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Lundi 18 Juin 2007 imprimer la page
     
  Il faut restaurer la pyramide des valeurs  
     
  La mauvaise gouvernance dans laquelle s’est enlisée l’Etat béninois trouve ses causes profondes dans le renversement des valeurs de la société. Une étude diagnostique sur la corruption, réalisée par Emmanuel GUIDIBI, aborde la question, sans tabou.  
     
 

   Il y a encore quelques décennies, lorsqu’on demande à un enfant béninois, la carrière envisagée, il pensait à être enseignant, médecin ou avocat. Aujourd’hui, un enfant béninois veut devenir plus tard douanier, transitaire, gérant d’Union communale de producteurs de coton ou ministre. Ce changement de paradigme dans la vocation de l’enfant est la résultante d’un renversement des valeurs qui caractérise notre société d’aujourd’hui. De façon inquiétante, la force de l’argent a pris le pas sur le système des valeurs au point que la grandeur d’un homme ne se mesure qu’à travers son pouvoir financier.

   Dans son étude diagnostique sur la corruption qu’il a réalisée pour le compte du conseil des investisseurs privés au Bénin, le consultant Emmanuel Guidibi explique le phénomène par ce qu’il appelle un renversement de la pyramide de Maslow. La pyramide de Maslow, selon lui, est une théorie de la hiérarchie des besoins qui constitue un outil pratique d’analyse de l’infl uence de la nature humaine sur le phénomène de la corruption. Maslow classe les besoins de l’homme en cinq catégories. Hiérarchiquement, il s’agit des besoins de subsistance et de procréation, des besoins de sécurité, des besoins d’affection, des besoins d’estime de soi, les besoins d’accomplissement. En d’autres termes, au sommet de la pyramide se trouve Dieu, vu sous l’angle du bien commun supérieur, l’homme, l’argent et à la base, les biens matériels. Aujourd’hui, c’est l’argent d’abord, Dieu et les choses de l’esprit après. Pour Emmanuel Guidibi, une société qui rame à contre-courant des valeurs va inéluctablement vers le chaos. Selon lui, la société béninoise repose normalement sur un attachement aux valeurs religieuses et spirituelles, qui tout comme les pays qui ont franchi le cap du sous-développement, devraient permettre d’aller de l’avant. Malheureusement, le Bénin s’est éloigné de sa racine pour s’accrocher aux mirages de la modernité essentiellement portée vers la quête effrénée de biens matériels qui encourage les pratiques de corruption.

           Un Etat hypocrite

   Lorsqu’on veut situer les responsabilités dans cette décadence du système des valeurs, la grande part revient à l’Etat. ‘’ Toutes les thèses concernant le phénomène de la corruption, bien que souvent antagonistes, s’entendent toutes pour situer la racine de la corruption au niveau de type de contrat social qui existe au sein d’une société ou d’un pays’’, souligne Monsieur Guidibi. Le consultant pense que l’une des causes de la corruption au Bénin, c’est l’hypocrisie de l’administration. ‘’ Dans les décisions de chaque jour, on pousse toujours les gens à faire du mal ou du bien’’, estime-t-il. Tout comme dans la plupart des pays africains, il indique, par exemple, que la politique de gestion des ressources humaines manque de logique et de cohérence. ‘’ Les fonctionnaires font semblant de travailler et l’Etat fait semblant de les payer’’ dit-il, en empruntant une formule à la mode du temps de l’ex Union soviétique. L’adage dit : « Un minimum de bienêtre est indispensable à l’exercice de la vertu ». Dans un système où le fonctionnaire n’est pas rémunéré à sa juste valeur, la malhonnêteté est récompensée au détriment de l’honnêteté, où les gens sont victimes d’injustice sociale, où le recrutement et la promotion dans la fonction publique ne se font pas dans l’intérêt des résultats de la performance, mais plus souvent, en fonction des considérations politiques, sociales, ethniques ou par népotisme, il n’y a pas de raisons pour que les hommes perdent le sens des valeurs. « Le sentiment de l’honneur chez le fonctionnaire n’est plus qu’un vieux souvenir ». Et « quand un système perd sa finalité, il tend à trouver son équilibre dans un état de désordre maximal proche de la létalité », (Claude Rochet).

    Il parait qu’au Bénin, tous les ingrédients sont réunis pour que la corruption se développe : un cadre politique, institutionnel et économique hypocrite, un système de normes, de contrôle et de sanctions peu effi - cace, une opacité qui combine loi du silence maffi euse et obscurantisme, énumère l’étude diagnostique sur la gouvernance. Pour restaurer le système des valeurs au Bénin, il est indispensable de revoir le mode de gouvernance. Selon Emmanuel Guidibi, la vieille sagesse chinoise apprend que la meilleure de toutes les gouvernances est la gouvernance spirituelle. Vient ensuite, la gouvernance qui rend la faute impossible et en dernier lieu, la gouvernance qui récompense la vertu et punit le vice. Le consultant en fait une ligne directrice de ses propositions qui visent à réinventer au Bénin une gouvernance qui décourage la corruption.

 
 
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2004© continentalmag.com

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Tag(s) : #Actualités Béninoises
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