sous d’autres cieux, croit naïvement que le statut du président de la République lui vaut d’office une fortune personnelle légale. Une autre opinion, encore plus indulgente,  concède au « souverain » le droit  même au gain illicite « raisonnable » comme le permet, semble-t-il, l’usage dans notre chefferie traditionnelle. Mais précisément nous sommes en république et de telles croyances sont vécues normalement ailleurs qu’au Bénin, tous nos présidents depuis l’indépendance nous ayant habitués à la modestie et à la sobriété, parfois extrêmes comme chez un KEREKOU. Le président YAYI lui-même, pour l’avoir habilement instrumentalisée durant la campagne, doit sa légitimité à cette exception béninoise chevillée à la moralisation de la vie publique, à la justice, à l’équité. C’est pourquoi cette accumulation fébrile de biens scandaleusement étalés au cœur de la pauvreté ambiante, disqualifie entièrement notre « premier magistrat » pour mener la lutte contre la corruption. A moins de prouver publiquement, comme le prescrit d’ailleurs la Constitution, qu’un chef d’Etat béninois en exercice, fût-il ancien fonctionnaire de la BOAD, peut se prévaloir d’une subite fortune personnelle aussi colossale sans une gestion opaque des fonds publics telle que pratiquée par l’actuel quinquennat.

3-     A la stupeur générale s’est produit à ciel ouvert le scandale dit de la CEN-SAD, mettant au jour une hallucinante constellation de mécanismes de fraude : exonérations indues, surfacturations exorbitantes, paiement de prestations fictives, pour un montant de plusieurs milliards de nos francs. C’est sous les feux croisés des critiques et la salve des interpellations élevées par l’opinion, le parlement et les bailleurs de fonds, que le gouvernement lui-même finit par lever un coin de voile sur ce réseau d’infamies, avouant que des gants ont été achetés à 90 000 FCFA la pièce, des imperméables pour motard à plus de 300 000FCFA l’unité, que des marchés de travaux publics ont été attribués à des sociétés non qualifiées ou créées à la commande,  sans compter les distributions gracieuses ou arrangées (jamais démenties) de villas construites à l’occasion de la CENSAD, au profit de hautes autorités …Ce n’était pourtant que le bout de l’iceberg : a-t-on évalué les pertes abyssales causées au Trésor public par les franchises douanières  accordées au titre du sommet à des sociétés affidées pour d’immenses cargaisons  tranquillement emmagasinées et ensuite déversées sur le marché béninois et qui ont permis à des commerçants proches du pouvoir de réaliser avec ces stocks maffieux de miraculeux surprofits ? Et les marchés de gré à gré qui ont émaillé ce dossier ? C’est en fait, le dossier qui a le plus anémié et déséquilibré les finances publiques du pays. Et pour épilogue, qui est-ce qui, en définitive, a été puni pour un seul de tous ces forfaits ? A ce jour, personne !!!

4-    Le détournement de dizaines de milliards de francs a été rapporté par une mission de contrôle sur la gestion de la Société nationale de promotion agricole (SONAPRA), mettant en cause le directeur général d’alors, M. Nicaise FAGNON, homme de main du président YAYI. Il ne s’en est suivi que silence du gouvernement ; puis M. FAGNON est  promu sans la moindre gêne au poste de ministre du prestigieux département des Travaux publics et des transports. Cette affaire constitue pourtant l’une des causes majeures de l’effondrement sans précédent du secteur coton, le principal pourvoyeur d’emplois  du monde rural, et dont la SONAPRA détenait le monopole. Dans la même période, le Mali et le Burkina Faso façonnaient chez eux la prospérité de la filière coton.

5-    Le même mutisme gouvernemental avait précédé les assauts du Parlement à propos du monumental trafic sur l’achat de tracteurs pour un projet dit de «révolution verte ». Le député Janvier YAHOUEDEOU montre au public les preuves accablantes de surfacturations astronomiques de l’ordre de 300% : les machines de rêve, acquises  à 2 ou 3 millions l’unité, sont revendues à l’Etat respectivement à 9 et 12 millions de francs par des sociétés créées de toutes pièces, comme par hasard, à la veille de l’ouverture du marché. Il ne vous a pas échappé que c’est au bout  de cette pêche miraculeuse que, par groupes, tous les ministres du gouvernement sont lancés à travers le pays à la recherche…de terres à l’usage de ces mêmes engins. Autrement dit, les tracteurs sont acquis sans la moindre étude pédologique, sans que l’on sache où et quels sont (s’ils existent) les sites à exploiter. Moderniser l’agriculture pour le président YAYI, comme on le constate, se limite à acheter des tracteurs. Bien plus extraordinaire, lesdits tracteurs, dont l’inadaptation continue de faire polémique, sont en majorité acquis par des fonctionnaires et autres intrus sans la moindre ressemblance avec la paysannerie, présumée bénéficiaire du projet. Le gouvernement KEREKOU, qui avait négocié auprès du FIDA ce crédit de 21 milliards de francs aujourd’hui malmené de la sorte, a dû pourtant léguer les dossiers appropriés ! Les choses ont en effet « changé ».       

6-    Deux années durant, de 2006 à 2008, nul ne savait où étaient logés les fonds de l’escorte des véhicules d’occasion, car en violation flagrante du principe sacro-saint de l’unicité de caisse, ces recettes n’étaient ni versées au Trésor public, ni budgétisées. Le président lui-même, en arrachant cette activité à la société « Défi Emploi Jeunes » au profit, disait-il, des finances publiques, évaluait les recettes à 3 milliards de francs par mois. On pouvait donc escompter 66 milliards d’un bilan de 22 mois. Dans un laborieux exercice télévisé, sous la contrainte de l’opinion publique et des chancelleries étrangères, le gouvernement finit par exposer un montant total encaissé de 27 milliards qui seraient domiciliés sur un compte hors budget à la BCEAO de Cotonou (dirigée à l’époque par le beau-frère de YAYI). Nous sommes informés par la même occasion que ce fonds est destiné au financement du microcrédit. Chacun peut apprécier le modèle de transparence. Pour épilogue, ces recettes ne seront enfin budgétisées qu’en 2009, sous forte pression parlementaire.

7-    S’agissant précisément du microcrédit que l’on brandit comme le fleuron du changement, avons-nous oublié que cet outil économique fonctionnait à merveille avant que le régime actuel ne le précipite dans une gestion nébuleuse pour  le transformer en moyen de propagande électorale ? Le résultat montre sans équivoque que le microcrédit à la YAYI, enclin à la passion et à l’agitation, loin de libérer la femme de la pauvreté, consacre la misère des couches défavorisées. Avant le « changement », une gamme variée d’institutions parapubliques et privées gérait avec professionnalisme la micro-finance. L’une d’elles, le PADME, avait pour directeur général le nommé AZOCLI. Cet éminent cadre est publiquement félicité en 2008 par le gouvernement de YAYI à l’appui d’une distinction internationale qu’il vient de recevoir à Rome. Peu après, notre lauréat se voit subitement déchu de son poste et remplacé à la hussarde par le même gouvernement, dans un feuilleton des plus ténébreux. Les  tribunaux ont beau dire le droit en sa faveur, le changement n’en a cure, le but est atteint : confisquer la micro-finance pour en faire une machine à gagner l’électorat. Quelle émotion que d’écouter sur nos antennes la complainte d’un AZOCLI brisé par l’arbitraire et l’iniquité, mais stoïque et confiant lorsqu’il prophétise en ces mots : « Ils ont pour eux le mensonge et la force ; nous avons pour nous le droit et Dieu » ! Dieu semble l’avoir bien entendu, car des faits, moins de deux ans après, ont rattrapé le gouvernement de YAYI. Une mission officielle vient de publier son rapport d’inspection au PAPME, une autre institution semblable au PADME : neuf milliards de FCFA  en cause (en clair,  volatilisés !), des crédits accordés sur simple intervention, 2% de taux de recouvrement…Incroyable ! Une véritable tragédie financière. L’opinion  se mure de plus en plus dans la certitude que le financement des marches de soutien au régime et l’enrichissement illicite des autorités du pays (et même du chef de l’Etat) proviennent de ce genre de malversations : il est établi que les directeurs généraux des sociétés et offices d’Etat sont les financiers et chefs d’orchestre des marches de soutien au président qui en fait un critère majeur  de leur nomination et de leur mérite professionnel.        

8-    Tout près, sous nos yeux, l’affaire ICC-Services. Dans ce dernier dossier, le gouvernement, nous dit-on, n’est pas l’initiateur du nouveau mirage. Mais il est évident que c’est sous le regard bienveillant et rassurant des autorités gouvernementales qu’à découvert, dans les espaces publics comme à domicile, cette société implantée au Bénin a procédé à des collectes de fonds auprès des pauvres Béninois en leur faisant miroiter des taux d’intérêt absolument irréalistes (de l’ordre de 100 à 200% en moyenne l’an), sur la base de contrats de placement régulièrement signés. Près d’un million de Béninois sont concernés.  Les organisations de ce genre sont estimées à une quarantaine au Bénin et les montants en jeu, pour ICC  seul, à plus de 100 milliards de francs. Visiblement exposés aux éclaboussures, le gouvernement et son chef, comme toujours à l’heure de vérité, jouent les Ponce Pilate et tentent de prendre leurs distances en faisant croire qu’ils ignorent tout de l’affaire. Mais voyons :

-         Les audiences officielles empreintes de convivialité où nos dirigeants à tous les niveaux accueillent les promoteurs d’ICC-Services avaient bien de quoi rassurer le peuple par rapport à la crédibilité de ces opérateurs d’un profil particulier. Le gouvernement ne saurait s’exonérer de cette imprescriptible responsabilité.

-         Quel est le rôle de l’Etat si ce n’est de protéger sa population contre l’insécurité ? L’insécurité  ne provient pas seulement des braqueurs qui, du reste, narguent tous les jours la puissance publique, mais aussi des arnaqueurs et de toute menace ou atteinte au patrimoine et à la propriété des Béninois. L’Etat dispose d’organes d’investigation et de répression de la fraude financière auxquels ce régime recourt volontiers pour punir les présumés faussaires. Et comment n’a-t-on pas investigué avant de laisser faire cette société ? 

-         Comment, après la crise financière américaine dont les sources ne sont pas loin des pratiques du genre, les autorités béninoises peuvent-elles ouvrir leurs portes à  de tels malfrats venus asphyxier nos institutions financières qui, du coup, en raison de leur faible taux de rémunération (trente fois inférieur aux offres miraculeuses), apparaissent aux yeux des déposants comme le lieu de l’escroquerie légale ? Nous nous targuons pourtant d’avoir un gouvernement de banquiers chevronnés…

-         Comment ce même gouvernement qui, il y a peu, se prévalait de la prérogative de puissance publique pour la protection des épargnants du PADME, au point de révoquer et de remplacer au pied levé le directeur général de cette société, peut-il prétendre n’être pas au courant des activités d’une entreprise du même ordre, au demeurant moins crédible, voire suspecte ?

-         L’avoir dit ainsi prouve l’incapacité du chef et de son gouvernement à veiller sur la sécurité financière des Béninois ;  de surcroît, elle confirme chez nos dirigeants actuels le réflexe du déni et de la dérobade devant la difficulté et l’échec. Les membres du gouvernement feraient mieux de garder le silence car le plus naïf des Béninois, y compris les membres du gouvernement eux-mêmes, ne peut croire à leur innocence dans cette affaire.

-         L’argent du contribuable semble en voie d’être utilisé pour rembourser les victimes de ICC Services. Ils sont illégaux, nous dit-on ; alors pourquoi recourir aux fonds publics pour couvrir l’illégal si on a la conscience tranquille ? Comme si une odeur de souffre répandait l’urticaire au sommet de l’Etat… Quelle infamie !

-         Etonnante rumeur par ailleurs, les propriétaires de ICC affirment que l’Etat ne peut rien contre eux. Sans doute connaissent-ils leurs accointances avec les autorités de l’Etat. « Si l’éléphant se permet d’avaler un morceau de tronc de palmier sec, c’est qu’il fait confiance à son tube digestif ». L’adage dendi est d’une cinglante actualité car, encore une fois, sous la pression des critiques et des victimes, l’un des  plus influents et proches du chef de l’Etat, le ministre de l’Intérieur Armand ZINZINDOHOUE (éminent diacre, entendez vice-pasteur) vient d’être limogé pour, semble-t-il, avoir trop  mangé  du gâteau mielleux de ICC Services dont l’un des ingrédients serait une maison. L’opinion sait que la vague des limogeages, qui a commencé par  celle du procureur général pour légèreté (il s’en défend encore), ne saurait s’arrêter là ; car ceux qui ont favorisé,  crédibilisé l’installation et soigné l’image de ICC Services depuis quatre ans, sont encore peinards. Et dans ce registre, le président YAYI, chef de l’Etat, qui a, lui aussi, donné son onction morale par des audiences publiques à ICC Services, puis, selon une rumeur persistante, des visites privées (en hélicoptère) à ses promoteurs, ne saurait se dérober au légitime soupçon de l’opinion.

-         Face à la marée, l’on comprend aisément la tentative de dériver l’attention publique vers d’autres sujets, en l’occurrence « la refondation de la République » : vaine manœuvre ! Il fallait, pour y réussir, quelque chose comme gagner la coupe du monde de football.

-         Les Béninois sont encore plus éprouvés d’apprendre que ICC Services n’est  que l’une des nombreuses créations du genre installées au Bénin et qui, inévitablement, connaîtront bientôt le même sort. Pourtant la Banque centrale et les banques primaires avaient maintes fois sonné l’alarme auprès des autorités. Depuis au moins deux ans !!! 

   

Nous sommes aujourd’hui au Bénin en présence d’une autre affaire MARDOFF; aurions-nous  un nouveau BUSH au pouvoir ? En tout cas, ce dossier ICC Services aura révélé un degré de corruption au sommet de l’Etat jamais atteint dans ce pays.

Voyez çà ! C’est le nouveau Bénin !!! Et trouvez-moi les autorités qui peuvent parler de la moralisation de la vie publique.

 

9-    Reniant ses propres engagements, le président n’a pas hésité à nommer dans son gouvernement plusieurs ministres  poursuivis en justice pour des  malversations  antérieures commises dans d’autres structures publiques.

10-                      Inédit et insolite ! Vous vous souvenez des débats animés par de grandes figures de la politique béninoise qui fustigeaient la vénalité du suffrage et le commerce du vote,  en langage populaire « l’achat des consciences » réprouvé de tous. Voici, depuis l’avènement du changement,  l’exemple que donne le président YAYI en  se promenant sans arrêt pour distribuer ouvertement des sommes faramineuses à des groupes de toutes catégories qui n’ont rien demandé, rien fait pour mériter un don, …du moins, ont-ils marché, dansé, ou boudé le président. Quant à la célébration religieuse et à la sainte  prière, que dis-je, les confessions religieuses en leur entier, elles répondent désormais, elles aussi,  au même traitement ! Avec YAYI, l’argent achète les âmes.

 

Où est passée notre fierté ? Où sont tous ces anciens Présidents, ces enseignants émérites, ces religieux exemplaires, ces devanciers politiques qui ont si ardemment pratiqué et nous ont enseigné la morale politique, le patriotisme désintéressé …, la morale tout court ? Il n’est donc pas possible d’agir pour se dissocier de cette vision corruptive de l’avenir de notre pays ? Je m’inquiète, car des références de ce combat comme Anne Cica ADJAI, Albert TEVOEDJRE, Robert DOSSOU…, semblent s’inviter allègrement dans la danse. En tout cas ces faits jettent le discrédit sur toute prétention du gouvernement à lutter contre la corruption.

 La machine de la lutte contre la corruption s’est manifestement rouillée sous le « changement ». 

 

B-    La performance agricole

 

11-                      Dès son arrivée au pouvoir, fort du soutien de tous, le Président YAYI s’est engagé à porter à 600 000 tonnes la production du coton qui était de 426 000 tonnes la saison qui précédait sa prise de pouvoir. Mais depuis, on n’a jamais enregistré plus de  270 000 tonnes  au point de se retrouver, quatre ans après, en dessous de 150 000 tonnes. Dans toutes les langues, cela s’appelle échec  total. Car la volonté du paysan, la terre et les pluies n’ont pas fait défaut. La responsabilité doit être recherchée dans les coûts prohibitifs des intrants ou la gestion de l’approvisionnement, la commercialisation,  les soubresauts dans la privatisation des outils de la SONAPRA, et surtout la forte ingérence et les injonctions dirigistes de l’Etat à travers la politisation des organisations de producteurs. En effet, pour la première fois au Bénin, un décret  présidentiel vient imposer aux paysans les critères du choix de leurs dirigeants.

12-                      Nous avons tous suivi sur les écrans de télévision en 2006 la tournée du président YAYI et sa promesse de faire payer les paysans au même endroit où ils vendent leur coton. Il avait même ridiculisé son ministre de l’Agriculture qui tentait d’émettre des réserves à la faisabilité de la chose. A ce jour, tout se passe comme si rien n’avait jamais été dit ni promis, et le paysan n’en conçoit que plus d’amertume et de dégoût, à quoi s’ajoute l’aggravation de la perte de confiance. Tout l’effet d’un mensonge d’Etat aux paysans.

13-                      La tentative de mécanisation agricole, belle initiative s’il en est, traîne sous nos yeux  son cortège sulfureux de scandales financiers qui n’en finissent pas d’interpeler la conscience collective sur les motivations réelles de l’initiative elle-même.

14-                      L’élément le plus inquiétant de la politique agricole du « changement », c’est la place accordée à l’agriculture dans l’économie de notre pays. Alors qu’il est reconnu et clamé par tous que l’agriculture est le moteur de notre développement, bien que le Bénin ait signé avec l’ensemble des pays africains l’accord de MAPUTO selon lequel il doit être affecté au moins 10% du budget à l’agriculture et que, de surcroît, avec les pays de l’Afrique de l’Ouest le Bénin s’est engagé à porter ce taux à 15%, comment comprendre que le gouvernement de YAYI n’y ait alloué que 4,7% de son budget de cette année alors que les dépenses non affectées (un peu comme les divers ou dépenses à préciser) reçoivent  plus de 12%. A ce compte nous devons prendre acte du désengagement de l’Etat du secteur de l’agriculture. Nous avons reculé.

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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