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L'Observateur 7556 DU MERCREDI 27 JANVIER 2010

 

Koffi Yamgname: Candidat accompagnateur ? Connais pas !

 

 

 

Lorsque Koffi Yamgname quitte Bandjeni, son village natal dans la préfecture de Bassar, pour la France, il n’a que 18 ans. Après 45 ans et une vie de simple citoyen et d’homme politique bien remplie dans le Finistère hexagonal, voilà l’homme de retour au Togo pour briguer la magistrature suprême.

 

 

A travers son mouvement, Sursaut-Togo, l’homme veut convaincre les Togolais ainsi que ses adversaires politiques et surtout mettre fin à la "peur, omniprésente dans les yeux des Togolais". Par un programme réaliste, il veut persuader ses compatriotes que le Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti présidentiel, est frappé d’obsolescence. Entretien avec un candidat togolais atypique.

 

Pourquoi, après tant d’années dans le Finistère, vous avez décidé de venir compétir à cette course à la magistrature suprême ?

 

• Tout simplement parce que c’est mon pays, le Togo, même si je suis resté très longtemps hors de celui-ci. Le Togo ne va pas bien. Je viens apporter des solutions. Je n’ai jamais dit que j’étais le Messie ni le sauveur. J’ai seulement dit que j’avais la capacité d’apporter ma quote-part au redressement de la situation politique et économique de ce pays. Je ne suis pas revenu au Togo en rasant les murs ; tout comme je ne suis pas allé en France en rasant les murs. J’y suis allé pour mes études. En France, je suis également chez moi, au Togo, je suis chez moi.

 

Justement, n’est-ce pas trop facile de demeurer 45 ans en France et de revenir après au Togo pour jouer les opposants ?

 

• Quand j’étais à Paris, je n’étais pas un militant du RPT. Je suis un opposant parce que je suis un démocrate. Ce que je souhaite, c’est que tous les hommes dans ce pays puissent parler librement, aller où ils veulent, faire ce qu’ils veulent. Je veux que les Togolais cessent d’avoir peur. Quand je regarde les yeux des Burkinabè, je ne lis pas cette peur, omniprésente chez les Togolais. Il faut que cela cesse : cette peur de la violence, des lendemains qui déchantent, de l’inconnu. Je ne poursuis pas deux lièvres à la fois. J’ai épuisé tous mes mandats en France. Je n’en ai aucun à présent. Je suis donc libre actuellement. J’ai estimé que, compte tenu de l’expérience qui est la mienne, compte tenu de mes capacités de rassemblement, je l’ai montré ailleurs, il faut absolument que je rassemble les Togolais.

 

Au vu du mode de scrutin et du fait que vous êtes un nouvel arrivant dans le microcosme togolais, peut-on vous qualifier de candidat accompagnateur ?

 

• Je ne sais pas ce que ça veut dire, candidat accompagnateur. Ce que je peux vous dire, c’est que je suis un candidat indépendant. Il y a 94 partis politiques au Togo. C’est pourquoi je n’ai pas trouvé nécessaire d’en créer un 95e. Je suis indépendant de l’UFC, du RPT, du CAR... Je suis tellement indépendant que l’UFC pense que je travaille pour le RPT et vice-versa. Ce qui montre que je suis exactement à l’endroit ou je dois être.

 

Une alliance OBUTS ( parti d’Agbeyomé Kodjo) sursaut-Togo est en gestation. De Agbeyomé ou de Yamgname, qui se désistera pour l’autre ?

 

• Je ne suis pas en discussion avec seulement l’organisation Bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS), je suis en discussion avec tout le monde. Ce que je souhaite, c’est que l’opposition aille unie à cette présidentielle. Je suis en discussion avec ces partis, je souhaite qu’on fasse un bloc commun face à un parti qui est dominateur, fraudeur et violent. Donc on n’a pas le choix, il faut qu’on trouve un système pour battre le RPT. Il faut donc un candidat unique, celui qui est capable de rassembler tous les autres. Je n’ai rien à reprocher à quelqu’un. Je n’ai pas d’ennemi. J’ai des adversaires politiques, je ne cherche pas à les vaincre, mais, à les convaincre que le pays a besoin de se relever.

 

Une dizaine de candidats ont déposé leurs dossiers à la CENI. La plupart réclament un report du scrutin. Adhérez-vous à cette exigence ?

 

• Absolument, puisque moi-même je suis allé dans mon village natal, Bandjéni. J’ai vu les difficultés et les dysfonctionnements, j’ai vu les longues files d’attente qui se multiplient. Les appareils étaient tous en panne. Tantôt c’est l’imprimante ou l’ordinateur qui est en panne, ou le groupe électrogène, ou ce sont les cartes qui manquent. J’ai vu des jeunes de 14-15 ans que le RPT a inscrits sur les listes. Tout cela n’augure pas le bon déroulement du scrutin. C’est cela qu’il faut corriger. Beaucoup de Togolais n’ont pu s’inscrire. De Lomé jusqu’à Cinkanssé, c’est comme cela. Il faut qu’on recommence toutes ces opérations. A partir de là, on ira au scrutin. Donc moi, ça ne me dérange pas qu’on recule la date du scrutin. Le Togo n’est pas à deux doigts d’entrer dans l’arène des pays démocratiques. Alors, un peu de bon sens.

 

L’opposition est plombée par le mode de scrutin à un seul tour. Votre commentaire.

 

• L’opposition a probablement failli à son devoir. L’Assemblée nationale est le lieu où on vote les lois. Quand la loi a été modifiée pour y introduire un seul tour, c’était aux députés de l’opposition, ils étaient 31 au total, d’y faire barrage. Pour dire non. Probablement ils n’auraient pas eu gain de cause à cause de la majorité. Mais il fallait qu’ils essayent. Ils auraient pu donc appeler le peuple au secours, puisque cela est permis par la constitution, le peuple aurait été témoin de leur acte.

L’article 4 de la Constitution du Togo permet d’appeler le peuple au secours, c’est-à-dire de prendre l’initiative d’un référendum populaire ; 500 000 signatures au Togo, ce n’est rien. On aurait obligé le pouvoir RPT à aller au référendum. Ils n’ont pas fait cela, qui était la deuxième étape de leur lutte. Ils ont sauté cette étape et sont allés directement à la 3e en appelant les gens à sortir dans la rue. La rue ne vote pas les lois, c’est l’Assemblée qui vote les lois. Il est vrai qu’une élection à un tour dans un pays où il y a 94 partis est un non-sens. Imaginez que chaque parti présente un candidat, et que les 93 fassent 1% chacun ; si le 94e fait 5%, il gagnerait.

 

Au lendemain de la présidentielle d’avril 2005, on a dénombré des centaines de victimes. 5 ans après, ne craignez-vous pas un retour des vieux démons ?

 

• C’est possible que le RPT prépare des violences ; les menaces, c’est cela aussi le Togo. Quand vous sortez dans la rue et que vous regardez un Togolais, vous avez une photographie instantanée de tous les Togolais. Qu’est-ce que vous lisez dans ses yeux ? La peur, la peur ! Lorsque, comme je l’ai déjà dit plus haut, dans les yeux des Togolais, je compare la peur avec la joie qu’on lit dans ceux des Burkinabè, c’est à pleurer. J’espère qu’on n’aura pas ces violences. Je prends le président Faure Gnassingbé au mot : il veut une élection tranquille, paisible, démocratique, j’entends qu’il applique ces principes.

Il a pris cet engagement devant tout le peuple et la communauté internationale. Je le prends au mot. Qu’on ne tue pas un seul Togolais pour une histoire de bulletin à mettre dans une urne, à fortiori 500, dit l’ONU, ou 1100 selon les Togolais ; et le gouvernement, toute honte bue, a mis une commission en place qui annonce 150 morts. Mais même un mort, c’est un mort de trop, c’est insupportable. J’espère que tout va bien se passer, et qu’aucune goutte de sang ne sera versée

Entretien réalisé à Lomé par
Zowenmangoo Dieudonné Zoungrana
par
lobservateur



 

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Tag(s) : #Politique Africaine
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