Présidentielle de 2011 au Bénin: Les indices qui donnent l’avantage à l’opposition
L’élection présidentielle de 2011 est vue comme une des plus tendues et des plus délicates de l’ère du renouveau démocratique, tout autant que celle de 1996. C’est le schéma difficile de la consultation populaire qui oppose un Chef de l’Etat en exercice candidat à sa propre succession à un ou des challengers très sérieux. Il est vrai que le schéma de 2001 y ressemble, par la forme aussi. Mais à vrai dire, il n’y avait pas autant de tension, car à plusieurs mois de cette élection d’il y a dix ans, la plupart des indicateurs donnaient Kérékou gagnant, sauf miracle électoral.
Aujourd’hui, Yayi se retrouve presque dans la même situation que Soglo en 1996, où ce dernier, à l’entame de la course pour la présidentielle, pouvait ou en tout cas, devrait s’attendre à toutes les éventualités : gagner ou perdre.
En effet, la probabilité pour que Yayi gagne le scrutin de mars prochain existe, toujours. Car il faut à la vérité reconnaître qu’il n’est pas toujours aisé de battre quelqu’un qui a encore le pouvoir en main et de le lui arracher. Il faut suer parfois sang et eau pour y parvenir. Soglo qui a gagné la présidentielle de 1991 face à Kérékou en sait quelque chose.
Revenons alors aux échéances de 2011. Si la logique arithmétique fonctionne et prédomine, il est évident que le Président Boni Yayi a déjà perdu la consultation populaire qui s’annonce. Il ne peut en être autrement lorsqu’on prend en compte les déterminants d’une élection en Afrique en général et au Bénin en particulier. En effet, il est vrai que c’est le peuple qui, en toute liberté, élit son Président. Mais il est aussi vrai que ce choix du peuple est largement guidé par les consignes de vote des grands partis politiques et des grands électeurs. La réalité aujourd’hui au Bénin est que la plupart des grandes formations politiques ne sont pas avec Boni Yayi. Dans la coalition « L’Union fait la Nation », on retrouve les grosses cylindrées politiques telles que la Renaissance du Bénin (RB) de Nicéphore Soglo, le Parti du Renouveau démocratique (PRD) de Me Adrien Houngbédji, le Parti social démocrate (PSD), le Mouvement africain pour la démocratie et le Progrès (MADEP) de Séfou Fagbohoun, Force Clé de Lazare Sèhouéto, etc. Des personnalités politiques et leaders de mouvements se sont aussi récemment joints à la coalition. L’élément important qu’on ne peut occulter à ce propos est le soutien des anciens Chefs d’Etat : des trois encore en vie, deux sont déjà avec l’opposition : Nicéphore Soglo et Emile Derlin Zinsou. Seul Mathieu Kérékou n’a pas encore clarifié sa position. Et tel qu’on le connaît, il est presque sûr qu’il ne fera aucune clarification : le « Kaméléon » est passé maître dans l’art de ne jamais révéler sa pensée et ses intentions profondes mais de surprendre. Seulement, des indiscrétions font déjà état de ce qu’il soutiendrait au principal Bio Tchané, et au subsidiaire Boni Yayi.
En somme, on peut constater que la coalition « Wologuèdè » qui a soutenu Yayi en 2006 et qui lui a apporté presque 40% des suffrages au second tour lui est pratiquement opposée aujourd’hui : sur les 75% du second tour, il faut rappeler que Yayi n’avait obtenu par lui-même que 35% au premier tour. Si tous ceux là le quittent et votent ou apellent à voter pour Houngbédji en 2011, il faut constater que le jeu sera très difficile pour Yayi. Car l’autre élément qu’il ne faut pas négliger est que ces partis ci-dessus cités, avec leurs fiefs respectifs, couvrent la majorité du pays, en terme de densité de population, en terme de densité électorale. C’est vrai qu’un discours tenu par les mouvanciers consiste à dire qu’en ce qui concerne les reports de voix en faveur de Yayi en 2006, les membres de l’alliance « Wologuèdè » d’alors et opposants d’aujourd’hui n’avaient pas le choix car le peuple avait déjà fait en majorité son choix en faveur de Yayi. Mais là, il y a à ne pas oublier que ce choix du peuple a été longtemps échafaudé et entretenu par les mêmes leaders qui ont mis le temps du second mandat de Kérékou pour détruire Houngbédji par une offensive communicationnelle à nulle autre pareille, préparant ainsi le terrain à Yayi. Et voici les mêmes qui aujourd’hui, œuvrent à détruire Yayi et à réhabiliter Houngbédji. Et dans le même temps, la candidature de Bio Tchané bouscule sérieusement Yayi sur le terrain dans le septentrion et contribuera à réduire les suffrages en sa faveur. Autrement, dit, sauf miracle électoral, Yayi a perdu et Houngbédji a gagné.
Mais attention : rien n’est gagné à l’avance. Yayi peut toujours réussir le miracle. Et deux situations pourraient l’y aider. D’abord il y à le fait que le nord fonctionne sociologiquement d’une manière différente de celle du sud. Le concept « fils du terroir » est encore vivace dans le nord ; de sorte que même si au second tour, Bio Tchané donnait des consignes de vote en faveur de Houngbédji, on se demande si ses électeurs le suivront. Ensuite, une élection ne se gagne pas que dans les urnes. Elle se gagne aussi dans les bureaux de la Cour constitutionnelle. Cette haute juridiction peut annuler des suffrages validés sur le terrain, faire tous les redressements qu’elle juge utiles, etc. De sorte que le vainqueur ne sera pas forcément celui qui a eu la majorité numérique dans les urnes. Il ne sera pas utile de faire la comparaison ici avec le récent cas ivoirien. Mais on peut rappeler le cas béninois de 1996. On se rappelle qu’à l’époque, la Cour avait annulé de nombreux suffrages dans les fiefs de la RB. Et Soglo, jusqu’à ce jour continue de dire que c’est lui que le peuple a élu, mais que c’est la Cour constitutionnelle d’alors qui a élu Kérékou de par les annulations effectuées et qui auraient inversé les tendances sorties des urnes.
Rien n’est donc gagné à l’avance. Tout est encore possible.
6-01-2011, Brice HOUSSOU
Fraternité
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