9 juin 2011
Représentation diplomatique du Bénin à Genève: Vives tensions entre l’Ambassadeur et le personnel
Une crise latente secoue la représentation béninoise près la République helvétique. La situation fait suite à une série d’irrégularités dans la gestion de cette mission basée à Genève. Le ministre des Affaires étrangères d’alors, Jean-Marie Ehouzou était déjà informé des raisons du dysfonctionnement. En effet, plusieurs documents sensibles lui avaient été envoyés pour expliquer la situation. Mais, rien n’a pu être fait pour rectifier le tir parce que les mis en cause avaient des « protecteurs » dans le gouvernement. Aujourd’hui, d’autres lettres de dénonciations sont sur la table du nouveau ministre Nassirou Bako-Arifari du fait de la déconfiture totale dans cette mission diplomatique. Surtout qu’actuellement, les caisses de la mission seraient au rouge à cause des dépenses de prestige de l’ambassadeur et son impossibilité depuis des mois, à payer les salaires de ses collaborateurs. Pis, plusieurs dépenses liées aux festivités marquant le cinquantenaire de l’accession du Bénin à la souveraineté internationale tardent à être soldées. Il y a par ailleurs la mauvaise gestion administrative de la mission qui crève l’œil. Plusieurs réunions ont pris fin en queue de poisson et la tension est vive sur place à Genève entre l’ambassadeur, ses collaborateurs et lui. Dans la foulée, un d’entre les contestataires avait écrit au ministre Jean-Marie Ehouzou pour solliciter une mission d’audit et de contrôle de la gestion de l’ambassadeur. Rien n’a pu être également fait et l’ambassadeur comme d’habitude a pu s’en tirer à son compte. C’est la déconfiture générale à l’ambassade du Bénin à Genève actuellement. Le débat revient dans toutes les discussions dans les autres chancelleries. Que fera le chef de l’Etat pour corriger ces dysfonctionnements qui ternissent l’image de marque du Bénin en Suisse ? C’est la question qui circule sur toutes les lèvres à Genève depuis des semaines.
Jean-Christophe Houngbo
LEMATINAL
(Br.Ouémé-Plateau)
Gestion hasardeuse des hommes
Genève, le 19 avril 2011
Akibou Naïm
Premier Conseiller
Mission Permanente de la République du Bénin à Genève
A
Monsieur l’Ambassadeur du Bénin Genève
Objet : De la procédure de désignation de votre intérimaire
Monsieur l’Ambassadeur,
J’ai l’honneur d’attirer votre attention sur la question citée en référence.
Depuis plus d’une année, vous avez décidé de ne plus me confier l’intérim de la Mission en qualité de Chargé d’Affaires a.i pendant vos absences. Vous n’ignorez pas que cette décision est contraire à toute déontologie administrative parce que ne respectant pas la préséance établie dans l’organigramme de l’Ambassade.
En effet, faisant fi des procédures établies, et en ignorant ainsi sciemment ma présence à l’Ambassade, vous avez pris l’habitude de confier malgré lui, cette fonction au Premier Conseiller Amoussou Yao, le plus souvent en l’absence de toute circulaire administrative, et cela malgré les rappels à l’ordre de ce dernier.
Monsieur Amoussou Yao, très indigné et gêné par votre comportement, a toujours assumé votre intérim à contre cœur et souvent après que je l’aie exhorté à l’accepter en dépit du caractère injuste de votre décision. C’est ainsi que la Mission est administrée depuis plus d’une année dans l’arbitraire total et le personnel s’en est fait une raison.
Or, contre toute attente, pendant que j’étais en congé et absent de Genève, vous m’avez désigné sans consultation préalable, Chargé d’Affaires a.i. par votre Note N°0307/A-Mpbg/Cm/Cc/Spaa du 1er Avril 2011, pour une période indéterminée, alors que Monsieur Amoussou Yao était présent.
Grand a été mon étonnement à mon retour. Etant donné la gestion arbitraire que vous avez instaurée dans cette Ambassade depuis un an, j’étais en droit de refuser d’assumer cet intérim, mais sur les conseils de Monsieur Amoussou Yao, j’ai tenu àsauver la situation pour éviter un vide hiérarchique qui livrerait la Mission à l’anarchie pendant votre absence de Genève.
Monsieur l’Ambassadeur, permettez-moi de protester contre vos méthodes de gestion de cette Mission qui visent à compromettre la franche collaboration entre Monsieur Amoussou Yao et moi. Par l’abus délibéré de vos pouvoirs administratifs discrétionnaires que vous semblez utiliser à des fins inavouables, un climat délétère s’est installé au sein de la mission, et le moral du personnel en est gravement atteint. Ma conscience professionnelle et le souci du bien public m’obligent une fois encore à vous mettre en garde, avec tout le respect dû à votre rang, contre les dérives d’une gestion capricieuse de cette prestigieuse Mission selon vos humeurs et vos rancœurs, au mépris de toute déontologie. Depuis que vous avez pris service à l’Ambassade, je suis victime de dénigrements systématiques et d’une mise au placard organisée et entretenue par vous-même. Vous n’avez respecté ni ma personne, ni mon autorité hiérarchique et ne m’avez même pas épargné vos injures, vexations et humiliations faites en public. Serait-ce le tour de Monsieur Amoussou de connaître aujourd’hui le même sort ? Je doute fort qu’en choisissant de me confier votre dernier intérim contrairement à votre habitude, vous ayez eu enfin le souci de respecter ma préséance au sein de la Mission. Aussi sachez, Monsieur l’Ambassadeur, que je ne saurais me prêter à tel jeu immoral, ni servir de pion à vos intrigues professionnelles. Jamais je ne cautionnerai la mesquinerie, ni l’arbitraire sous prétexte de me rétablir dans ma préséance. La direction d’un service administratif ne saurait être efficace si les décisions et mesures administratives ne sont motivées que par la volonté de marginaliser certains cadres pour des griefs personnels, ou tout simplement par abus d’autorité. C’est pourquoi l’’intérim dans une administration publique se fait toujours de la manière la plus prévisible possible, car les positions des uns et des autres dans l’organigramme sont connues et ne font l’objet d’aucune ambigüité, ni marchandage.
En effet, celui qui est chargé de l’intérim en l’absence de son Chef, n’a comme mérite que d’être le fonctionnaire le plus ancien dans le grade le plus élevé ; il ne saurait donc être question de lui confier cette fonction pour une quelconque raison, ou une récompense de l’amitié ou la compromission avec le titulaire. Aussi, j’en appelle à votre sens de responsabilité pour que soient respectées les règles d’une administration digne, crédible et impersonnelle. Il y va du prestige, de la pérennité et du bon fonctionnement de la Mission du Bénin à Genève.
C’est pourquoi, je voudrais insister pour que le remplacement du Chef de Mission en son absence ne soit plus un objet de chantage, ni un simple caprice du chef, mais une question de préséance établie à l’avance et régie par des principes et normes administratives stables. Il est de l’intérêt de l’Administration que l’arbitraire et l’abus de pouvoir cessent et soient mis au rebut.
Eu égard à tout ce qui précède, je m’abstiendrai d’assurer votre intérim tant qu’un acte administratif ne précisera pas clairement les préséances que consacre l’organigramme de la Mission.
Veuillez agréer, Monsieur l’Ambassadeur, l’expression de ma haute considération.
PJ : 01 Copie de la Note d’information
N°0307/A-Mpbg/Cm/Cc/Spaa du 1er Avril 2011
Ampliation : Maeiafbe (A titre de compte rendu)
Naïm Akibou
Abandon de poste
Monsieur le Secrétaire Général du Ministère des Affaires étrangères, de l’intégration africaine, de la Francophonie et des Béninois de l’Extérieur.
Objet : Gestion hasardeuse des crédits affectés à la Mission du Benin à Genève en 2009-2010
Monsieur le Secrétaire général,
J’ai l’honneur de vous rendre compte de ce qui suit :
Monsieur Séraphin Lissassi, Ambassadeur représentant permanent nommé en Conseil des ministres a rejoint son poste le 30 juin 2009 et a pris service le même jour à Genève.
Dès sa prise de fonction, quoique la résidence occupée jadis par l’Ambassadeur Samuel Amèhou et une nouvelle résidence louée aux frais de l’Etat soient disponibles ce dernier aura décidé de passer plus de 6 mois dans une chambre à l’hôtel Intercontinental de Genève.
Après cet épisode, vient celui des dépenses fantaisistes pour son installation à sa résidence. Au mépris de toute déontologie administrative et financière, les crédits de fonctionnement ont été utilisés pour l’achat de nouveaux équipements au point où pour payer les salaires de décembre 2009, il aura fallu que l’Ambassadeur Lissassi avec certains de ses proches se cotisent pour faire l’appoint . C’est à croire que ces errements de début seraient l’exception qui confirme la règle, mais c’est bien le contraire qui se produira.
En 2010, les services compétents du ministère ont délégué tous les crédits : salaires, loyer, assurance maladie, fonctionnement etc.
N’ayant tiré aucune leçon de sa gestion de 2009 l’ordonnateur a repris avec les dépenses improvisées à la va vite. C’est ainsi qu’au mois de novembre 2010 ne pouvant plus payer ni salaire, ni loyer, ni assurance maladie au deuxième semestre 2010, il a dû avoir recours aux recettes consulaires d’où il a retiré environ 80 mille francs suisses pour compléter la somme disponible dans le compte bancaire courant de la Mission afin de payer seulement les salaires de novembre 2010.
Avant de procéder ainsi, il a réuni au préalable tout le personnel en Assemblée générale pour lui enjoindre de préfinancer sur ce salaire, les loyers du mois de novembre en attendant des jours meilleurs. Il a saisi l’occasion pour conseiller à tout le personnel de faire des économies car il n’y a plus d’argent pour payer les salaires et les frais d’assurance maladie du mois de décembre 2010 .C’est ainsi que la plupart des agents s’est exécutée. J’ai aussi pour ma part accepté de le faire avant de me rétracter pour avoir constaté que les difficultés ne sont pas seulement liés aux moins-perçus imputables au différentiel du taux de change entre le Franc Cfa et le Franc suisse tel qu’on l’a présenté au cours de la réunion.
A titre d’exemple, alors que le Département a affecté 5000 CHf pour organiser la fête du cinquantenaire de l’indépendance du Bénin, cette fête organisée à l’hôtel Intercontinental à Genève a finalement coûté 14500 CHF. Alors, qui va payer la différence de près de 10000 mille francs suisse ? C’est révoltant, car après avoir vu passer ce document dans une série de factures non payées, j’ai décidé de ne pas utiliser une partie importante de mon salaire pour payer un loyer impayé du fait de l’incurie d’autrui.
Parti pour une mission de 4 jours à Cotonou le 20 novembre 2010, pendant que Monsieur Akibou est en pèlerinage à la Mecque , l’Ambassadeur m’a confié son intérim pour cette période. A ma grande surprise j’apprendrai plus tard qu’il a profité de sa présence à Cotonou pour prendre ses congés administratifs à mon insu.
A la date du 5 janvier 2011, il n’est pas encore de retour à son poste malgré la situation difficile que vit tout le personnel qui n’a pas perçu le salaire de décembre 2010 et dont certains doivent impérativement payer le loyer de janvier 2011 sous menace d’astreinte. La situation est particulièrement difficile pour tout le monde ici, car les loyers se payant au début du mois, j’ai dû écrire entre temps aux différentes régies, pour demander un moratoire pour les fonctionnaires jusqu’à la délégation prochaine des crédits après le vote du budget 2011. Cette démarche n’a pas été bien accueillie par toutes.
Mais la situation la plus dramatique est celle des recrutés locaux qui doivent payer leurs propres loyers dès le début du mois de janvier 2011.
Je voudrais à ce stade attirer votre bienveillante attention sur le fait que dans la présentation de la situation difficile de trésorerie que connait l’ambassade, l’argumentaire mis en avant se trouve être les moins-perçus à cause du taux de change du franc Cfa en francs suisse liée à la situation de dépréciation de l’Euro depuis quelques mois.
A ce propos, si la situation s’avérait, le département devrait prendre des dispositions pour opérer une correction avant la délégation des prochains crédits au premier trimestre 2011.
Pour se rendre à l’évidence des allégations que je viens de faire, je voudrais suggérer sauf objection de votre part, que le département envoie une mission d’inspecteurs généraux des Affaires étrangères, où le cas échéant, une inspection conjointe des Affaires étrangères et des Finances pour constater l’effectivité de cette gestion hasardeuse en vue d’une solution à lui apporter pour que l’année 2011 qui vient de commencer ne puisse plus se poursuivre avec le calvaire de 2009-2010.
Veuillez agréer, monsieur le Secrétaire général, l’expression de ma haute considération.
Plus rien ne va à la représentation diplomatique du Bénin près la Suisse. En plus des dépenses de prestige qui ont entraîné d’énormes arriérés de salaires pour les fonctionnaires, le chef de la mission est très souvent absent au poste et ne s’entend pas avec ses collaborateurs. Lire plutôt deux des correspondances adressées au ministre des Affaires étrangères pour dénoncer le mal.
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