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Photo : N. J
Amara Essy : “Nous sommes dans un multipartisme où chacun essaie de trouver des arguments pour diaboliser ses adversaires”.
Diplomatie : “Pourquoi Houphouet était impliqué dans tous les conflits”
Dernière mise à jour : 12 Jun 2007 - 23:09 GMT

Témoignage de M. Amara Essy, dernier ministre des Affaires étrangères du premier Président ivoirien, sur le règlement des conflits en Afrique.

A la faveur du procès de l’ancien Président libérien, Charles Taylor, il est fait état de l’implication de la Côte d’Ivoire, à travers le Président Félix Houphouet-Boigny, dans la guerre civile qui a ravagé ce pays voisin. Vous-même en avez parlé récemment sur une radio étrangère. Qu’en est-il exactement ?

Effectivement, vos confrères de RFI avaient insisté pour que je dise un mot sur la personnalité de Charles Taylor. J’ai donc soulevé un coin du voile. Je n’ai pas été assez explicite parce qu’il s’agissait d’un entretien de courte durée. D’ailleurs, la plupart des journaux ivoiriens qui ont repris cet entretien en ont fait des déductions quelque peu insidieuses sans étudier le contexte, l’environnement qui prévalait à l’époque. A cet égard que les uns et les autres se réfèrent au dernier livre du Pr Voho Sahi.

Quelles étaient ces déductions insidieuses ?

Puisqu’il s’agit du procès de Charles Taylor, certains ont vite fait de dire que le Président Houphouet-Boigny soutenait ce dernier ou était un de ses commanditaires. Vous savez, j’ai été l’ambassadeur d’Houphouet-Boigny à Genève, Vienne, Berne, New York et cela m’a de facto impliqué dans la gestion de plusieurs conflits en Afrique et même en dehors du continent.
En Afrique du Sud, par exemple, Nelson et Winnie Mandela sont encore vivants et peuvent témoigner de ce que Houphouet a fait pour eux à l’époque. La famille d’Oliver Tambo et ses compagnons sont encore vivants et peuvent, eux aussi, témoigner - s’ils s’en souviennent encore - de ce que Félix Houphouet-Boigny a fait à Londres quand Tambo était malade. L’ancien Président namibien, Sam Nujoma, est vivant et peut dire tout que Houphouet a fait pour la Namibie.
En Angola, vous savez bien ce qui a été fait. Tous les Cubains que Savimbi avait emprisonnés dans sa zone ont été libérés grâce à l’intervention du Pdt Félix Houphouet-Boigny. Le Commandant Dosso du GATL peut témoigner des énormes risques qu’il a pris en nous accompagnant à Huambo où il y avait un semblant d’aéroport avec une piste et plus rien d’autre. Et nous avons pu retirer tous ces prisonniers de Huambo pour les emmener à la Havane où nous avons été accueillis comme des héros. Certains de ces officiers occupent aujourd’hui d’importantes responsabilités au sein de l’armée cubaine.
Au Moyen-Orient, il y avait d’excellentes relations entre Yasser Arafat et le Président Houphouet-Boigny. Dr Sartahoui, un des hommes de confiance d’Arafat, faisait la navette entre celui-ci et Houphouet.
En Somalie aussi, où nous avions été en mission de paix en compagnie du docteur Berah Goulem alors conseiller du Chef de l’Etat, Houphouet a joué un rôle très important. Car il avait réussi à convaincre Siad Barre de faire partir les troupes soviétiques de Berbera avec la promesse que les Etats-Unis allaient l’aider économiquement pour développer son pays.
Malheureusement, Jimmy Carter a été pris dans la tourmente des prisonniers américains en Iran et les promesses n’ont pas été tenues. Houphouet s’était toujours reproché d’avoir été en quelque sorte à l’origine des difficultés de Siad Barre parce qu’il n’avait pas eu les moyens compensatoires de développer son pays comme il l’aurait voulu. C’est donc vous dire que lorsqu’on parle de l’implication d’Houphouet-Boigny dans le conflit au Liberia, ce n’était pas seulement dans ce pays qu’il était impliqué. Il avait une dimension internationale qui faisait qu’il était impliqué dans tous les conflits a fortiori celui qui se déroulait à sa porte.

L’invitait-on à s’impliquer dans ces conflits ? Ou alors que recherchait-il exactement ? Parvenait-il à régler ces conflits ?

Personne ne peut se targuer de réussir à régler tout seul un conflit. Chacun apporte sa contribution. Il a apporté la sienne dans la mesure de ses capacités. Au Moyen-Orient, il a réussi à dégeler et éclaircir certaines situations dans des cas précis. D’ailleurs, toutes ces rencontres avec Arafat n’avaient pas plu aux Arabes qui disaient que Houphouet travaillait pour Israël.
Entre Arafat et Israël, ce n’était pas évident et vous constatez bien que jusqu’aujourd’hui, personne n’arrive à régler le conflit israélo-palestinien.
Moi-même quand j’étais candidat à un poste de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, mon adversaire à l’époque, originaire d’une grande puissance ouest-africaine avait fait campagne contre moi, disant que si la Côte d’Ivoire était élue au Conseil de sécurité, ce serait un siège de plus pour Israël et qu’il fallait donc voter pour lui. Heureusement, j’ai été élu au premier tour.

Voulez-vous parler du Nigeria ?

Je ne cite pas de nom.

D’aucuns disent que si ailleurs l’implication d’Houphouet-Boigny dans les conflits avait un caractère diplomatique, au Liberia, il s’agissait de raisons de logistique et qu’il était même un soutien à Taylor.

Vous savez, le cas Taylor est étrange. Ce Monsieur était aux Etats-Unis dans une prison de haute sécurité d’où il a pu s’évader et est passé par le Canada, la Grande- Bretagne. Il est arrivé au Ghana et de là, il aurait atterri au Burkina Faso de Sankara avant de rentrer au Liberia. Ni Houphouet, ni personne d’autre ne le connaissait en Côte d’Ivoire. Il est rentré au Liberia et très vite, il a conquis une grande partie du territoire libérien.
Il avait assiégé Monrovia et, selon ce que Taylor m’a dit lui-même, il était sur le point de prendre le palais présidentiel lorsqu’il a été contacté par les Etats-Unis. Notamment par Léonard Robinson, sous-sécrétaire d’Etat chargé des questions africaines sous la direction de M. Hermann Cohen. Celui-ci lui avait proposé d’arrêter les combats parce qu’il pouvait négocier la reddition de Samuel Doe et éviter ainsi un bain de sang ; ce qu’il avait accepté. Toute sa troupe était démobilisée, les éléments se reposaient lorsqu’ils ont été attaqués par les troupes nigérianes sous le couvert de l’Ecomog. D’où la haine que Taylor avait nourrie contre le Nigeria à l’époque. Il avait estimé que c’était un complot contre lui.

On constate que ce pays a une tradition de tumulte.

Ce que vous devez savoir aussi, c’est qu’avant le coup d’Etat de 1981, le Président Houphouet avait reçu une fois son homologue libérien d’alors, William Tolbert. Il lui a dit qu’il fallait faire un effort pour intégrer ceux qu’on appelle au Liberia les «Natives», c’est-à-dire les autochtones dans la gestion politique et administrative du pays.
Houphouet avait insisté au motif qu’il connaissait bien ses frères de cette région (l’ouest) où il a servi en tant que médecin. Ils sont capables d’utiliser la force pour atteindre leurs objectifs. Il fallait absolument les intégrer dans la gestion politique et économique du Liberia. Tolbert avait pris note et lorsque plus tard à une autre rencontre, Houphouet lui a demandé s’il avait fait ce qu’il lui avait demandé, il a dit qu’il le voulait bien, mais que sa famille politique s’y opposait.
Il avait ajouté que la constitution l’autorisait à nommer 5 sénateurs. Fort de cela, il avait donc pu nommer un sénateur « native ». Houphouet l’avait encouragé à faire davantage parce qu’il voyait venir le danger. Quand il y a eu le coup d’Etat de 1981, la plupart des dirigeants qui avaient échappé sont arrivés en Côte d’Ivoire. Ils étaient environ une trentaine et Houphouet les avait reçus à déjeuner. Ils avaient reconnu qu’ils ont eu tort de n’avoir pas écouté Houphouet. C’est sur ces entrefaites que le Président Houphouet-Boigny a commencé à s’impliquer dans les affaires libériennes à la demande d’ailleurs de tous les Libériens pour sauver ce qui pouvait l’être..

Vos explications portent à croire qu’il y avait une espèce de discrimination entre les Natives et les autres Libériens d’origine américaine. Etait-ce le cas ?

Cela mérite d’être un sujet de thèse. On connaît l’histoire de l’Apartheid en Afrique du sud, Mais il n’y a pas eu d’études sur la situation au Liberia. La réalité historique a été pénible. Aujourd’hui, personne ne se soucie du passé du Liberia qui n’a pas été aussi simple.
J’étais jeune diplomate à New York en 1973. Nous avions eu une réunion au sommet sur l’Apartheid. Les débats étaient houleux et tous les ambassadeurs africains s’en étaient violemment pris à leur homologue sud-africain qu’était l’ambassadeur Pitt Botha devenu par la suite ministre des Affaires étrangères.
Celui-ci avait pris la parole pour répondre aux accusations en disant qu’il pouvait tolérer toutes les insinuations et insultes des pays africains sauf celles de l’ambassadeur du Liberia. Car, disait-il, ce qui se passait au Liberia entre les autochtones (Natives) et les descendants Noirs Américains (Congos) était pire que ce qui avait lieu en Afrique du Sud en matière d’Apartheid. La seule différence, c’est qu’au Liberia, l’Apartheid se passait entre les Noirs.
Aujourd’hui, on peut se féliciter de l’élection de Mme Sirleaf Ellen Johnson qui a résidé pendant longtemps en Côte d’Ivoire. C’est une battante, une économiste avérée, une femme admirable de conviction, élue démocratiquement et qui a tous les atouts pour développer le Liberia.
Mais tout cela procède d’une histoire tumultueuse. C’est dire que la formation d’une nation n’a jamais été aisée. Toutes les grandes puissances d’aujourd’hui ont connu aussi des guerres pour aboutir à la situation actuelle.
La situation au Liberia a été très pénible. Je ne sais pas si vous vous souvenez de la cassette vidéo qui avait été faite à l’époque sur l’assassinat de Samuel Doe. Il a été découpé en petits morceaux. C’était insupportable. Les conflits opposaient les Gios aux Krhans, c’est-à-dire les Yacouba aux Guéré. Il y avait aussi les Mandiguos (Malinké).

Le slogan de Charles Taylor pendant les élections était : «Il a tué mon père et ma mère mais je vote pour lui». Vous qui avez côtoyé l’ancien Président libérien, comment pouvez-vous cerner ce slogan ?

Je ne connais pas très bien Taylor. Manger avec quelqu’un pendant 1h ou le côtoyer n’explique pas qu’on le connaît à fond. Je sais néanmoins que Taylor est très intelligent – d’ailleurs Hitler l’était aussi. Il avait une grande capacité de convaincre ses interlocuteurs, une personnalité hors pair dans les négociations. Par rapport aux autres chefs de guerre, il était cultivé pour avoir été le responsable du bureau d’achat du Liberia à l’extérieur. C’est lui qui achetait toutes les marchandises du Liberia à l’époque. Il avait une large gamme de relations et avait tous les atouts pour être élu président. Il avait des moyens logistiques, l’aéroport de Robertfield.
C’est pourquoi, quand on parle d’armes qui ont traversé la Côte d’Ivoire pour le Liberia, je ne crois pas parce que Taylor avait tous les moyens pour accueillir directement tout ce qui venait de l’extérieur, sans tran-siter par la Côte d’Ivoire. Mais je sais que des dons de maïs, de riz, avaient été reçus au port d’Abidjan pour Taylor et avaient été acheminés sur le Liberia après un contrôle.
Ce que je sais c’est que la Côte d’Ivoire ne pouvait fournir aucun armement au Liberia parce que la Côte d’Ivoire n’en possédait pas assez et le Président Houphouet-Boigny disait que si le paysan de Ouangolofitini peut manger à sa faim matin, midi et soir, il était heureux.

Comment trouvez-vous le rôle joué par le Président Compaoré dans la résolution de la crise ivoirienne ?

Le président Compaoré dispose d’un vivier humain qui lui permet de mieux appréhender la crise ivoirienne d’autant plus que son épouse est ivoirienne. De plus, je me rappelle que la plupart des ministres et des hauts cadres du Burkina Faso ont tous été formés à l’université d’Abidjan. Donc à travers tous ses cadres, il dispose d’informations suffisantes. Et qu’on le veuille ou pas, nous avons quand même près de 3 millions de Burkinabè en Côte d’Ivoire. Le Président Compaoré a donc des éléments d’appréciation qui font qu’il a pu très vite avoir cet accord. Il s’est toujours intéressé à la Côte d’Ivoire et en homme de prospective, il pressentait la crise qui se profilait à l’horizon. Nous ne pouvons que lui rendre hommage pour avoir réussi à conclure l’Accord de Ouaga en un temps record. Certainement que vos collègues dans 10 ou 20 ans, vont aussi l’accuser de s’être impliqué dans la crise ivoirienne comme on le dit aujourd’hui du Président Houphouet, dans la crise libérienne. Mais c’est aussi cela, car quand on est appelé à se sacrifier pour la résolution d’une crise, on est toujours accusé quelque part. Et cet état de fait, c’est naturel et je crois qu’il faut l’accepter. Et faire ce qu’on doit faire au moment où il faut le faire.

Voulez-vous dire que c’est ce qu’a vécu le Président Houphouet dans le cas libérien ?

Pour ce qui est du cas libérien, le Président Houphouet a connu des moments difficiles et même quand il partait pour Genève, c’était toujours le conflit libérien qui le préoccupait. Une fois, on a même délocalisé à Genève une réunion prévue en Côte d’Ivoire sur la crise au Liberia. Des accords y ont été signés parce qu’on s’était dit qu’il fallait absolument désarmer les troupes de Taylor. Celui-ci n’avait pas du tout confiance aux troupes de l’Ecomog. Le président Houphouet-Boigny a donc demandé au président Diouf de faire venir des troupes sénégalaises qui avaient pour mission de s’interposer entre les troupes de Taylor et celles de l’ECOMOG, afin de faire le désarmement. Malheureu-sement dans cette situation, 6 Sénégalais ont été tués dans la localité de Vahoum. Le Président tout inquiet, m’a appelé de Genève. M. Djibo Ka, ministre des Affaires étrangères du Sénégal d’alors et moi-même avions emprunté un hélicoptère ukrainien qui était tellement vieux et le système de navigation si défectueux que nous avons dû faire un atterrissage forcé en pleine brousse.
Notre chute a été freinée par les arbres. Nous en sommes sortis indemnes ; mais M. Djibo Ka en a gardé un vif ressentiment vis-à-vis de son Président. C’est donc mal connaître Houphouet que de penser qu’il peut supporter un individu dans un conflit, parce qu’en homme d’Etat, il ne voyait que son pays. Notamment les conséquences possibles de cette guerre sur la Côte d’Ivoire et sur toute la sous- région, si on n’arrêtait pas.

Que pensez–vous de ceux qui disent que la Côte d’Ivoire récolte aujourd’hui ce que Houphouet a semé ?

Nous sommes dans un multipartisme où chacun essaie de trouver des arguments pour diaboliser ses adversaires.
C’est la même logique, mais en réalité quand l’on regarde la vie de Napoléon, d’Henri IV, de Louis XIV sous leur règne, tout n’a pas été limpide. Je crois en mon âme et conscience que Houphouet-Boigny est au-dessus des accusations de cette nature. Ce n’est pas pour falsifier la vérité, mais je crois qu’Houphouet a œuvré à la stabilité de cette région. C’est ce que je crois. Les accusations ne peuvent certes pas manquer. Vous ne pouviez pas régler un conflit au Liberia à l’époque sans Taylor. Il était incontournable. Ce qui était nuisible dans le règlement d’un tel conflit, c’est que soit il se règle en très peu de temps, soit il perdure et vous perdez la capacité de gérer la crise du fait d’une atomisation du pouvoir. Et c’est ce qui est arrivé au Liberia. Les clans se sont disloqués. Même au sein du NPLF, il y a eu des dissidents, si bien que l’on s’est retrouvé avec une multitude de chefs de guerre. Et chacun avait un intérêt, parce que dans ce genre de situation, l’appât du gain devient le plus important. Et c’est ce qui est arrivé au Liberia. Mais ce qui est certain, c’est que personne ne pouvait faire quoi que ce soit sans Taylor. Et d’ailleurs, tous les ambassadeurs qui étaient accrédités à l’époque au Liberia étaient tous basés en Côte d’Ivoire, parce qu’il fallait que ces puissances puissent épauler Houphouet afin d’arriver à la paix. Toutes les grandes puissances ont essayé de convaincre Taylor qu’il fallait qu’il arrête. Je vais vous dire que même les Libériens eux-mêmes, toutes tendances confondues, avaient voté pour Taylor parce qu’ils savaient que sans lui il n’y aurait jamais de paix. Et c’est pour cela qu’il y a eu ce slogan : « Il a tué mon père, il a tué ma mère. Mais je vote pour lui, parce que je veux la paix ». C’était aussi simple que cela.
Houphouet a fait ce qu’il pouvait et je peux vous dire combien de fois il a sermonné Taylor en ma présence. Une fois à Genève, il l’a appelé dans sa chambre pour lui parler comme un père parle à son fils et il n’a pas du tout été tendre à son égard après la mort des six soldats sénégalais et l’humiliation subie par nous.

Vous parlez de règlement de crise dans le monde. Vous avez été souvent l’envoyé du Président Houphouet dans la résolution des crises. Mais depuis 5 ans qu’il y a une crise chez vous en Côte d’Ivoire, on ne vous entend pas. C’est tout de même curieux.

Nul n’est prophète en son pays. On ne m’entend pas parce que tout d’abord on ne m’a rien demandé. Et la réalité est que je fais en moyenne 5 à 6 conférences à travers le monde par mois. Vous savez, en Afrique quand vous décidez d’intervenir dans une affaire, on croit que vous êtes à la recherche d’un quelconque gain. Ou que vous avez un agenda caché. On ne peut pas s’imaginer que vous puissiez parler en toute objectivité. Et d’ailleurs, personne aujourd’hui ne veut que nous soyons objectifs. Le fait que je sois en train de parler d’Houphouet-Boigny, de relater les événements et de restaurer une partie de l’histoire de façon objective, pourrait amener certains à me taxer de vouloir prêcher pour la chapelle du PDCI.

On pourrait plutôt avoir le sentiment que vous salissez la mémoire d’Houphouet-Boigny?

Non ! Tout le monde peut salir la mémoire d’Houphouet sauf moi. Je sais que tout homme, aussi grand soit-il, n’est pas Dieu et peut avoir des zones d’ombre dans sa vie. Comme tout être humain, Houphouet avait ses forces et ses faiblesses et pouvait, dès lors, commettre des erreurs d’appréciation.

Que voulez-vous que l’on retienne de ce témoignage sur la mémoire d’Houphouet-Boigny et sur les relations qu’il a entretenues avec ses voisins et le monde entier ?

Les relations internationales sont très complexes. Au temps d’Houphouet, c’étaient des relations dans le contexte Est-Ouest qui ont été très éprouvantes pour les acteurs des pays en développement. Il y a aujourd’hui huit pays d’influence mondiale qui ont les moyens de leur politique. Parmi eux, seuls les Etats-Unis sont véritablement souverains parce que dotés des cinq caractéristiques essentielles d’un Etat digne de ce nom. Ces caractéristiques sont : la puissance économique, financière, militaire, technologique et culturelle.
C’est dans cette situation que nous devons nous battre pour atteindre nos objectifs et cela n’est pas aussi aisé dans ce monde libéral et global dans lequel naviguent les Etats africains.
Nos décideurs africains doivent prendre conscience de cela. Nous avons déjà un outil comme l’Union africaine qui est à parfaire. Nous devons tous contribuer à la fortifier, à lui donner une capacité d’exister et d’agir afin de peser sur les relations internationales. Car seule l’union peut nous aider à faire face à cette concurrence effrénée et féroce. Nous devons nous battre sans jamais oublier la nation qui est notre seul salut, notre bien commun. C’est ce que Houphouet nous a enseigné toute sa vie durant en faisant remarquer que nous sommes une poussière d’ethnies condamnées à vivre ensemble dans l’harmonie et la paix.

Interview réalisée par
Abel Doualy et Ernest Aka Simon
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Tag(s) : #Politique Africaine
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