| Lignes Ennemies
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| Vous tous voleurs ? « Je déteste les victimes quand
En mars 2000, Abdoulaye Wade, entre les deux tours de la présidentielle, avait convoqué la presse pour lui faire part, disait-il, de rumeurs « préoccupantes ». Il avait appris qu’Abdou Diouf, son ennemi fantasmatique, convoyait vers la France des tableaux offerts au peuple sénégalais, ce que sa morale républicaine n’entendait pas laisser sans suite. « Je ne suis pas sûr, disait notre homme providentiel. Mais s’il l’a fait, il doit les retourner au plus vite, parce que ce sont des biens du peuple sénégalais ». Toute cette histoire était le fruit de son imagination. Mais c’est vous dire qu’en la matière, l’opposant avait élevé la barre au-dessus de la moyenne. Dès-après sa prestation de serment, il annonçait un gouvernement réduit à une vingtaine de membres, des audits financiers et la prison pour tous les coupables de mauvaise gestion. On avait peine à imaginer le même homme, quelques années plus tard, dégoulinant de sueur pour justifier le cadeau de 100 millions de francs offert au représentant du FMI à Dakar. En la matière, Abdoulaye Wade n’en était pas à son premier coup. Il avait déjà fait virer vers Nicosi, dans le compte d’un ami de son fils, 14 millions de dollars de Taïwan qui étaient destinés au peuple sénégalais. C’était en mars 2005. On pensait que l’âge aidant, le vieil homme se montrerait plus économe. Mais c’est mal le connaître. Il vient de racheter l’ancienne maison du défunt président Senghor, pour un montant record de 750 millions de francs. Un coup de force épouvantable, quand on sait que la fondation Senghor, dirigée par le neveu du défunt président, voulait transformer cette ancienne demeure en musée. Vous me demanderez de quoi tout ceci procède. C’est que d’un tel homme, on ne peut plus rien espérer. C’est pourquoi tant de sénégalais ont accueilli les audits tardifs de l’Armp avec une moue dédaigneuse. Si cette structure avait étendu son audit de la gestion de l’Anoci aux années précédentes, nous aurions peut-être su davantage sur les extravagances de Karim Wade. Car il ne s’agissait pas de savoir comment les marchés de la Corniche ont été attribués, sur quoi Bara Tall nous avait largement édifiés. Mais sous quel prétexte, l’élargissement d’une route a pu coûter sept milliards de francs le kilomètre. Nous voudrions aussi savoir dans quel pays du Golfe, une campagne de communication a été lancée pour près d’un demi-milliard. Face au fils du président de la République, qui loue un bateau immobilisé pour deux jours à huit milliards de francs, Awa Ndiaye, avec ses casseroles et ses cuillères, passe pour une joueuse de petite catégorie. Et s’il faut auditer, autant commencer par Abdoulaye Wade. Et qu’il nous dise comment les milliards issus de la vente des terrains de l’aéroport à l’Ipres ont fini dans la besace de Mbackiou Faye, le même qui vient de s’emparer d’une partie du terrain cerf-volant. De qui cet homme est-il le prête-nom ? Car tout ce que ces libéraux autoproclamés récupèrent, ils le passent à leur gardien. Pourquoi ne pas évoquer l’achat d’un terrain à New York, pour le prix de 23 milliards de francs Cfa, alors que sa valeur sur le marché était d’un milliard et demi ? L’ordre libertaire du clan Wade n’a que faire des imprécations du petit peuple. Quand le ministre de l’Energie a été interrogé sur l’évocation de son nom dans ce dossier douteux, sa réponse est restée sans appel. Il était un traducteur entre le gouvernement et les vendeurs américains ! Tout le ministère des Affaires étrangères manquait donc d’interprètes à sa hauteur. Mais allez écouter l’anglais de ce natif de Banjul. Vous en perdrez votre latin. Son entrée en matière à lui reste unique dans les annales des finances de ce pays. A sa nomination à la tête de la Senelec, il s’était fait signer une clause qui lui accordait un parachute doré de 450 millions de francs en cas de rupture unilatérale de son contrat.
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